Un militant non revendiqué

Silvère Lataix est aujourd’hui souvent identifié dans le monde chrétien, protestant francophone en particulier, lorsqu’il est question d’écologie et d’Église. Engagé dans de nombreux mouvements autour de ces questions, il se défend, pourtant, d’être un militant.

© JF Cullafroz

Il était l’un des organisateurs en France du Jeûne pour le climat et avait accueilli à Lyon des pèlerins du monde entier de la Marche pour le climat qui les avait conduits à Paris, à l’ouverture de la COP21, en 2015. Coordinateur du réseau Bible et Création de l’Église protestante unie de France, il est l’un des visages du mouvement qui a donné vie au label Église verte, en France à l’automne 2017. Il est également engagé dans la région lyonnaise dans le monde associatif, pour la promotion des déplacements en mode doux, à la Cimade et dans les réseaux d’aide aux étrangers, sur les listes électorales du côté d’EELV-Les Verts… Pourtant, il revendique de ne pas être un militant. « Je connais des personnes qui sont naturellement militantes. Qui se mobilisent spontanément pour des causes qui leur tiennent à cœur. Qui sont revendicatives dans leur vie de tous les jours. Je n’en suis pas ! Au contraire, j’ai besoin de temps pour réfléchir, pour faire les choses, pour m’y mettre… A priori lorsque je me trouve face à une situation donnée, je vais d’abord essayer de m’adapter à la situation, considérer cette situation comme un fait donné, avant que de la percevoir peut-être comme un fait à changer, à faire évoluer. »

 

 

 

 

Quand il faut faire changer les choses

 

C’est ainsi qu’arrivant à Lyon comme jeune professionnel, le choix des déplacements à vélo en ville était d’abord pour Silvère un choix pragmatique et économique. « Pour se déplacer en ville, rien ne vaut un bon vélo, ça permet d’aller partout et c’est ce qui coûte le moins cher. » Pourtant, c’est face aux résistances des automobilistes, aux railleries des collègues, aux incivilités face aux cyclistes et autres pneus crevés, que petit à petit, Silvère acquiert la conviction qu’il faut faire évoluer les choses.

 

Des chrétiens en marche pour l’écologie entre Lyon et Saint-Étienne, à l’occasion des Assises chrétiennes pour l’écologie. (© CMR) 

 

 

Enfin se sentir chez soi

 

Son parcours spirituel est à l’image de ces choix qui s’imposent à lui avec le temps et la réflexion. Né dans une famille catholique, il y suit tout l’enseignement religieux jusqu’à la confirmation, et bien que convaincu du sens de tout ce qu’on lui enseigne, il ne se sent pourtant pas à l’aise lorsqu’il participe à la messe. Au lycée à Clermont-Ferrand, puis dans ses études supérieures d’économie, puis de droit, il fréquente l’aumônerie catholique, mais ressent toujours cette résistance qui l’habite. Pendant ses premières années de jeune adulte, il s’éloigne quelque peu de l’Église, il faut construire sa vie professionnellement, emménager à Lyon, et les questions spirituelles passent un peu au second plan. Pourtant, il repère bien, à quelques rues de chez lui le temple protestant du quartier de Montchat à Lyon, mais « pousser la porte d’un temple, c’est toujours très intimidant. » Il lui faut tellement de temps pour s’y résoudre que… le temple a été détruit ! Plus tard émergera beaucoup plus loin, l’espace protestant Théodore Monod, à Vaulx-en-Velin. « J’avais pourtant suivi ce projet – de démolition des temples de Montchat et de Villeurbanne pour créer celui de Vaulx-en-Velin. J’étais curieux et intrigué. Habituellement dans notre société actuelle, quand on détruit une Église c’est pour fermer les portes définitivement, et non pas pour construire quelque chose de nouveau et de plus grand… » Le dimanche où il se décide à finalement franchir la porte de ce nouveau temple, il y est accueilli par… sa voisine du dessous. « Ça m’a aidé à me sentir chez moi, et plus encore, avec la simplicité du déroulement du culte. Je me suis senti chez moi et j’ai compris ce qui me gênait dans la célébration de la messe… » Et quand des protestants de vieilles familles parpaillotes revendiquent leurs ancêtres galériens, il n’hésite pas à leur faire remarquer qu’au fond lui-même a suivi le chemin d’un Martin Luther ou d’un Jean Calvin. Venu du catholicisme, il aspirait à une réforme !

 

L’assemblée de l’ECEN en septembre dernier à Katowice, en Pologne (© ECEN/CEC) 

 

 

Le tournant de la COP21 en 2015

 

De petits changements en petits changements, on sent pourtant que Silvère est animé par autre chose qu’un simple pragmatisme. « J’essaie de comprendre les choses autour de moi. Et lorsque je constate quelque chose de l’ordre de l’injuste ou de l’injustice, je ne peux rester les bras croisés, mais je me demande ce que je peux faire à mon niveau pour que les choses changent. » C’est ainsi dit-il que l’écologie est venue à lui plus qu’il n’y est venu lui-même : c’est au fond un mode de vie plus raisonnable pour faire évoluer bon nombre d’injustices.

 

Fin 2014, il est sollicité pour entrer dans le réseau Bible et Création de l’Église protestante unie de France, faisant converger son engagement écologiste et son engagement dans l’Église, acceptant même d’en devenir le coordinateur. « Sans doute que je n’avais pas mesuré la charge de ce qu’on me demandait, un an avant la COP21 à Paris ! En tout cas, la formation s’est faite à vitesse grand V avec le nombre de rencontres et d’événements qui se sont cumulés ! »

 

Après ce baptême du feu et la reconnaissance des réseaux alternatifs, œuvrant en France sur les questions d’écologie, il a représenté les Églises protestantes de France à l’assemblée du réseau européen Églises et environnement (ECEN) à Helsinki en 2016, et de nouveau cette année, à Katowice, en Pologne : « C’était la première fois que les Églises françaises envoyaient deux fois de suite le même représentant… de fait, cela nous aide à être identifiés ! »

 

 

Un an après le lancement du label Église verte dans les Églises chrétiennes (toutes dénominations confondues) de France, cette identification se fait aussi désormais à travers une action concrète qui a déjà mobilisé plus de 150 paroisses, alors que l’objectif était d’atteindre les 100 paroisses en trois ans !

 

 

 

 

Repères

 

Le synode national 2020 de l’Église protestante unie de France (EPUdF) portera sur les questions d’écologie et de sauvegarde de la Création. À l’automne 2019, les synodes régionaux se pencheront déjà sur la question, ce qui signifie que dès les premiers mois de l’année, les Églises locales seront sollicitées pour travailler sur le sujet. Le réseau Bible et Création n’étant qu’un réseau informel au sein de l’EPUdF ne peut pas en tant que tel porter le sujet synodal. Évidemment, il sera fortement sollicité pour y réfléchir avec les autres membres de l’Église et faire des propositions pour accompagner ses membres dans cette réflexion.

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