Religion et politique se mêlent de plus en plus

Le Brésil connaît une crise généralisée depuis plusieurs années. L’exacerbation des sensibilités religieuses masque bien souvent des difficultés de fond. Le religieux sert donc souvent de refuge, mais aussi d’exutoire ou de catalyseur des tensions.  

Le Brésil est un pays très largement chrétien. La variété des cultes est cependant très grande (au sein du christianisme et en dehors). Depuis quelques années, le pays est en crise dans tous les domaines. Le religieux ne fait pas exception et de nombreux indices montrent une montée de l’intolérance et de l’hypersensibilité religieuse. De façon croissante, la limite entre religion et politique devient floue, ce qui pose de plus en plus de difficultés. Ce n’est un secret pour personne, Jair Bolsonaro a été élu avec un fort soutien de certaines Églises évangéliques. Au sein du Parlement fédéral, les évangéliques occupent une place notable. De fait, religion et politique se mélangent dans les débats, qu’il s’agisse de mœurs, d’économie ou de santé.

 

 

 

La main de Satan

 

S’il est un domaine dans lequel religion et politique peuvent interagir, c’est la santé. En l’occurrence, il n’est pourtant pas question de choix éthiques difficiles ni de liberté de conscience. Face à l’épidémie due au Covid-19, la propension à se protéger varie en fonction de la religion. Et de la foi en… Jair Bolsonaro.

 

Contre l’avis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de son ministre de la santé, Jair Bolsonaro continue de nier le danger et refuse de décréter le confinement général du pays. Fait inédit, la quasi-totalité des gouverneurs d’États est vent debout contre le Président. Les gouverneurs ont pris des mesures de confinement, désobéissant au chef de l’État. Dans un pays où l’accès aux soins n’a rien d’évident, la population aussi est furieuse. Chaque soir, les Brésiliens tapent sur des casseroles en criant «?Fora Bolsonaro?!?» («?Bolsonaro, dehors?!?»).

 

Temple de l’Église universelle du Royaume de Dieu à Manaus

 

(© Madison L. Pereira@wikimedia_commons)

 

 

 

Maintenir les célébrations ?

 

Les Églises évangéliques les plus proches de Jair Bolsonaro ont commencé par refuser d’annuler les cérémonies religieuses. À les entendre, la panique due au virus serait une machination des médias et de forces économiques quasi occultes. Ils y voient la main directe du diable. Les parlementaires évangéliques (38 % de la Chambre) ont, eux, estimé que la pratique religieuse était indispensable. Début avril, Jair Bolsonaro a curieusement mélangé les genres, en appelant la population à une journée nationale de jeûne et de prière, le dimanche des Rameaux.

 

Plus sérieusement, la question était : les lieux de cultes sont-ils des «?services essentiels?» qui doivent rester ouverts?? La question était double : les cérémonies pouvaient-elles continuer, ou au minimum les lieux de cultes rester accessibles?? On pouvait en effet arguer que la foi et l’espérance sont essentielles en temps d’épidémie. Les Églises les plus récalcitrantes poussaient néanmoins le raisonnement beaucoup plus loin : puisque Dieu est tout-puissant, Il peut mettre fin à l’épidémie. Rien à craindre donc pour les croyants et rien à faire non plus à notre échelle (excepté prier).

 

Cette attitude d’Églises peu nombreuses, mais puissantes (politiquement, médiatiquement et en nombre de fidèles) est décriée par beaucoup d’autres. Les temples de plusieurs courants évangéliques, ainsi que les églises catholiques (à l’exception notable de celles du diocèse de São Paulo) étaient fermés avant le 27 mars.

 

 

 

 

 

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