L’épreuve du « craignant Dieu »

Après bien des années d’attente, Abraham est enfin devenu le père d’Isaac, le fils de la promesse divine. Mais son cadeau de vie est menacé par une violence des origines que l’homme ne cesse d’attribuer à Dieu. (Genèse 22.1-19)

Genèse 22 se niche au cœur de l’histoire des patriarches. Une histoire où se confrontent des enjeux familiaux et l’irruption de Dieu dans la vie d’une famille. Ainsi, dès le départ, Abraham est appelé par Dieu à quitter. Seuls Saraï, son épouse, et Loth, son neveu, l’accompagnent. Une rupture inhabituelle d’avec les rites coutumiers !

 

 

 

Un Dieu qui éprouve

 

Dans notre texte, et pour la seconde fois dans le parcours d’Abraham, Dieu réitère son exigence (Genèse 12.1 et 22.2) : « Va pour toi ! » Mais là, c’est la relation entre un père et son fils qui est violemment promise à une rupture. Isaac devra être sacrifié sur le mont Moriyya. Un ordre divin paradoxal, terrible. Pourtant c’est bien Dieu qui a donné ce fils, cet héritier adoubé d’une promesse : « J’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera » (Genèse 17.21 et 21.12). Dieu vient donc éprouver Abraham : qui aime-t-il le plus ? Mais ce n’est pourtant pas la mort d’Isaac qu’attend Dieu. Il cherche à savoir comment Abraham se situe par rapport à lui !

 

 

 

Se soumettre sans dire mot ?

 

Si Dieu cherche à savoir, l’homme est en droit de s’interroger ! Se peut-il qu’il demande à Abraham de sacrifier son « fils, son unique, celui qu’il aime », juste pour éprouver sa foi ? Que penser d’un tel Dieu ? Et pourtant, Abraham se soumet à l’ordre de Dieu sans dire mot, alors qu’en Genèse 18, audacieux, il négociait avec lui, la vie de dix justes potentiels habitant à Sodome et à Gomorrhe.

 

Et si Dieu (désigné d’abord par le nom Élohim), qui interrompt la mise à mort d’Isaac (il est soudain appelé par son nom propre, Yhwh), invitait plutôt Abraham à s’initier à un autre style de vie ?

 

 

 

Ne jamais renoncer à la vie

 

Et si le sens de la vie s’envisageait comme un chemin à arpenter, sur lequel on n’a jamais tout à fait fini d’apprendre ce à quoi elle nous appelle ? La conversion n’est-elle pas ce long chemin où l’on apprend à connaître Dieu, à entrer dans sa manière d’aimer et d’agir ? Elle fait tomber nos images de Dieu !

 

Abraham a manifesté sa soumission à Dieu. En échange, celui-ci lui révèle que le temps où les pères avaient droit de vie et de mort sur les femmes et les enfants et pouvaient, au besoin, les immoler à une divinité, est révolu !

 

Le renoncement auquel Dieu invite n’est jamais un renoncement à la vie. Il  montre en revanche à Abraham ce qui, chez lui, demande un sacrifice… La toute-puissance d’un homme sur son semblable.

 

Et si ce que Dieu avait demandé à Abraham, c’était tout simplement de lui consacrer son fils ? La suite du récit semble le vérifier. Dieu n’est pas un dieu sanguinaire, Il est le Dieu qui sauve et qui libère d’abord l’homme de sa propre violence.

 

 

 

 

 

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