Du nazisme à la crise écologique
Né en 1926, enrôlé à l’âge de 17 ans dans l’armée de Hitler, prisonnier de 1945 à 1948 en Belgique puis en Écosse, Moltmann, qui se destinait aux mathématiques et à la physique, découvre dans la foi chrétienne une espérance vitale et s’oriente vers la théologie. Ayant vécu dans sa chair la perversion d’une théologie naturelle au service d’un pouvoir totalitaire, il estime que la théologie doit s’exprimer dans les débats politiques. Si la théologie de la révélation qui pense Jésus comme l’unique parole de Dieu (déclaration théologique de Barmen en 1934) s’est avérée essentielle face au nazisme, Moltmann réalise qu’elle ne répond pas aux enjeux de la crise écologique universelle alors qu’il prend conscience dans les années 1970 que celle-ci n’est rien moins qu’une crise de l’homme lui-même.
Une même volonté de domination violente
Au moment du totalitarisme nazi, l’adversaire était l’idéologie politique et religieuse « du sang et du sol », « de la race et du peuple » et le problème théologique, celui de la connaissance de Dieu. Dans la crise écologique, l’adversaire est celui du nihilisme destructeur pratiqué dans les rapports avec la nature ; et le problème théologique est celui de la connaissance de la Création. Mais les deux perversions se rejoignent dans la volonté de puissance et de domination violente. Les réflexions et enseignements universitaires de Moltman sur l’écologie le conduiront à la rédaction de Dieu dans la Création. Traité écologique de la Création en 1985 (trad française, éd. du Cerf, 1988, 419 p.).
Mettre toutes les créatures au même plan
© Joël Geiser
Parmi les nombreuses pistes, j’en retiens deux. La « communauté créationnelle » réunit l’humain et toutes les autres créatures et empêche l’humain de se considérer comme un sujet face aux autres créatures qui ne seraient que des objets réduits au rang de ressources naturelles exploitables sans limite. La compréhension « souverainiste » de la trinité (le Père dans sa souveraineté envoie le Fils qui envoie l’Esprit) mérite d’être tempérée par une « communauté périchorétique » chère à l’apôtre Jean (« Je suis dans le Père et le Père est en moi ») où les personnes de la Trinité sont sans arrêt en mouvement dans l’unité de Dieu ; l’anthropologie chrétienne (homme à l’image de Dieu) est très dépendante de cette compréhension de la Trinité. Et l’appui unilatéral sur le « souverainisme » a justifié un patriarcat dominateur et la domination utilitariste de l’homme sur la nature.
Malheureusement, passer à côté des nombreux autres aspects abordés – une Création messianique, la place de l’Esprit dans l’organisation du monde, l’importance du sabbat, l’espace et le temps de la Création… –, c’est trahir par un raccourci la portée du travail précurseur et combien d’actualité de Moltmann !
