Naaman le magnifique !
Entrés dans le pays, les soldats avancent, rasent les maisons, brûlent les villages. Après des batailles acharnées, les syriens font de nombreux prisonniers. Les soldats victorieux ne choisissent que les gens en bonne santé car la route sera longue jusqu’à Damas, la capitale de leur pays. Ils sélectionnent parmi eux les hommes forts… les jolies femmes et même des enfants, pour les emmener, captifs, dans leur pays !
Enfin, après la lente marche sur les routes poussiéreuses et sous le soleil brûlant l’armée entre en triomphe dans la ville. Les prisonniers morts de fatigue, le regard vide, sont assemblés sur la grand place, enchaînés les uns aux autres… Ils attendent, dans un vacarme assourdissant, d’être donnés aux soldats en récompense ou bien d’être vendus comme esclaves.
Parmi ces prisonniers, loin de sa maison, loin de ses parents et de ses amis, seule dans un pays étranger, le ventre noué par la peur, une jeune fille dont nous ne connaissons pas le nom. Que va-t-elle devenir ? Qui peut venir à son secours ?
Soudain, le brouhaha s’arrête. Silence, respect, admiration : Naaman arrive sur la place du marché.
Choisie par le général
Il arrête son char pour examiner les prisonniers. Dans cette grande foule déguenillée, il remarque la toute jeune fille. Il voit ses joues pâles, ses yeux effrayés… Il s’approche et lui sourit… Oui, il est beau ce général avec son casque rutilant, sa grande cape rouge… il est beau quand il sourit, pense la jeune fille… pourtant il a tout détruit dans mon pays, son armée a tout pillé, ses soldats m’ont arrachée à mes parents.
Soudain, Naaman appelle un de ses hommes : Prends cette enfant et amène la chez moi, ordonne-t-il, elle sera pour ma femme une gentille servante.
Notre jeune fille entre ainsi dans la maison du grand général syrien, au service de sa femme. Ici, tout est différent des maisons de son village. La femme de Naaman est aimable et douce avec sa nouvelle servante ; elle est aussi très belle, toujours vêtue de robes de soie aux couleurs chatoyantes et soigneusement coiffée.
Privée des siens, exilée, notre jeune fille se met à l’aimer, sans oublier ses parents restés dans son pays. Naaman et sa femme possèdent vraiment tout ce dont on peut rêver. Ils ont tout pour être heureux…
Une souffrance cachée
Pourtant, à plusieurs reprises, la jeune fille a constaté que sa maîtresse reste longuement assise silencieuse et triste. Parfois même elle se cache pour pleurer. Pourquoi ? Naaman est fort et courageux, apprécié au plus haut point par le roi de Syrie qui le comble de mille faveurs… En apparence Naaman est invincible, rien ne peut l’atteindre… Pourtant, malgré tout son prestige, Naaman est lépreux.
Au début, ce n’était qu’une petite tache blanche mais maintenant cette tache s’est étendue elle gagne du terrain. La lèpre commence à ronger son corps vigoureux et bientôt elle va le mutiler.
Qu’adviendra-t-il alors du grand général ? Pour éviter la contagion, il va devoir lui aussi quitter sa famille, sa maison, ses amis pour aller vivre seul, dans le désert… Finie la gloire, finis les grands banquets assis à la droite du roi, finis tous les honneurs : le grand général sera oublié de tous et finira ses jours seul.
Parle et ne te tais point
La jeune servante juive sait que les Syriens n’adorent pas le Dieu vivant d’Israël. Elle a vu ses maîtres s’incliner devant leur idole Rimmon et lui adresser des prières.
Sa foi au Dieu d’Israël est restée intacte. Ses parents et ses grands-parents lui ont raconté les hauts faits du Dieu vivant et comment il avait délivré son peuple de l’esclavage.
Elle sait que son Seigneur peut faire du bien même aux étrangers, même à ceux qui oppriment son peuple et la retiennent prisonnière. Elle lui fait confiance malgré sa condition d’esclave.
Touchée par la souffrance de son maître, elle ose parler à sa maîtresse : Ah ! si seulement mon maître se présentait au prophète qui est à Samarie, en Israël ! Celui-ci le guérirait de sa lèpre.
Mais mon mari a vu les meilleurs médecins du pays ! La jeune captive répond avec conviction : Le prophète Élisée est un homme de Dieu. Il peut le guérir.
