Vie de couple, vie de famille

Luther a donné l’inspiration générale pour le mariage de ses coreligionnaires. Mais qu’en fut-il du sien ? Une page intime du réformateur.

Lorsque, le 7 avril 1523, Luther accueille au Couvent Noir, dont il demeure le dernier occupant avec Eberhard Brisger, neuf nonnes enfuies du couvent de Nimbschen, il est loin de se douter qu’il épousera l’une d’entre elles. Certes, il a en tête de marier celles qui sont encore en âge de l’être, afin d’assurer leur subsistance, mais il ne se compte pas au nombre des époux potentiels.

 

Ce n’est que deux ans plus tard qu’il envisage le mariage, et ce n’est qu’après la guerre des paysans, en juin 1525, que sa décision est ferme : il épousera Catherine de Bora – qu’il a vainement essayé d’accorder à des hommes plus fortunés que lui – laquelle avait suggéré à un proche de Luther qu’elle serait disposée à l’épouser, lui Nicolas von Amsdorff… ou le docteur Martin.

 

Une ancienne moniale

 

Cette ancienne moniale de 26 ans, de petite noblesse, il la prend pour femme non par passion, mais confesse-t-il dans sa correspondance et ses Propos de Table, pour irriter ses ennemis, marquer une rupture complète avec la vie « papiste » de clerc célibataire, donner l’exemple à ceux qui hésitent encore à franchir ce pas et obéir à la volonté de son père. S’il se marie au sortir de la Guerre des Paysans, c’est également pour donner un signe d’espérance à ceux qui pensaient arrivée la catastrophe finale.

 

« Chérie d’un amour réfléchi » par son mari, regardée comme une orgueilleuse par nombre d’amis de Luther (dont Philippe Mélanchthon), Catherine saura introduire de la tendresse dans ce mariage de raison, et seul le décès de Luther marquera la fin de leur union. « Grâce à Dieu, mon mariage a été heureux », déclare Luther dès 1530.

 

Le couple aura six enfants, mais en perdra deux : Élisabeth à l’âge de neuf mois, et Madeleine dans sa quatorzième année. Ces deuils affecteront beaucoup Luther.

 

Martin Luther et Katharina von Bora (©DR)

Martin Luther et Katharina von Bora (©DR)

Efficace et cultivée

 

Catherine se révèle une maîtresse de maison remarquable, au point que Luther la surnomme « mon impératrice » ou « mon Moïse » ; elle cultive les champs, achète et fait paître le bétail, brasse la bière, s’occupe de l’entretien du vaste Couvent noir, mais aussi des repas que prennent leurs pensionnaires. Sa gestion rigoureuse compense les libéralités de Luther, qui reconnaît « ne rien comprendre à la tenue du ménage ».

 

Mais Luther ne la cantonne pas à la sphère domestique. Soucieux de sa culture théologique et de sa piété, en 1535 il lui promet 50 florins si elle parvient à lire toute la Bible avant Pâques. Lorsqu’il est absent de Wittenberg, dans ses lettres il n’hésite pas à lui faire part de questions théologiques (par exemple les discussions sur la Cène avec Zwingli) ou d’informations politiques. Il la charge encore de veiller sur l’impression de ses ouvrages, et attache du prix à ses conseils en tant que « femme sage et docteur ».

 

En 1540, en opposition au droit saxon qui lésait les veuves, Luther constitue son épouse légataire universelle : « Tu as porté nos enfants et leur a donné le sein, tu ne pourras pas mal gérer les affaires de nos enfants. Je n’aime pas les tuteurs, qui agissent rarement bien. »

#Histoire #Mariages #Martin Luther #Spiritualité

Nos titres

Réveil
Le Cep
Échanges

Soutenez la presse et l'édition protestante

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

S’encorder à Dieu
La montagne, un refuge à défendre
S’encorder à Dieu
Dans cette cordée d’alpinistes en route vers un sommet indéfini, la corde qui les relie tous est, selon les hommes et les écarts, lâche ou tendue. Mais qu’elle soit en tension ou pas, cette corde nous rappelle que les premières ascensions de presque tous les sommets majeurs (du mont Blanc en 1786 à l’Everest en 1953) furent des œuvres collectives.
Paroles protestantes | RCF Besançon
Besançon
Paroles protestantes | RCF Besançon
Une émission d’une durée de 13 minutes où pasteurs et prédicateurs de la paroisse EPUdF Besançon et environs offrent une méditation à partir des textes bibliques du jour.
Le royaume est en germe
Spiritualité
Le royaume est en germe
Je me souviens lors d’une visite de ce que m’avait dit une vieille dame de 99 ans : « vous faites le métier le plus difficile du monde, vous ne voyez jamais le résultat de ce que vous semez ».
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Prier pour et avec la création
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Pour prier avec et pour la Création, ce mois-ci c'est Charlotte Mijeon, de la paroisse de Laval, qui nous propose une prière :
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Au fil de la Bible
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Il est parfois important, notamment avec des textes qui nous semblent connus (je dis bien « semblent » !) de prendre le temps nécessaire pour s’y replonger. Vraiment. Pas seulement rapidement pour se précipiter sur « la morale de l’histoire ». D’autant plus que bien souvent, de morale, il n’est pas question dans les histoires bibliques.
Dieu seul est Dieu
Actualité du protestantisme
Dieu seul est Dieu
« À Dieu seul la gloire. » Ce principe du protestantisme est parfois méconnu ou oublié, dans l’ombre des trois autres : la grâce seule, la foi seule, l’Écriture seule. Peut-être parce que l’on n’en saisit pas immédiatement la portée concrète et existentielle, pour la vie du croyant, de l’Église, et même de la société.
La montagne au cœur de la spiritualité
Spiritualité
La montagne au cœur de la spiritualité
Pourquoi, malgré les conditions parfois si difficiles, malgré la fatigue, et parfois de graves incidents, pourquoi part-on en montagne ? Qu’allons-nous chercher là-haut lorsque l’on est des amateurs, sportifs certes, mais pas des professionnels de haut niveau ? Et que trouvons-nous finalement, en quoi cela nous fait-il avancer et nous construit-il intérieurement ?
Déplacer les montagnes
Enfants
Déplacer les montagnes
Toujours dans le thème de la montagne comme lieu de spiritualité, voici une page dédiée aux enfants.
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
Actualité
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
On a peine à imaginer l’impact produit par l’œuvre conduite durant 25 ans par le réformateur Calvin dans l’élaboration du Psautier de Genève (l’appellation « Psautier huguenot » est plus tardive). Il fait mettre en rimes et en musique les psaumes pour les faire chanter par toute l’assemblée des fidèles.