Le rabbin se tient à la disposition des passagers…

Les émigrants juifs d’Europe centrale fuyant les persécutions dans la première moitié du XXe siècle se présentaient à l’embarquement au terminal de Cherbourg. Parmi eux, certains ont décidé de rester… à quai et d’implanter leur activité à Cherbourg. Ils sont à l’origine de la communauté juive de la ville. Nicole de Villars, paroissienne de la Manche et férue d’histoire a fait son enquête sur leur présence en Normandie.

Aucune trace des juifs au XVIIIe siècle, ce qui est normal, la rédaction de l’Édit de Tolérance datant de 1787, qui accorde l’état civil aux non-catholiques, sous-entendus les juifs et les protestants. S’il en existait entre 1685 et 1787, ils n’apparaissent pas. Rien au XIXe siècle dans les ouvrages que j’ai consultés. En 1808, aucun juif n’est signalé dans la Manche. Trois actes de décès de juifs sont consignés à Rouen de 1788 à 1792, d’après une enquête conservée aux Archives nationales (Gildas Bernard : Les familles juives en France du XVIe siècle à 1815). Quelques témoignages médiévaux : « La Normandie serait au Moyen-Âge la province de France accueillant le plus de Juifs ». La dénomination « La rue aux Juifs » trouvée dans seize communes du département (site internet : Judaïsme dans la Manche). J’ai habité Cametours (423 habitants) où une seule rue avait un nom particulier, en dehors de « la route de Coutances » ou d’une autre direction, c’était « la rue aux Juifs ».

 

Un service de restauration spécial

 

Au XXe siècle, on trouve des traces de juifs cherchant à émigrer vers les USA, dans une œuvre de Gérard Tertrais, « Cherbourg, port des émigrants de 1919 à 1932 (1994) » : à cause de l’afflux d’émigrants cherchant à partir en Amérique, l’hôtel Atlantique est spécialement aménagé. Achevé en 1924, il fut fermé en 1932. Les émigrants y séjournent environ douze jours ; les frais sont compris dans le prix du billet de traversée. Il possède deux réfectoires : « un réfectoire de 800 convives. L’autre réfectoire, plus petit, pouvait recevoir 250 personnes. Ce dernier était réservé aux émigrants juifs. On avait voulu tenir compte du fort contingent de personnes appartenant à cette religion. La direction de l’hôtel avait établi un service de restauration spécial correspondant aux rites juifs. On servait donc un menu kasher établi selon les ordres d’un rabbin attaché à l’hôtel » (p 64). À la fin de son exposé, M. Tertrais donne la traduction du guide de l’émigrant embarquant à Cherbourg, article10 : « Les passagers israélites qui habitent l’hôtel Atlantique ont l’autorisation de prendre leur repas dans une salle spéciale. À l’hôtel même se trouve une synagogue où l’on peut prier chaque jour… Le rabbin Monseigneur Banas se tient à la disposition des passagers de 11h à 12h30, tous les jours à l’hôtel ou chez lui, rue de la Fontaine ».

 

L’hôtel de l’Atlantique édifié par les trois principales compagnies maritimes, la Cunard, la While Star et la Red Star était à la pointe du progrès architectural (aggloméré de béton armé) mais aussi sanitaire et médical. Il pouvait accueillir 2 000 migrants simultanément.

 

Classé monument historique, il est la propriété de la Chambre de commerce et d’industrie.

 

 

 

 

 

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