Mettre la Bible entre toutes les mains

Un des piliers du protestantisme est le sola scriptura, qui consiste à se référer à la Bible seule, diffusée auprès de la population afin que celle-ci puisse y trouver les bases de sa foi et de sa relation à Dieu. Mais les textes sont-ils à portée de tous ?

Traduire la Bible a été l’un des premiers gestes de la Réforme, pour y retrouver les mots originaux, issus de l’hébreu ou du grec, plutôt que de passer par une traduction grecque puis latine.

 

Les références ont évolué

 

Il est évident qu’en traduisant, on trahit un peu. Au mieux, une partie du sens des mots est perdue ou relativisée. C’est ainsi que différentes versions sont passées au fil des siècles dans les milieux chrétiens, chacune étant le reflet de la pensée de l’époque. Cette adaptation culturelle traduit la vitalité du texte, mais peut aussi inquiéter le lecteur. Car comment comprendre des manuscrits, des notes de bas de page laissant voir des nuances, des histoires qui ne s’appuient plus sur les évidences de la société et ne peuvent se comprendre actuellement ? Quand Jésus parle du Royaume en le comparant à une récolte où l’épi porte cent grains, alors qu’à son époque c’était quinze au plus, on ne remarque pas le miracle : c’est aujourd’hui un rendement normal. Les référentiels de la langue et de la société ont changé.

 

Seulement l’écriture

 

Les Église protestantes se fondent cependant sur cette conviction que l’écriture est la seule voie pour enseigner le croyant dans sa vie personnelle et sa relation avec Dieu. Nulle Église, nul humain ne peut interférer dans cette compréhension, sinon tenter de la guider un peu. Bible en main, l’humain est un pape, selon l’adage protestant.

 

Encore faut-il avoir accès au sens de la Bible et la comprendre.

 

Certes les catéchèses protestantes sont avant tout bibliques, permettant une familiarisation avec les textes de référence. Mais de plus en plus de protestants arrivent sans formation préalable. Devant le caractère ardu de la lecture de récits qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’actualité, ils rechignent parfois ou se forgent des idées personnelles qui primeront sur l’étude elle-même.

 

Faut-il encore mettre le Bible en toutes les mains ?

 

Devant un tel décalage, la question se pose de l’accès direct au texte pour les non-initiés. Ce que le protestantisme historique a fait pour libérer le peuple de la servitude d’une compréhension unique, en offrant le texte en langue dire « vulgaire », se retrouve pris à contre-pied. Le même peuple n’est plus à libérer d’une interprétation unique : il ne sait plus accéder au texte écrit dans sa propre langue. Au point qu’il faut presque libérer le texte de son propre cadre culturel.

 

Certaines options ont consisté à proposer des variantes dédiées à certaines catégories de la population : français courant, puis français fondamental… de moins en moins de vocabulaire… de moins en moins de finesse des situations. Il existe un écart infini entre un verset actualisé sur lequel l’œil glissera sans même le remarquer et le même verset dans son aspérité initiale, sur lequel un livre entier pourra s’écrire.

 

Garder les sens du texte et le sens du travail

 

La Bible lue et méditée dans son texte demande des connaissances certaines pour être savourée, car des versions différentes existaient déjà à l’origine. Il n’y a donc pas de compréhension exacte, mais un travail constant pour découvrir les sens. C’est ce sens du travail qui doit être transmis, plutôt que les mots actualisés.

 

La catéchèse va dans ce sens lorsqu’elle prend acte de la complexité textuelle de l’époque et évoque des pistes de compréhension, recherche des symboles ou des allusions, pose des questions. En Chine, le gouvernement a choisi de réécrire certains passages pour éliminer les questions. Or sola scriptura.

 

 

 

 

 

#Bible #Spiritualité

NEWSLETTER

Vous souhaitez être informé de l’actualité protestante, inscrivez-vous à nos newsletters.

 

Découvrir nos newsletters

Pour aller plus loin

Le royaume est en germe
Spiritualité
Le royaume est en germe
Je me souviens lors d’une visite de ce que m’avait dit une vieille dame de 99 ans : « vous faites le métier le plus difficile du monde, vous ne voyez jamais le résultat de ce que vous semez ».
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Prier pour et avec la création
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Pour prier avec et pour la Création, ce mois-ci c'est Charlotte Mijeon, de la paroisse de Laval, qui nous propose une prière :
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Au fil de la Bible
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Il est parfois important, notamment avec des textes qui nous semblent connus (je dis bien « semblent » !) de prendre le temps nécessaire pour s’y replonger. Vraiment. Pas seulement rapidement pour se précipiter sur « la morale de l’histoire ». D’autant plus que bien souvent, de morale, il n’est pas question dans les histoires bibliques.
Dieu seul est Dieu
Actualité du protestantisme
Dieu seul est Dieu
« À Dieu seul la gloire. » Ce principe du protestantisme est parfois méconnu ou oublié, dans l’ombre des trois autres : la grâce seule, la foi seule, l’Écriture seule. Peut-être parce que l’on n’en saisit pas immédiatement la portée concrète et existentielle, pour la vie du croyant, de l’Église, et même de la société.
La montagne au cœur de la spiritualité
Spiritualité
La montagne au cœur de la spiritualité
Pourquoi, malgré les conditions parfois si difficiles, malgré la fatigue, et parfois de graves incidents, pourquoi part-on en montagne ? Qu’allons-nous chercher là-haut lorsque l’on est des amateurs, sportifs certes, mais pas des professionnels de haut niveau ? Et que trouvons-nous finalement, en quoi cela nous fait-il avancer et nous construit-il intérieurement ?
Déplacer les montagnes
Enfants
Déplacer les montagnes
Toujours dans le thème de la montagne comme lieu de spiritualité, voici une page dédiée aux enfants.
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
Actualité
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
On a peine à imaginer l’impact produit par l’œuvre conduite durant 25 ans par le réformateur Calvin dans l’élaboration du Psautier de Genève (l’appellation « Psautier huguenot » est plus tardive). Il fait mettre en rimes et en musique les psaumes pour les faire chanter par toute l’assemblée des fidèles.
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Actualité
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Chanter ensemble les psaumes, c’est faire l’expérience d’une prière partagée à partir d’un héritage biblique commun. L’Amitié judéo-chrétienne de Besançon invite catholiques, protestants, orthodoxes, juifs et syriaque-chaldéens à se rencontrer dans l’écoute, le respect et l’amitié, au service du dialogue interreligieux et de la lutte contre l’antisémitisme.
Pain quotidien : lectures de la Bible
Bible
Pain quotidien : lectures de la Bible
Les textes pour la lecture quotidienne de la Bible suivent la liste proposée par la Communauté de travail œcuménique pour la lecture de la Bible. Elle permet de parcourir une fois l’Ancien Testament et deux fois le Nouveau Testament en huit ans.