L’EPUdF, notre union d’Églises, annonce sur son site Web que la Déclaration de foi adoptée au synode réuni à Lille du 25 au 28 mai 2017 « a pour vocation d’encourager et soutenir le témoignage personnel et communautaire des membres de l’EPUdF. C’est un outil pour aller à la rencontre des personnes en recherche de sens qui s’approchent de notre Église ». Le conseil national invite les Églises locales à se saisir de cette Déclaration de foi pour annoncer que Dieu révèle son amour pour l’humanité, par la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth.
L’Église locale comme « outil » de mission ?
Au risque de choquer des membres de notre Église, je voudrais poser cette question : avons-nous toujours l’assurance que nos Églises locales, qui constituent l’EPUdF, se vivent comme « outil » au service de la proclamation de la Parole et de l’annonce du salut en Jésus-Christ ? Ou ont-elles endossé la vocation de s’autoprotéger, de protéger l’institution, au lieu de se recentrer sur la mission ?
Aujourd’hui, la mission n’est plus pour ceux qui sont « ailleurs, au loin », elle se trouve bien ici, à notre porte, dans nos églises mêmes, car nous ne sommes plus une société qui se définit par une culture chrétienne. Et cela nous met face à ce chemin qui nous conduit à développer une forte conscience missionnaire. Il ne s’agit plus de simplement entretenir la communauté, mais de…
… partir en mission
Aujourd’hui, le Seigneur nous envoie en mission. Et comme Jonas, le prophète, nous n’avons peut-être pas envie de l’entendre. D’abord parce que nous pensons que notre vie établie en Église est la bonne, parce que nous avons toujours fait comme ça, alors même que nous reconnaissons que nos temples se vident. Parce que, comme Jonas, nous pensons aussi qu’il est difficile de parler à des personnes qui n’ont plus de culture chrétienne. Il nous faut rencontrer d’autres cultures, d’autres langages, comme celui des jeunes, ou de personnes étrangères, par exemple, et ce n’est pas facile. Jonas pense que les païens de Ninive ne peuvent entendre la parole du Dieu d’Israël et ne se convertiront pas. Il décide de cela tout seul et n’obéit pas à la volonté de Dieu. Il décide de s’éloigner le plus possible, et à l’opposé même, de cette ville où Dieu l’a envoyé porter sa Parole.
Partir en mission, vers ceux qui viennent à nous, ou sortir de nos murs pour les rencontrer et vivre l ’ Église ensemble implique de retrouver le goût de la communauté locale priante. C’est la communauté qui édifie et permet de grandir dans la foi : on ne peut être Église tout seul. L’histoire d’une communauté, c’est l’histoire d’une rencontre : rencontre avec le Christ et avec les autres. Le contenu de nos échanges, notamment des prédications et des études bibliques, seront bien sûr fondamentaux, mais la qualité de la relation, les uns envers les autres, sera essentielle. Sans relations humaines de qualité, sans attention à l’autre, aucune communauté ne peut se développer. Notre joie et notre capacité à parler ouvertement à l’extérieur de ce que nous vivons et recevons de l’Évangile, seront aussi des témoignages vivants.
Témoigner, évangéliser…mais qui ?
Aux Pharisiens qui demandent à Jésus des signes pour croire, celui-ci va répondre que ce sont les personnes qui vivent la conversion et qui accueillent le témoignage porté par le prophète qui seront celles qui seront invitées par Dieu à juger ceux qui ont refusé d’entendre sa Parole (Matthieu 12.38-42). C’est Jésus qui dit cela, et il fait à ce moment-là référence au peuple d’Israël qui se croit le peuple choisi par Dieu, alors qu’ils n’écoutent plus sa Parole qui est là, bien présente devant eux en la personne de Jésus lui-même.
Ce texte nous alerte sur les obstacles que nous sommes à même de rencontrer dans notre mission d’évangélisation. Si nous croyons être des élus qui ont la connaissance de Dieu et de sa Parole : attention, danger! Rappelons-nous que cette mission est d’abord rencontre de l’Autre avec l’autre, autant pour notre interlocuteur que pour nous-mêmes. Les déplacements que vivent Jonas et les Ninivites décrits par le texte biblique nous préviennent que notre Église locale qui veut prendre ce chemin d’évangélisation va s’exposer elle-même à être déplacée, à être transformée dans ses habitudes, ses activités, ses relations et son auto-évangélisation(1).
Cette Bonne Nouvelle que nous voulons porter nous conduira à la partager vraiment avec ceux à qui nous nous adressons et donc à nous laisser transformer nous-mêmes par elle, dans le partage. C’est une sorte de feedback constant, d’allers-retours qui s’instaurent et transforment les deux parties concernées par cet échange. Car comme nous le dit Alain Arnoux, il ne faut pas espérer que le message ne transforme que celui vers qui il est porté, ni s’attendre à ce qu’il le transforme à mon image(2). Nous ne sommes pas des justes qui appellent des pécheurs. Dieu a, pour ceux auxquels nous nous adressons, le même regard que pour nous. L’histoire de Jonas le montre particulièrement bien, à ses dépens d’ailleurs, en forçant le trait. En effet, Dieu est clément envers tous les hommes, et les habitants de Ninive en particulier, alors qu’il trompe son prophète, le désavoue après l’avoir obligé à prêcher un message qu’il n’approuvait pas. Dieu est arbitraire et presque injuste envers un seul : son prophète. Mais Dieu fera tout pour lui ouvrir les yeux avec pédagogie.
Jamais sans l’Esprit saint
À nous que Dieu envoie en mission, l ’ évangélisation nous met nous-mêmes à l’épreuve. Cette histoire de Jonas nous montre qu’il faut être prêts à être dérangés par Dieu lui-même, que ce chemin peut révéler nos contrariétés, nos injustices, nos susceptibilités. Dieu n’est jamais aussi audible que lorsqu’il nous prend à rebrousse-poil. Ainsi, l’évangélisation est le fruit naturel d’une Église en bonne santé, qui s’est laissée d’abord évangélisée elle-même.
Rappelons-nous : celui qui convertit, persuade, bouleverse, c’est l’Esprit de Dieu. Non nos propres talents. Évangéliser, c’est proclamer le message pascal, c’est être appelé et appeler à faire l’expérience, comme l’a faite Jonas dans le ventre du gros poisson, du passage avec le Christ, de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière. Mais la résurrection passe par la crucifixion de ce dont on est fier aussi bien que ce dont on a honte, nous rappelle Alain Arnoux(3). Pour évangéliser, mettons-nous à la disposition de l’Esprit de Dieu dans la prière, pour recevoir humblement cette mission qui est d’accompagner l’agir de Dieu, nous associer à lui pour faire sa volonté pour son Église.
1 Alain Arnoux, Vous avez dit évan-gélisation ?, éditions Olivétan, 2014, p. 20.
2 Idem, p. 21.
3 Idem, p. 17.

