« Cet anthropomorphisme, c’est insupportable ; comme si Dieu avait eu besoin de se reposer ! » C’est ainsi que je m’étais fait interpeller à la sortie d’un culte d’action de grâce par un professeur de philosophie à la retraite, athée affiché. Il était venu aux obsèques de son ancienne proviseure, pilier de l’Église locale que je desservais. Il semblait n’en avoir retenu que la lecture du récit de la Création des deux premiers chapitres du livre de la Genèse…
Dépasser une lecture littérale
On peut effectivement faire une lecture trop littérale de ces deux chapitres de la Genèse et se sentir gêné, voire révolté, par des récits qui semblent mettre de côté l’intelligence humaine et nous placer en porte-à-faux avec ce que les découvertes scientifiques ont apporté sur des questions telles que la création de l’univers ou l’évolution des espèces… Mais on peut aussi se laisser porter par la richesse des sens et des significations qui émergent de tels textes.
Chacun des jours de la Création, dans ce récit biblique, met en œuvre une parole divine qui devient active et créatrice : Dieu parle et cela advient. Chacun de ces jours est souligné par un constat de Dieu devant la beauté de ce qui a émergé de cette Parole créatrice : « Dieu vit que cela était bon », et même, après la Création de l’être humain à son image et à sa ressemblance, « voilà, c’était très bon ! »

Les vacances, plus qu’un repos mérité, l’occasion de contempler la Création (© Pixabay)
Vivre plus qu’un repos mérité
Le septième jour semble être mis à part dans ce récit, ne commençant pas par « Dieu dit : … » et semble attester que Dieu avait bien besoin d’un repos « bien mérité ». Ce septième jour fait cependant bien partie de l’œuvre créatrice elle-même : « Dieu acheva au septième jour l’œuvre qu’il avait faite… » et ce n’est qu’en conclusion de ce jour que le récit est bouclé par « telle est la naissance du ciel et de la terre lors de leur création. » Le septième jour n’est donc pas celui du « repos bien mérité », mais celui de la touche finale apportée à la Création tout entière. Cette touche finale est également celle d’une bénédiction ; Dieu ne se contente pas de constater que ce qui est « est bon », voire « très bon », mais il bénit ce jour et le consacre.
Nos vacances, comme nos sabbats, ne sont donc pas de l’ordre de ce que nous méritons au terme de nos efforts, mais une grâce et une bénédiction à recevoir et à vivre pour achever véritablement ce que nous créons, dans la contemplation de la Création qui nous précède et nous dépasse toujours.
