Une virée au Désert en passant par des lieux chargés d’histoire

Traverser la France en car d’ouest en est, et plus précisément de Royan au Mas Soubeyran dans le but de se rendre à l’Assemblée du Désert, peut devenir un périple intéressant. Il suffit de prendre quelques paroissiens du consistoire de Charente-Maritime, de leur proposer une visite de Figeac et une halte à Conques.

Les organisateurs, Constance Margueron et Maurice Olivier, de l’Église protestante unie de Royan, avaient également prévu dans le car des temps d’échanges, de chants et de prières.

 

Abbatiale Saint-Sauveur à Figeac © Claudie de Turckheim

Une ville médiévale, Figeac

Arrivés à Figeac, nous déambulons dans la ville médiévale. Ces maisons sont celles des marchands qui à partir du XIIe siècle ont développé le commerce. Figeac connaîtra deux siècles de prospérité. Observons ces maisons : aux rez-de-chaussée des échoppes qui s’ouvrent par des arcades. Et au dernier étage le soleiho, pièce ouverte et servant de lieu de stockage ou de séchage de denrées.
Quelques siècles plus tard, les troupes huguenotes entrent dans la ville, en 1576. Une citadelle protestante est bâtie sur les hauteurs de la ville. Figeac sera rendue aux catholiques en 1622. Témoin des conflits des hommes, l’abbatiale Saint-Sauveur a subi les attaques des Huguenots au XVIIIe siècle, puis des révolutionnaires au XVIIe siècle. Cette magnifique église garde aujourd’hui les traces de l’Histoire, du Moyen Âge à la Révolution, avec ses vestiges romans et gothiques ; le cloître détruit a été remplacé par la place de la Raison. Nous avons particulièrement apprécié la petite chapelle de l’abbatiale dite Notre-Dame de Pitié, toute décorée de panneaux en bois. C’est là que les enfants de Figeac sont baptisés, nous dit-on.
Autre lieu important : le musée Champollion trace l’itinéraire de l’enfant du pays, mais aussi s’intéresse à l’avènement de l’écriture. Jean-François Champollion a découvert le mystère des hiéroglyphes qui comprennent trois sortes de signes : des signes figuratifs qui ne se prononcent pas, mais indiquent la nature du mot, des signes symboliques qui représentent un mot entier et des signes phonétiques. La pierre de Rosette qui comprend un même texte écrit en trois langues : hiéroglyphes, démotique et grec, permet à Champollion d’avancer dans ses recherches. Une grande reproduction de cette pierre orne une place de la ville.

 

Une halte spirituelle, Conques

 

Nous arrivons à Conques, un village du XIIe siècle perdu en Aveyron et qui ne semble pas avoir évolué depuis le Moyen Âge, quelques boutiques de cartes postales en plus. L’abbatiale trône au milieu du village, magnifique édifice de style roman, pur et sobre, si ce n’est le magnifique tympan du portail de l’entrée qui représente un jugement dernier regroupant 124 personnages. Frère Jean-Daniel, de la communauté des Prémontrés, nous le commente en détail. Un vrai catéchisme.  
Abbaye de Conques © Claudie de Turckheim

 

Nous participons à l’office du milieu du jour, un recueillement d’une grande intensité. Le soleil était présent ce jour-là, les vitraux de Soulages ont joué de cette lumière pour rendre les lieux habités. Enfin, Frère Jean-Daniel nous joue une de ses compositions au piano et nous entraîne au réfectoire des moines.

 

Un rassemblement sous le signe des femmes

 

Troisième et dernière halte, le rassemblement du Désert sous les châtaigniers. Un très beau culte présidé par la pasteure Sophie Zentz-Amedro. Certains d’entre nous retrouvent des amis, de la famille. D’autres visitent le musée du Mas Soubeyran puis écoutent les trois conférencières nous parler des femmes du Désert.
Je retiendrai du message final de sœur Mireille, le thème des trois paroles. Deux paroles gravées dans la pierre de la maison des parents de Marie Durand : « Misere mei, Dominus Deus », et « Loué soyt Dieu », deux paroles comme un chemin de prière, dit sœur Mireille. Deux paroles qui ont habité et imprégné le regard de l’enfant, et son intelligence et sa compréhension de la vie.
Et puis la troisième parole inscrite sur la margelle du puits de la tour de Constance : « Résister ».
Trois paroles qui ont structuré une vie. Une prise de conscience que l’homme dépend de Dieu, un cri de louange adressé à Dieu et enfin la décision de résister, discernement animé par le souffle de l’Esprit. Avec ces trois paroles, Marie Durand a affronté un désert qui a duré toute sa vie.

 

Fêter un baptême au cours de l’Assemblée du Désert
© Claudie de Turckheim
Assemblée du Désert le dimanche 2 septembre 2018
© Claudie de Turckheim

Nous vous livrons deux portraits de femmes du Poitou1

 

La période qui s’étend entre la révocation de l’édit de Nantes en 1685, et l’édit de tolérance en 1787, n’a laissé que quelques noms épars de femmes martyres, ayant éprouvé les souffrances de la captivité ou les angoisses de la fuite. Sur quelques 160 000 huguenots ayant choisi de quitter le royaume de France, on ne compte à l’heure actuelle qu’une soixantaine de récits ou de mémoires des exilés et des martyrs de la Révocation, dont une petite dizaine seulement concerne des récits de femmes.

 

• Suzanne de Robillard, est la fille de Josias de Robillard, chevalier, seigneur de Champagne en Poitou. Jeune femme de 19 ans, elle raconte comment elle a organisé sa fuite en avril 1687 depuis La Rochelle avec ses cinq jeunes frères et sœurs, âgés de deux à dix ans, à fond de cale, dans un bateau en partance pour Exeter en Angleterre. Ce n’est que trois mois plus tard que sa mère put les rejoindre, avec un autre enfant plus âgé et une servante, et il faudra encore un an pour que le père de famille les rejoigne à son tour.

 

• Anne de Chauffepié est la fille d’un ancien pasteur de Champdeniers dans les Deux-Sèvres. Dans son journal, elle décrit très bien comment on s’ingéniait à séparer les prisonnières, surtout pour celles qui avaient tissé des liens d’amitié, afin qu’elles ne puissent ni parler, ni prier ensemble. Après avoir connu diverses cellules de la citadelle de l’île de Ré où elle est enfermée en avril 1686 pour plus d’un an, elle est transférée avec ses compagnes de captivité en mai 1687 dans différents couvents de la ville de Niort. Son récit n’est par endroits qu’une longue litanie de la désespérance qui égrène, en même temps que les noms de ses compagnes, les lieux d’enfermement qu’on leur impose. Après Niort, elle connaîtra encore diverses prisons, à partir de l’été 1687, à Poitiers, à Chartres, et enfin à l’abbaye d’Arcisses pendant dix longs mois, avant d’être expulsée en Hollande au printemps 1688.

 

1 Extrait de la conférence d’Inès Kirschleger Résistance et spiritualité des femmes du Désert

 

 

 

 

 

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