Luc 2.22-40 : Syméon et Anne

Syméon et Anne : deux personnages que la tradition populaire a quelque peu arrangés mais qui ont cependant une portée spirituelle importante.

Commençons par Syméon.

 

On ne sait rien de lui : ni son origine, ni son âge, ni la catégorie sociale à laquelle il appartient. Si on le présente souvent comme étant âgé, c’est parce qu’on a interprété certains versets dans ce sens.

 

Par contre on sait beaucoup de choses sur sa vie intérieure.

 

Il nous est présenté comme un juif pieux et juste qui est en attente du Messie, de celui qui va apporter une nouveauté radicale, une espérance.

 

Il est aussi précisé que « l’Esprit saint est sur lui » et que c’est cet Esprit qui va le pousser vers l’esplanade du Temple où il va rencontrer Marie, Joseph et Jésus.

 

Syméon est quelqu’un qui a une foi suffisamment ouverte pour que l’Esprit saint puisse souffler en lui et le mettre en mouvement. Ainsi il va vivre la rencontre qui va le libérer. Car c’est bien d’une libération qu’il s’agit pour Syméon : désormais son attente est terminée, « ses yeux ont vu le salut de Dieu ».

 

Syméon, c’est celui qui vit une foi intense et qui n’est pas fermée, renfermée sur elle-même. La foi de Syméon est ouverte au souffle de l’Esprit. C’est cette foi-là qui va lui permettre de discerner, d’aller à la rencontre et d’accueillir ce nouveau-né, et de voir en lui l’aube de quelque chose de nouveau.

 

Et je crois là est tout l’intérêt du personnage de Syméon pour nous aujourd’hui. Il est comme une invitation à ouvrir notre foi au vent de l’Esprit afin que nous puissions accueillir dans nos vies la lumière et la parole qui feront que nous aussi nous pourrons dire : Maintenant je peux aller en paix. Non pas je peux mourir en paix, mais ma vie est en paix avec Dieu.

 

Venons-en à présent à Anne

 

Anne, c’est tout le contraire de Syméon : on sait tout d’elle !

 

Elle est prophétesse, on sait de qui elle est la fille, on sait à quelle tribu elle appartient. On sait aussi tout de sa vie : elle a été mariée pendant sept ans, puis veuve et a présent elle est avancée en âge puisqu’elle a 84 ans.

 

Quant à sa vie de foi, le texte nous dit qu’elle ne s’éloignait pas du Temple, puisqu’elle « prenait part au culte, nuit et jour, par des jeûnes et des prières… »

 

Il y a cependant une chose qui est passée sous silence : ses paroles. Luc se contente de dire sobrement : « Elle louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la rédemption de Jérusalem. »

 

Et pourtant, malgré son silence apparent, Anne a beaucoup à nous dire.

 

Le rôle d’Anne, c’est de parler, d’annoncer.

 

En somme, Syméon et Anne traduisent à eux deux les deux mouvements de la foi :

 

Syméon caractérise le mouvement intérieur et Anne, quant à elle, caractérise le mouvement vers l’extérieur. Le rôle d’Anne, c’est d’aller vers l’extérieur, de parler de cet enfant qui vient de naître à toutes celles et tous ceux qui attendent.

 

Cela vient aussi nous parler à nous et à notre vie de foi.

 

Aujourd’hui encore, il y a des hommes et des femmes qui sont en attente, et ces attentes sont immenses. Bien sûr, aujourd’hui elles s’exprimeront avec d’autres mots que ceux qu’employait Luc, à savoir « la rédemption d’Israël ».

 

Mais aujourd’hui encore, des hommes et des femmes sont en attente d’une parole « neuve », qui les relève, qui leur redonne leur dignité, qui leur permet d’avancer et de sortir de certaines impasses dans lesquelles la société, les autres et même parfois les institutions religieuses les enferment.

 

Alors peut être que si les paroles d’Anne la prophétesse ne nous sont pas parvenues, c’est afin de nous permettre de dire avec nos propres mots ces paroles qui relèvent.

 

 

 

« Quand ils n’auront plus sur les lèvres

 

que l’infinie litanie des désastres,

 

quand leurs yeux s’arrêteront

 

sur un ciel verrouillé et une terre à l’abandon,

 

quand ils plieront

 

sous la bourrasque

 

des illusions perdues,

 

et quand ils se laisseront gagner

 

par la froidure du dedans,

 

dis-leur…

 

Dis-leur seulement

 


Qu’une Parole vient

 

qui brise les évidences,

 

dis-leur que de l’humain

 

une autre version est possible,

 

dis-leur que l’hiver des cœurs

 

abrite une promesse !

 

Dis-leur surtout

 

que la lumière attend de naître

 

sous leurs pas,

 

dans le terreau de leur fragilité reconnue ! »

 

Francine Carillo

 

 

 

Lecture du jour : https://www.painquotidien.net

 

 

 

#Bible #Spiritualité

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