Les derniers de la classe

Il s'appelle Moctar. Avec un prénom comme ça, c'est pas facile d'arriver en cours d'année dans une nouvelle école ! Surtout qu'il ne parle pas français.

Enfin, si un peu, car ça fait un an que lui et sa famille sont arrivés en France. Son français est encore un peu hésitant. Alors peu nombreux sont ceux qui veulent bien jouer avec lui, à la récré. Et lui, il les observe.

 

Juste devant lui, en classe, c’est Erwan qui est assis. Erwan, il est presque aussi large que haut. Tout le monde se moque de lui, surtout en sport, parce qu’il est tout de suite essoufflé. C’est surtout Gaspard, le plus costaud de la classe, qui n’arrête pas de le provoquer. Il l’appelle « le gros patapouf ».

 

Tout devant, au premier rang, il y a Flavie. C’est une jolie petite fille, avec des cheveux magnifiques. Mais elle a un problème de vue et des verres de lunettes gros comme des loupes. Elle non plus n’a pas beaucoup de copines. Dans son dos on l’appelle « la chouette ».

 

(© Jeanne Rupp)

 

 

À droite de Moctar, est assise Adeline. La meilleure de la classe. Elle a toujours la meilleure note et lève la main dès que le professeur pose une question. Elle ne dit jamais bonjour à Moctar et préfère parler avec ses amies, assises juste derrière.

 

Et puis à gauche de Moctar, il y a P’tit Lu. Il s’appelle Lucas, mais il est si petit que tout le monde l’appelle « P’tit Lu ». Il a l’air de trouver ça très drôle. Comme il a l’air de trouver très drôle chaque fois qu’il est mal noté. « Qu’est ce que je suis nul ! ». Il dit ça tout le temps. « J’suis l’plus p’tit, j’suis l’plus nul ». C’est d’ailleurs lui qui a appris cette expression à Moctar : être nul. Dans la langue de son pays, c’est intraduisible !

 

 

Ce jour-là n’est pas un jour comme les autres. Toute la classe va le passer avec le professeur d’art plastique. Ils vont peindre une immense fresque, dans le hall d’accueil de l’école. Une fresque avec plein de personnages. Les silhouettes des personnages ont déjà été dessinées par le professeur. Eux, les enfants, vont les peindre, en inventant les habits, les cheveux, les visages…

 

Moctar est ravi. Pour peindre, pas besoin de parler français ! Et en plus, il adore ça. Il s’inspire des belles étoffes et des vêtements de son pays et pendant quelques heures, c’est comme s’il était reparti là-bas.

 

Pour Erwan, c’est compliqué. Il transpire tout ce qu’il peut et doit s’arrêter souvent pour essuyer la sueur de son front. Mais il s’applique, la langue tirée sur le côté. Et au lieu de faire des grands aplats de couleur, il peint des détails incroyables : la chemise d’un de ses bonshommes, il la peint avec des petits carreaux de toutes les couleurs. Sur les poches du pantalon et le long des coutures, il peint des motifs géométriques très compliqués.

 

Pour Flavie, peindre sur un mur est impossible, elle ne voit pas assez. Alors elle s’est proposée de nettoyer au fur et à mesure les pinceaux de ses camarades et de changer leur eau. Ils sont tout heureux d’accepter ce service et pour la première fois, on lui parle gentiment.

 

Quant à Adeline, au bout d’une heure elle a à peine commencé. Elle a trop peur de se tromper. Elle n’arrive pas à se décider pour les couleurs, et quand elle en choisi une, aussitôt elle va chercher le professeur pour être sûre que c’est bien. Adeline, elle a tellement l’habitude de réussir, qu’elle a terriblement peur de faire des erreurs. Et ça la bloque complètement.

 

(© Jeanne Rupp)

 

 

C’est pas comme P’tit Lu Le Nul en Tout. Lui, il ose tout ! Il s’est vite rendu compte que sa taille ne lui permettait pas de faire de grands personnages sans monter constamment sur une chaise. Alors il va d’un élève à l’autre et propose de peindre les chaussures. Il peint des chaussures à rayures vertes et violettes, des chaussures à talon immense, des pieds nus avec de gros orteils, des pantoufles à carreau… Et quand il n’a plus de chaussure à peindre, alors il se met à peindre de l’herbe, des fleurs, et des coccinelles, des abeilles, des escargots…

 

 

Et le temps passe, trop vite, la journée touche à sa fin. Moctar aide Adeline à finir son personnage. Erwan le gros Patapouf va aider Gaspard le Costaud à peindre un tatouage sur le bras de ses bonshommes. P’tit Lu court proposer à chacun d’ajouter un papillon sur un soulier, une fourmi sur une main, ou une araignée, ou un scarabée, ou une sauterelle… Et Flavie se met à rire, comme elle n’a jamais ri, car à force de rincer gobelets et pinceaux, ses mains ont pris toutes les couleurs de l’arc en ciel.

 

 

L’inauguration de la fresque a lieu trois jours après, à la fin de la journée. Il y a là toutes les classes, tous les professeurs, les parents, la directrice, le maire, et même la députée. Les élèves de la classe de Moctar sont invités à monter sur la tribune pour être félicités et remerciés. La fresque est remarquable, pleine de couleurs et de vie. Sur un petit panneau, sur le côté, il y a le nom de tous les enfants qui ont participé. Même Flavie qui n’a pas peint mais qui a tant aidé. Même Adeline, qui n’a fait que la moitié d’un bonhomme. Même Étienne, qui était trop malade ce jour-là pour venir. Même Christine, une petite fille handicapée qui est avec eux tous les matins. Elle non plus n’a pas peint, mais elle était là.

