Vincent Vigé, jeune, engagé, rayonnant

Vincent Vigé était l’un des cent témoins du Grand Kiff. Son chemin vers, puis dans, l’Église protestante unie est captivant. Il en a adopté toute la tradition. Et elle lui donne un regard joyeux et plein d’espérance sur ce qui se joue dans notre société.
Vincent Vigé, jeune, engagé, rayonnant

Vincent Vigé (©Zoé Wei)

Vincent Vigé est né et a été baptisé dans une famille agnostique, de tradition catholique, où l’on ne parlait pas de Dieu. Enfant, il avait une intuition de l’existence de Dieu et se posait pas mal de questions à ce sujet. Même à l’adolescence, où il ne voulait croire que ce qu’il voyait, il restait un doute : « mais quand même, pourquoi tant de gens croient-ils en Dieu, alors qu’il n’y a aucune preuve de son existence ? » À 14 ans, par l’intermédiaire de son école privée catholique d’alors, il rencontre un prêtre qui sait s’adresser aux jeunes et répondre à toutes ses questions. Il se dit croyant. La présence de Dieu est pour lui évidente, mais elle reste floue, « comme un livre en haut d’une étagère. On sait qu’il est là, mais on le laisse à sa place. Je vivais Dieu comme un père qui nous aime tous, nous veut libres et nous protège. » Il lui faudra attendre l’âge de 23 ans pour que sa relation à Dieu devienne vivante, vitale.

 

 

Protestant sans le savoir

 

À Montpellier où il est étudiant, Vincent découvre la compagnie Sketch’up à travers sa pièce Airport chapel. Elle pose un regard neuf, décalé et décapant sur le dialogue interreligieux en questionnant le croire aujourd’hui. Vincent est frappé par l’humour, la précision, la profondeur de cette réflexion. Devant faire un stage de licence professionnelle en communication, il demande à le faire au Parvis des Arts, à Marseille. C’est là que, notamment au contact d’Olivier Arnéra, il découvre le protestantisme. Il a 22 ans. Alors, dès son arrivée à Aix-en-Provence pour préparer Sciences Po, Vincent va fréquenter le temple de la rue Villars. « C’est incroyable », s’étonne-t-il, « ces gens assis sur un trésor et qui n’en parlent même pas ! ». « Ces gens » sont les protestants !

 

Vincent n’a pas besoin de catéchisme ou autre formation adaptée. Curieux, rapide, friand, à travers des discussions et internet, il trouve les réponses à ses questions, se les approprient, et elles se transforment en convictions. Il est saisi par ce que la Réforme dit de la foi et par sa force libératrice. « L’Écriture seule, la foi seule, la grâce seule » lui sont une révélation, le libèrent du poids d’une tradition ecclésiale figée. Il découvre que la foi peut se vivre dans la joie, dans l’amour au jour le jour. Il parle de « choc du protestantisme ». « J’étais protestant sans le savoir ». Il se sent héritier de cette tradition dans laquelle il s’insère naturellement. Il adopte tout, la Bible, Luther, l’éthique, les valeurs, la liberté et la responsabilité qu’elle entraîne… Et découvre qu’un de ses trisaïeux était protestant !

 

 

La présence palpable de Dieu

 

Ce qui est décisif pour Vincent, et qui rend sa foi solide comme le roc, ce n’est pas cette autoformation, mais « l’expérience du cœur ». Ses années de préparation à Sciences Po ont été une dure épreuve : solitude, sentiment permanent d’échec… La traversée du désert. La lecture des nouvelles, obligatoire pour ses études, avec chaque matin toute la violence du monde qui vient s’y étaler, ne fait qu’ajouter à cette pente dépressive. D’autant plus qu’il ne fallait pas seulement s’informer, mais aussi penser sur ces faits désespérants. Sa relation à Dieu et la prière prennent alors toute leur force. « J’ai mieux compris la subjectivité. Mes mots pour parler de cette expérience de vie me semblent bien petits, trop limités pour dire, de façon juste, cette présence indicible. Nous sommes trop petits pour dire l’immensité de Dieu et la complexité de sa présence au monde. »

 

« J’ai prié, et ça a tout changé ». Avant, explique Vincent, « j’étais prétentieux, je me considérais comme le fils génial d’un super papa trop cool qu’on appellerait “Dieu” », chacun restant à distance. Puis il a compris que l’important n’est pas d’être croyant, mais d’entrer en relation. La foi est un partenariat. « Nous venons de Dieu, et la foi consiste à entrer en vis-à-vis avec lui, dans une relation que permet la prière. »

 

S’il est toujours confronté à l’horreur du monde, Vincent a une vive conscience que l’éternité de Dieu ne l’éloigne pas de nous. Bien au contraire, elle donne à sa présence une réalité palpable. C’est le même monde, mais le regard que l’on porte sur lui change radicalement. L’espérance et la joie sont possibles. « Je marche avec lui, et ça change tout. C’est génial ».

 

 

Foi et engagement citoyen

 

Si la prière quotidienne est centrale pour Vincent, c’est en toute intimité, retiré dans sa chambre haute. En revanche, l’engagement citoyen « n’est pas une option ». Et c’est au côté des Verts qu’il sent qu’est sa place. Rien ne lui paraît perdu d’avance. « Les dangers sont réels, mais nous sommes libres face à eux. Je crois à un mouvement citoyen. » Pour lui, la continuité entre citoyens célestes et terrestres est évidente : respect de la Création, accueil inconditionnel, combat pour tous et toutes pour l’ensemble des droits de la personne… C’est un travail de longue haleine pour lequel nous pouvons nous appuyer sur la puissance créatrice que Dieu met en nous. Et c’est justement parce que tout semble perdu que l’on assiste à un retour de l’exigence éthique. « Le respect va revenir ». Pour Vincent, l’atout majeur du chrétien-citoyen est la Joie, couplée à une « hygiène spirituelle » qui permet de résister au défaitisme médiatique, écrasant. On est libre de choisir son vote, sa consommation, la source de son énergie, sa banque, sans attendre le bon vouloir des politiques accaparés par d’autres priorités.

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