Fabienne et Vincent Barral

Ils ont très tôt souhaité se mettre au service des autres. Elle protestante, lui catholique, ils ont trouvé de nombreux lieux d’action et d’épanouissement, dans la communauté du Chemin neuf et les paroisses protestantes ou catholiques qu’ils ont fréquentées.

Très occupés et disponibles. Pris par mille liens et paisibles. Au téléphone, je leur propose de les rencontrer à Notre Dame du Roucas, centre du Chemin Neuf à Marseille, un beau domaine qui surplombe la Méditerranée. Fabienne me répond : « Chez nous, c’est pas mal non plus ! » Alors, rendez-vous est pris sur la hauteur d’une autre colline marseillaise, dans un jardin entouré de pins et de pierre. La mer en face, le massif des calanques à quelques mètres…

 

Fabienne et Vincent se sont mariés à 20 et 22 ans dans les Hautes-Alpes, au Centre œcuménique de Vars, un lieu de culte commun aux catholiques et protestants, avec un prêtre et un pasteur. Puis ils ont vécu, dans les grandes lignes, 10 ans en région parisienne, 4 ans à Marseille Nord, 25 ans à Toulouse, avant de revenir à Marseille : un parcours rythmé par la naissance de six enfants, une vie professionnelle riche et des engagements résolument œcuméniques – penchant d’un côté ou de l’autre, en fonction des possibles. Vincent résume avec enthousiasme : « C’est une grâce pour moi d’avoir connu Fabienne et que Fabienne soit protestante car cette différence nous a ouverts ! »

 

A Blagnac, près de Toulouse, des amis du Chemin Neuf les invitent à des « week-ends Cana » destinés aux couples. Fabienne sourit : « On avait une vie de couple sans grand souci, mais on sentait que ça ne pouvait pas nous faire de mal ! » Et de week-ends Cana en semaines Cana, du parcours biblique Emmaüs (d’une durée d’1 an) à un engagement dans la « communion » du Chemin Neuf, voilà plus de 15 ans qu’ils persistent dans cette voie.

 

(© Séverine Daudé)

 

 

 

Relire le quotidien

 

Lorsqu’ils sont devenus responsables régionaux de la « mission Cana » en Midi-Pyrénées, ils se sont investis dans différents projets et maisons de la communauté. « On a eu le privilège, au moment de ma retraite, raconte Vincent, de pouvoir vivre trois mois, plus un, dans la maison de formation de la communauté, à Saragosse, en Espagne. C’est une ancienne chartreuse, immense… On a côtoyé des gens de tous pays, parlant plus de vingt langues ! Des jeunes qui s’engagent dans le célibat, des jeunes couples avec enfants, des “vieux” comme nous, avec des journées rythmées par l’office, le service, la prière, les rencontres… On a vécu là une expérience très forte ! » Mais, précise Fabienne, la communauté du Chemin Neuf n’est pas le seul lieu où ils vivent leur foi. Ils n’ont pas voulu s’enfermer dans un mode spirituel et ont souhaité laisser à leurs enfants le choix de leur sensibilité. Ils ont vécu avec bonheur les camps familiaux et les cultes inter-générations de la paroisse protestante de Marseille Nord. Ils se souviennent aussi de leurs expériences toulousaines : « J’étais conseillère presbytérale et dans l’équipe de création du journal paroissial. Et Vincent a été “moniteur d’école biblique” ! » Lui poursuit : « Eh oui !… On faisait également partie de l’équipe de préparation à la confirmation dans la paroisse catholique de Blagnac. » Trois lieux d’investissement donc, vécus comme une vraie dynamique.

 

Le mari a travaillé dans un grand groupe sucrier, tandis que l’épouse se partageait, dans la durée, entre maternité de famille nombreuse, presse religieuse, reprise d’études et direction d’une entreprise d’insertion. Elle souligne la cohérence de toute leur vie commune : « Dans le cadre de la communauté, on a un accompagnement spirituel une fois par mois, pour nous aider à “relire” le passage de Dieu dans nos vies au quotidien. Je constate qu’il y a un fil conducteur. Même si on est toujours en recherche, toujours dans le doute, le Seigneur nous accompagne avec douceur, par la Parole, par la parole des frères, par des événements. »

 

La bibliothèque du centre de formation du Chemin neuf à Saragosse (© Chemin Neuf)

 

 

 

Une vocation d’unité

 

Au travers de la mission Cana, Fabienne et Vincent ont accompagné des dizaines de couples depuis 15 ans et ont été témoins de vrais changements de vie. « Nous ne sommes pas là pour donner des leçons, des trucs, même si nous proposons des “enseignements”. Les moments les plus importants sont ceux où ils seront face à face, où ils se parleront, chacun écoutant l’autre jusqu’au bout. » On comprend que bien au-delà de la question des couples mixtes, Fabienne et Vincent vivent un engagement durable pour l’humain. Vincent confirme : « Nous avons trouvé au Chemin Neuf une vocation d’unité : unité de la personne (en accompagnant les besoins de guérison), unité des familles et unité des Églises. Tout cela nous porte. » C’est une simplicité sur plusieurs registres qui s’exprime chez cet homme toujours souriant : « Certes, nous ne manquons de rien, “gâtés” dans notre vie, le travail, avec nos enfants et petits-enfants, nos parents… Mais je pense que le Seigneur nous a donné ce regard sur les autres et ce sentiment de ne pas être le centre du monde. Et comme catholique, je suis très heureux du pape que nous avons actuellement : il rappelle sans cesse qu’on est “au service”, quelle que soit notre position. Même si, pour moi, c’est aussi avec mes doutes, mes réticences, mes ambiguïtés. »

 

 

Comme un grain de moutarde…

 

Je demande à l’un et à l’autre quelle phrase ou verset les porte particulièrement. Vincent cite l’exclamation du père de l’enfant malade (év. de Marc) : « “Viens au secours de mon manque de foi !”… car si on avait la foi comme un grain de moutarde, n’est-ce pas ? On déplacerait les montagnes. Mais on voit aussi que le Seigneur fait des choses qui ne viennent pas de nous ! » Fabienne, elle, pense à Michée, dans le Premier Testament : « “Marche avec ton Dieu dans l’humilité.” Être chrétien, pour moi, c’est avancer dans la confiance. »

 

Aujourd’hui, il y a encore beaucoup de sacs faits et défaits, entre la cité phocéenne et Gap (où vivent leurs mères), entre les vacances avec les petits-enfants (11 au total, dispersés sur la planète) et les coups de main à la paroisse protestante de Magnan, ou les missions du Chemin Neuf aux quatre coins de la France. La famille est prioritaire, répète Fabienne ! Et cette année, au Chemin Neuf, le couple a choisi de lever un peu le pied, de laisser d’autres générations prendre des responsabilités. Dans le désaisissement aussi, il faut sans doute accepter de faire confiance.

 

 

 

Repère

 

 

 

Fondée à Lyon par le jésuite Laurent Fabre, la Communauté du Chemin neuf est une « communauté catholique à vocation œcuménique » née dans les années 70. Issue du mouvement charismatique, elle s’est déployée dans de nombreux pays.

 

Derrière le nom Cana (comme les noces de Cana, dans l’évangile de Jean), se cachent toute une tradition de semaines ou week-ends, dans plusieurs régions de France, destinés aux couples, mariés ou non, croyants ou non. 1, 2, 3… Cana ! veut leur permettre de prendre du temps pour se parler, prier ou se ressourcer, échanger avec d’autres, bénéficier d’un accompagnement… Dans certains lieux, les enfants sont pris en charge avec des animations.

 

 

 

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