L’espérance

Quand l’horizon de nos vies s’assombrit, c’est l’espérance qui est souvent questionnée. Ne serait-elle qu’un lointain souvenir ?

J’ai hésité à choisir pour titre « A la recherche de l’espérance perdue » ; mais j’ai pensé que ce titre allait d’emblée vous induire en erreur sur ce qu’est vraiment l’espérance. Car je crois qu’elle n’est pas une quête.

 

L’espérance, on le sait, est bien présente dans la Bible. Paul en parle beaucoup. Il l’associe à la foi et à l’amour dans les choses qui demeurent (1Co 13,13), ou encore l’évoque dans ce verset : « Cette espérance (de la gloire de Dieu) ne nous déçoit pas, car Dieu a répandu son amour dans nos cœurs par l’Esprit saint qu’il nous a donné » (Rm 5,5).

 

Or c’est justement là que le bât blesse car nous sommes souvent déçus. Nous nous imaginions que l’espérance allait éloigner de nous tracas et désespoir, peut-être même tenir la mort à distance. Quand notre espérance est déçue, quand nous sommes blessés, nous vacillons et nous éloignons d’elle en disant : « Non, décidément, je n’y crois plus, trop de déception ». Or l’espérance n’est pas l’espoir.

 

Qu’est-ce donc que l’espérance ?

 

Telle une force vitale, elle coule en nous, malgré nous. On peut parler de l’espérance comme étant un principe de vie au même titre que l’amour par exemple. L’espérance est au cœur du récit de la création, quand le chaos est ordonné, au moment où la vie émerge. Principe de vie créateur par volonté divine.

 

Dans nos vies bousculées, désordonnées par les contraintes extérieures, l’espérance rétablit l’équilibre, redonne une unité à notre être dissocié par le chaos du monde, les peurs, les privations…

 

Pourtant, l’espérance n’a pas toujours la cote. Ou plutôt, les tentatives pour la prendre en otage se multiplient : conditionnée à la foi, opposée à la vérité scientifique, bafouée au nom de la sécurité de la République…

 

Pourquoi tant de haine ?

 

Il est plus facile de la railler, de la mettre en doute que de l’accueillir. Ainsi va le monde sécularisé où peur, plainte et intolérance sont les moteurs. Avouez que c’est moins reluisant que la foi l’espérance et l’amour !

 

Alors que la violence destructrice devient l’exutoire classique de la déception, l’espérance est créatrice de vie. Quasi surnaturelle (je vous ai laissé entendre qu’il y avait la main de Dieu à l’œuvre), elle hisse chacune et chacun vers la vie ; malgré nous, par volonté divine. Véritable souffle vital, l’espérance est en nous dès le début. Faut-il la confondre avec l’Esprit ? Pas vraiment, mais les deux font partie de l’intériorité de l’être. L’Esprit, présence divine, et l’espérance, force et mouvement naturel de l’être vers la reconnaissance du divin en soi. L’espérance est un élan vers l’au-delà, je le crois spontané, naturel. Dans un vocabulaire « moderne », nous pourrions dire que l’espérance est le lâcher-prise de la conscience rationnelle en Dieu. Par l’acceptation de l’action de Dieu en nous ; oui, il besogne en nous disait Calvin ; quoi que nous fassions ou pensons.

 

Véritable don de Dieu, l’espérance est une force vitale que nous pouvons accueillir avec confiance. Elle est une porte d’entrée vers la vie en plénitude. Elle tend à se confondre avec le Christ tant il l’a incarnée. Car Christ n’était-il pas l’espérance de Dieu pour le monde ?

 

Espérance faite chair pour que le monde soit sauvé, par pure grâce. L’espérance n’a quitté pas le monde, elle s’exprime en chacun de nous de manière singulière, comme reflet de la présence de Dieu. Toujours, pour la vie.

 

 

 

 

 

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