La vérité, une rencontre avec Dieu

Jusqu’au XVIe siècle, l’Église romaine était le dépositaire unique de la vérité en matière de foi chrétienne. Même si des voix dissidentes avaient déjà, au cours des siècles précédents, contesté ce monopole. La Réforme a rompu avec cette compréhension d’une vérité univoque, inscrite dans des dogmes, des rites, des institutions.

Pourtant, cette vérité a d’abord orienté la vie de Luther. En fidélité à elle, il choisit d’être prêtre et moine, obéissant et soumis aux pratiques religieuses qu’elle exigeait. Toutefois, malgré ses efforts, sa quête spirituelle va demeurer douloureusement insatisfaite.

 

 

Une vérité relationnelle et existentielle

 

Luther découvre alors que la vérité chrétienne n’est pas de l’ordre d’un savoir. Elle n’est pas une doctrine, une morale, un système de valeurs ou de croyances immuables, auxquels il faudrait adhérer. Pour le chrétien, la vérité est une personne, le Christ, qui vient à notre rencontre, suscitant une relation de confiance, c’est-à-dire de foi avec lui. Par conséquent, si nul ne peut prétendre détenir la vérité sur Dieu, chacun·e est appelé·e à vivre une relation en vérité avec Lui. Sa Parole d’amour libératrice permet d’être « vrais », nous accueillant tels que nous sommes véritablement, avec nos certitudes, nos questions et nos doutes. Comme toute relation, celle avec le Christ ne saurait se figer dans des expressions ou des modalités définitives. Nul ne peut la posséder, ni « l’enclore » disait Calvin. Ce qui signifie que si Christ est la vérité ultime de ma vie, s’il est absolument la vérité pour moi, je ne peux pas l’imposer comme une vérité absolue pour tous. Je peux seulement témoigner de ma foi en Lui et des conséquences de sa présence dans mon existence. En sachant que Dieu est toujours au-delà des représentations et institutions humaines à travers lesquelles nous parlons de Lui.

 

 

Dieu au-delà des langages humains

 

Cela ne veut pas dire que nos langages sur Dieu seraient inutiles et vains. Car « La Parole a habité parmi nous » (Jean 1.14), et donc Dieu a choisi de s’incarner, de se révéler et de manifester sa présence à travers les mots et les gestes humains. Mais ceux-ci ne sont pas en eux-mêmes la vérité. Ils sont des expressions, des formulations, des constructions humaines qui s’efforcent de rendre compte de notre rencontre avec Dieu. Ces langages ne livrent pas un contenu de vérité sur Dieu, mais ils témoignent d’une relation en vérité avec Lui, que l’on ne peut pleinement définir ni ne doit imposer. Car Dieu est au-delà de tout langage. On ne peut avoir accès à Lui, disait Luther, « dans sa nudité ». Il nous rejoint à travers des paroles, des expressions, des écrits humains. Ces langages ne sont pas Dieu. Ils ne sauraient donc être sacralisés, rendus intouchables. Ils ne font que renvoyer à Lui et appeler à la foi.

 

 

Cheminer avec le Christ

 

C’est pourquoi ces langages sont inévitablement divers. Comme on le voit déjà dans les textes bibliques ou les écrits théologiques, ou encore dans les débats qui habitent et vivifient l’Église.

À condition que cette diversification ne sombre pas dans le relativisme d’une « tolérance usée », disait Paul Ricœur. Ou qu’elle s’atomise, comme c’est le cas aujourd’hui dans la société, en une multitude de vérités absolutisées, plus péremptoires les unes que les autres et incapables de dialoguer entre elles. Sans oublier les dogmatismes et fanatismes religieux qui demeurent, voire se développent.

On mesure alors combien il importe, pour le chrétien protestant, de se mettre à l’écoute et de témoigner de cette parole bouleversante et si actuelle de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14.6). La conjugaison de ces trois termes souligne que la vérité du chrétien est de l’ordre d’une quête et d’une relation confiantes avec Celui qui ouvre la route vers une vie nouvelle.

#Actualité du protestantisme #Spiritualité #Théologie

Nos titres

Paroles protestantes Est-Montbéliard
Liens protestants
Ensemble
Paroles protestantes Paris
Échanges
Réveil
Le Cep
Le Ralliement

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Une liberté paradoxale
Actualité du protestantisme
Une liberté paradoxale
Le geste de la Réforme est généralement perçu, à juste titre, comme un moment historique de libération. Cet héritage constitue une belle et exigeante promesse, notamment quand les religions et les sociétés dressent des limites ou des obstacles à la liberté.
Une Église pour la multitude
Actualité du protestantisme
Une Église pour la multitude
En protestantisme, ni l’Église ni ses ministres ne constituent des intermédiaires obligés entre Dieu et les humains. Dès lors, dépouillée de tout caractère sacré, de toute prétention à maîtriser l’oeuvre de Dieu, l’Église va être comprise de manière nouvelle.
Une autorité partagée
Actualité du protestantisme
Une autorité partagée
On considère souvent que l’organisation interne des Églises protestantes est une forme de démocratie. Certains protestants tirent fierté de ce constat, quand d’autres regrettent qu’elles ne le soient pas davantage.
Rassembler par la parole
Actualité du protestantisme
Rassembler par la parole
Si la foi est une relation personnelle avec Dieu, quelle est alors le rôle de l’Église en protestantisme ? La question est centrale dans les dialogues œcuméniques et a pu susciter bien des malentendus, y compris au sein du protestantisme.
Partir des écritures, la parole vive
Actualité du protestantisme
Partir des écritures, la parole vive
La prédication est un élément essentiel pour le protestantisme. Elle prend place dans le cadre du culte et de sa liturgie, mais pas seulement. Pourquoi cette modalité de la Parole est-elle si importante, si attendue par les fidèles et remarquée par les non-familiers ?
Les Écritures bibliques, un pluriel singulier
Actualité du protestantisme
Les Écritures bibliques, un pluriel singulier
En protestantisme, la foi se nourrit de la lecture, individuelle ou communautaire, de la Bible. Cette démarche, qui n’est pas soumise à un magistère ecclésial, peut susciter des questions. Celles-ci ne sauraient, toutefois, en occulter la richesse spécifique.
L’amour premier de Dieu
Actualité du protestantisme
L’amour premier de Dieu
L’un des grands principes du protestantisme est la justification par la grâce de Dieu. Cette formulation et son vocabulaire ne sont pas forcément familiers à nos contemporains. Alors qu’ils sont porteurs d’une bonne nouvelle pour le monde et l’humanité.