 

La députée semble particulièrement impressionnée. Elle explique que des fresques, dans les écoles, elle en a déjà inauguré beaucoup. Mais des comme ça, jamais. C’est la première fois qu’elle voit autant de détails originaux. Ce qui lui plaît particulièrement, ce sont ces petits insectes qui semblent sortir des fleurs et qui grimpent partout, et ces chaussures incroyables. Elle s’arrête aussi longuement sur une des femmes peintes par Erwan. Sa robe est comme brodée de touches de bleu et de vert, et son chapeau semble tissé de losanges rouges et jaunes. Plus loin, ce sont les personnages de Moctar qui retiennent son regard, avec leurs vêtements venus d’ailleurs… La députée va parler au maire, puis au professeur d’art plastique. Le professeur s’approche du micro et annonce devant tout le monde. « Mesdames et Messieurs. Notre députée aime tellement notre fresque qu’elle a suggéré au maire que les élèves viennent en peindre une à la mairie, sur un des murs de la salle du conseil. C’est un mur moins grand que le nôtre, alors seuls trois élèves participeront à ce projet. En remerciement, la députée les emmènera à Paris, visiter l’assemblée nationale, et tout ce qu’ils voudront ! »

 

(© Jeanne Rupp)

 

 

Et vous savez qui a été choisi ? Moctar l’étranger, Erwan le gros patapouf, et P’tit Lu le nul en tout. Et c’est lui qui a eu l’idée, et tous les trois l’ont exigé, que vienne aussi Flavie la Chouette, pour les aider à nettoyer leurs pinceaux ! Pas si bête que ça, le p’tit Lucas !

 

 

 

Nous remercions particulièrement Jeanne pour avoir illustré le conte et apporté de la joie et de la couleur dans ce numéro d’été.

 

 

 

#Spiritualité

Nos titres

Échanges
Ensemble
Le Cep
Le nouveau messager
N°446 - juin 2020
Le Protestant de l'Ouest
Le Ralliement
Liens protestants
Paroles protestantes Est-Montbéliard
Paroles protestantes Paris
Réveil

Pour aller plus loin

Le royaume est en germe
Spiritualité
Le royaume est en germe
Je me souviens lors d’une visite de ce que m’avait dit une vieille dame de 99 ans : « vous faites le métier le plus difficile du monde, vous ne voyez jamais le résultat de ce que vous semez ».
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Prier pour et avec la création
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Pour prier avec et pour la Création, ce mois-ci c'est Charlotte Mijeon, de la paroisse de Laval, qui nous propose une prière :
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Au fil de la Bible
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Il est parfois important, notamment avec des textes qui nous semblent connus (je dis bien « semblent » !) de prendre le temps nécessaire pour s’y replonger. Vraiment. Pas seulement rapidement pour se précipiter sur « la morale de l’histoire ». D’autant plus que bien souvent, de morale, il n’est pas question dans les histoires bibliques.
Dieu seul est Dieu
Actualité du protestantisme
Dieu seul est Dieu
« À Dieu seul la gloire. » Ce principe du protestantisme est parfois méconnu ou oublié, dans l’ombre des trois autres : la grâce seule, la foi seule, l’Écriture seule. Peut-être parce que l’on n’en saisit pas immédiatement la portée concrète et existentielle, pour la vie du croyant, de l’Église, et même de la société.
La montagne au cœur de la spiritualité
Spiritualité
La montagne au cœur de la spiritualité
Pourquoi, malgré les conditions parfois si difficiles, malgré la fatigue, et parfois de graves incidents, pourquoi part-on en montagne ? Qu’allons-nous chercher là-haut lorsque l’on est des amateurs, sportifs certes, mais pas des professionnels de haut niveau ? Et que trouvons-nous finalement, en quoi cela nous fait-il avancer et nous construit-il intérieurement ?
Déplacer les montagnes
Enfants
Déplacer les montagnes
Toujours dans le thème de la montagne comme lieu de spiritualité, voici une page dédiée aux enfants.
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
Actualité
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
On a peine à imaginer l’impact produit par l’œuvre conduite durant 25 ans par le réformateur Calvin dans l’élaboration du Psautier de Genève (l’appellation « Psautier huguenot » est plus tardive). Il fait mettre en rimes et en musique les psaumes pour les faire chanter par toute l’assemblée des fidèles.
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Actualité
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Chanter ensemble les psaumes, c’est faire l’expérience d’une prière partagée à partir d’un héritage biblique commun. L’Amitié judéo-chrétienne de Besançon invite catholiques, protestants, orthodoxes, juifs et syriaque-chaldéens à se rencontrer dans l’écoute, le respect et l’amitié, au service du dialogue interreligieux et de la lutte contre l’antisémitisme.
Pain quotidien : lectures de la Bible
Bible
Pain quotidien : lectures de la Bible
Les textes pour la lecture quotidienne de la Bible suivent la liste proposée par la Communauté de travail œcuménique pour la lecture de la Bible. Elle permet de parcourir une fois l’Ancien Testament et deux fois le Nouveau Testament en huit ans.