Le soir, elle raconte son histoire à Naaman. Sa simplicité et sa foi font naître une lueur d’espoir. Naaman ne se moque pas. Il va aller trouver son roi et lui demander l’autorisation de partir en Israël.
Ainsi, les paroles d’une simple captive vont mettre en route un grand général vers le pays qu’il a dévasté, à la recherche de la guérison auprès du Dieu d’Israël.
Stupeur du roi d’Israël
Vous pouvez imaginer la stupeur du roi d’Israël quand il apprend que le grand général Naaman est de retour ! Celui qui a mis son pays à feu et à sang !
Certes, cette fois Naaman n’a pas d’armée, seulement des cadeaux, beaucoup de cadeaux mais… qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que ça cache ?
Quand on est roi, on ne comprend que le langage des rois : on se méfie, on calcule, on est prudent… une demande, ce n’est jamais pour rien ! Voilà ce qu’a écrit le roi d’Aram.
Avec cette lettre je t’envoie mon serviteur afin que TU le débarrasses de sa lèpre !
Le roi d’Israël est catastrophé : il déchire ses vêtements et crie : Suis-je Dieu pour faire mourir et pour faire vivre, pour qu’il s’adresse ainsi à moi afin que je débarrasse un homme de sa lèpre ?
Et… quand un roi crie à la catastrophe, ça se sait !…. Ça arrive même aux oreilles du prophète Élisée qui fait simplement dire au roi : Laisse venir cet homme chez moi. Il saura qu’il y a un prophète en Israël.
Élisée le prophète de Dieu
Naaman arrive en Samarie avec ses chevaux, son char et ses richesses. Il imagine déjà sa guérison : …Le prophète va sortir, il se tiendra devant moi, il invoquera le nom du Seigneur, son dieu, il agitera sa main sur l’endroit malade et me débarrassera de ma lèpre…
Mais Élisée ne sort même pas à sa rencontre. Il lui fait simplement dire par son serviteur : Va te laver sept fois dans le Jourdain, et tu seras guéri. Ni bonjour, ni geste, ni prière. Quelle désillusion !
Naaman est humilié : Quoi ! C’est quoi ce charlatan ! Me laver dans le Jourdain ! Mais les grands fleuves de mon pays ne valent-ils pas mieux ? Naaman est furieux, indigné. Il a pris la route plein d’espoir… Venir jusqu’ici pour… ça ?
Demi-tour ! hurle-t-il à ses serviteurs…. Oui, Naaman hurle, mais à l’intérieur de lui-même, il pleure.
Il sait bien que son grand corps vigoureux sera mutilé, comme le pays qu’il a dévasté…
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Élisée refusant les présents de Naaman, Pieter de Grebber, 1630
Lave-toi et sois pur !
Maître !…. Maître ! Deux de ses serviteurs se tiennent devant lui ; ils l’appellent comme on parle à un enfant qu’on veut sortir de la terreur d’un cauchemar… Maître, si le prophète t’avait demandé quelque chose de difficile, tu l’aurais fait, n’est-ce pas ? À plus forte raison s’il te dit : Lave-toi et sois pur !
Mais Naaman devra d’abord descendre de son char… Il devra se dévêtir entièrement, se plonger sept fois dans le Jourdain, selon la parole du prophète Élisée. Pas une seule fois mais sept fois ! Et pour se faire, il faudra aussi revenir en arrière sur les rives du Jourdain…
Naaman prend sa décision, il revient en arrière, il descend de son char et se met à nu, puis il se plonge sept fois dans le Jourdain ! Sa peau redevient comme celle d’un petit enfant.
Naaman retourne vers Élisée, se prosterne devant lui et veut lui offrir tout son or, tous ses cadeaux. Mais le prophète refuse : Par la vie du Seigneur au service duquel je me tiens, je n’accepte pas.
Naaman insiste. Élisée refuse. La grâce est gratuite, c’est le don du Dieu vivant !
Je vais retourner dans mon pays, dit Naaman, me remettre au service du roi, mon seigneur. Mais dans mon cœur, je n’oublierai jamais qu’il n’y a qu’un seul Seigneur, ton Dieu, le seul Dieu, et je l’ai rencontré par ta bouche, ici, en Israël.
Élisée lui répond : Va en paix. Sur ces paroles, Naaman, avec ses chevaux, son char, son or et tous ses cadeaux retourne chez lui. C’est un autre homme, un homme nouveau.
Que serait-il devenu sans les paroles d’une jeune esclave juive, sans le conseil de ses deux serviteurs ?
