Le ciel est radieux, en cette fin avril, au-dessus de la Rotonde, ce curieux temple d’Arles édifié en 1790 pour être un lieu de spectacles et de jeux, acquis par l’Église réformée en 1860. Ce dimanche, c’est un culte « à 4 pattes » qui attend les paroissiens !
Une assemblée modeste – restrictions obligent… –, mais bien intergénérationnelle, avec notamment trois familles et leurs jeunes enfants, pour lesquels était pensé le culte. Ceux-ci sont rassemblés sur un tapis coloré, face aux Théopopettes, deux marionnettes de grande taille animées par Marlies Voorwinden et Birgit Dumas. Ce n’est pas seulement un moment, mais tout le culte qui est adapté : message bref, parties interactives avec les enfants – présents jusqu’à la fin de la célébration –, chants choisis, notamment un très sympathique « Hello » dans toutes les langues !

À 4 pattes… ou pas
À quatre pattes ou pas, agenouillés, assis, debout… la formule paraît bien prendre. Durant ce temps de catéchèse, Marlies est à la manœuvre, installée à la hauteur des visages. Zacharie, petit bonhomme déterminé, va et vient, donne un cantique à l’une, range un papier là, tire des fils sur la carte posée à terre… Après la distribution de jolies colombes en papier à toute l’assemblée, qui a correspondu avec le moment de la collecte, il a trouvé judicieux d’en récupérer une presto pour la déposer dans le « filet à papillons » !
C’était le deuxième essai. « Aujourd’hui, analyse Marlies, les enfants ont été beaucoup plus libres et actifs. » Et du côté des adultes, s’il y a eu quelque hésitation sur ce projet (« On ne va pas se mettre à quatre pattes ! Nous n’avons pas d’enfants ! … »), les retours sont finalement positifs.
Parce que l’Évangile fait du bien
Quant au programme de week-ends et de retraites à destination des jeunes « un peu moins jeunes », il est commun à Arles et Beaucaire-Tarascon, le second poste de Marlies. La Communauté de Pomeyrol est devenue un élément incontournable : « Les enfants de Beaucaire y sont déjà comme à la maison. Et plusieurs enfants d’ici ont demandé des nouvelles des sœurs et souhaitent y retourner… »
Enfants et adolescents sont la priorité de Marlies « … mais pas seulement, comme le pensent certains, pour “l’avenir” de la paroisse ou le renouvellement du conseil presbytéral !, s’exclame-t-elle. C’est la paroisse d’aujourd’hui ! Il s’agit de vivre cet évangile qui nous fait du bien et qui fait du bien aussi aux enfants. »
La jeune pasteure s’investit beaucoup dans les jeux. La journée régionale de catéchèse, qui était programmée, a été repoussée depuis deux ans. Son titre : « Animation et jeux : pourquoi choisir ? » Marlies décode : « On a toujours l’idée qu’il faut “apprendre” des choses. Ce n’est pas complètement faux, bien sûr, mais pour moi l’Évangile se transmet d’abord dans notre manière de vivre ensemble. Animer un texte biblique, ce n’est pas suffisant. Il faut passer au jeu, cela permet de voir dans quelle posture on place les enfants, ce qu’on leur propose de vivre… »
Un vaste territoire
Le Pays d’Arles, pour l’Église protestante unie, ce sont des réalités peu comparables, dispersées en terre de tradition catholique. « Port Saint-Louis est une ville récente, explique Marlies. Deux conseillers en sont issus, mais il n’y a pas vraiment de tissu protestant là-bas. À Mouriès, entre la plaine et les Alpilles, nous avons un joli temple qui attire surtout pour les baptêmes ou les mariages. »
Jean-Pierre Nicoli, nouveau président du conseil, professeur d’histoire-géographie en lycée, est un ancien de la paroisse, fils d’un Italien et d’une Cévenole. Il s’était éloigné pour ses études et puis, comme beaucoup, dit-il, il est revenu quand il a eu des enfants, qui ont à leur tour pris le chemin du caté.
Il évoque le grand territoire de la Camargue et des Alpilles et ces trois bâtiments… qui font beaucoup d’immobilier ! « Il y a un protestantisme ancien dans les Alpilles, dit-il, et plus récent – plutôt XIXe siècle – pour Arles ». La vie de l’Église locale se déroule principalement dans la petite capitale camarguaise.
En plus de ce large territoire, la pasteure jongle avec ses deux mi-temps. Une situation qui crée une dynamique, selon elle, au-delà des jeunes : « Entre les deux Églises, les gens se connaissent peu, mais ils ont exprimé l’envie de temps forts communs. Les animations financières profitent aux deux, nous tentons une fête commune… »
Dans la Cité
Ce qui fait la force de cette Église, pour Jean-Pierre Nicoli, c’est la fidélité des personnes présentes, avec un noyau de « quadra-quinqua » qui s’engagent. Et puis des familles qui, dans chaque secteur, font vivre quelque chose autour du temple : du lien, des rencontres œcuméniques avec Paule Malkic, dans un contexte pas toujours facile. Le président met en avant une option très claire d’ouverture : « Après les attentats de Toulouse, nous avons eu une cérémonie partagée entre juifs, musulmans et chrétiens. Il poursuit : “On a été novateurs, déjà du temps de Cécile Plaâ, première femme pasteure ici. Maintenant, nous avons Marlies, qui travaille sur deux régions… Et puis nous avons voulu être présents dans la Cité, tant sur le plan politique, au sens noble du mot, que sur le plan culturel, avec de nombreux concerts et expositions. Le temple d’Arles est situé en plein centre-ville ! Dans le contexte actuel, évidemment, il se passe moins de choses.”
Cherche conseillers presbytéraux
Marlies dit sa confiance en l’avenir, avec un bémol toutefois : “Les bébés qui naissent, les cultes à 4 pattes, le caté… me rendent positive au sujet de l’avenir spirituel de cette Église ! Mais de façon générale, il nous est de plus en plus difficile de trouver des conseillers presbytéraux, car c’est un ministère qui demande sur certains sujets des compétences et un goût pour l’aspect administratif…”
Parmi les fidèles, on peut tout de même parler de renouvellement, unité par unité. Telle personne qui a suivi l’émission protestante sur France 2 et souhaite en savoir plus… Une autre en quête d’approfondissement spirituel… Ou alors, des amis d’amis qui débarquent… Selon Jean-Pierre Nicoli, “les familles historiques ont disparu, leurs enfants sont partis étudier ailleurs, mais d’autres protestants arrivent pour le travail : des Cévennes, d’Alsace, de la région parisienne…” Ces micromigrations ne s’arrêteront pas de sitôt ! Et l’on peut espérer qu’ici et là, elles continuent de rebattre les cartes de la fréquentation des temples.
