Le Crop Paul Bouvier, Centre de rééducation de l’ouïe et de la parole

À Saint-Hippolyte-du-Fort, depuis 1856, un établissement spécialisé accueille des enfants sourds et muets. Fort de son histoire et de son expérience, le Crop est devenu une référence nationale pour la prise en charge de ces enfants. Loin de rester sur ses acquis, l’association Paul Bouvier s’occupe aussi des enfants atteints de dysphasie ou de dyslexie. 150 ans plus tard, la volonté des fondateurs est toujours vivante et ce lieu reste à la pointe des techniques et des œuvres sociales.

Lorsque l’imposant bâtiment qui abrite le Crop a été construit, il permettait l’accueil des enfants dans un internat à l’intérieur duquel les cours étaient donnés. Projet révolutionnaire à l’époque. Les temps changent, il n’est plus question de séparer l’enfant handicapé de sa famille et de son entourage. Au contraire, tout est mis en œuvre pour maintenir l’enfant auprès de ses parents et dans son école.

 

Le projet pédagogique mis en place ouvre au plaisir d’apprendre et aide à construire un parcours d’études personnalisé. La scolarité se déroule toujours en établissement scolaire ordinaire, soit en individuel, dans une classe ordinaire, au plus près du domicile, soit en collectif dans des dispositifs adaptés ou classes spécialisées, en collaboration avec l’Éducation nationale. Dans certains cas particuliers, deux internats accueillent les enfants à Nîmes ou à Saint-Hippolyte-du-Fort. C’est un accueil de type familial, permettant de faciliter une scolarisation adaptée quand elle est trop éloignée du domicile. Le choix de l’internat peut également répondre à des besoins éducatifs. Le retour des enfants en famille le mercredi favorise leur participation à des activités dans leur quartier.

 

Le président Alain Saléry, la secrétaire Nicole Marion,

 

le directeur Yves Glories, le trésorier Loulou Puechagut

 

© Nicolas Boutié

 

Une demande de plus en plus forte

 

L’établissement, à la pointe des techniques, attire beaucoup de candidats. 165 élèves profitent de l’encadrement pédagogique des enseignants du Crop. Mais 300 enfants attendent une place. La volonté de l’association est de ne pas abandonner ces familles et de leur apporter une réponse. Elle a ainsi mis en place un système de relais pour apporter une réponse à ces 300 demandes. Une étude spécifique de chaque dossier permet d’apporter une réponse précise aux familles et de les orienter au mieux vers d’autres établissements spécialisés. Les demandes évoluent. Si la spécialité du Crop est l’aide à l’apprentissage du langage pour les sourds et muets, les demandes d’aide pour les troubles du langage se développent de plus en plus.

 

La zone d’intervention est vaste. Elle couvre plusieurs départements et chevauche deux régions. Le Gard et l’ouest de l’Hérault pour la région Occitanie, les zones limitrophes du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les modifications de limite de région poussent le Crop à étendre aussi géographiquement son action.

 

La façade du CROP Paul Bouvier

 

© Nicolas Boutié

 

Par-delà les frontières

 

Depuis 2007, l’association Paul Bouvier a engagé un partenariat avec des écoles pour enfants sourds et le service ORL du CHUSS à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso. L’objectif est d’apporter un soutien matériel et des compétences pour améliorer la prise en charge du handicap de ces enfants. Ce partenariat s’inscrit dans le programme de lutte contre la surdité mis en place par le gouvernement burkinabé. Une commission composée de bénévoles se réunit tous les premiers mardis de chaque mois et travaille sur les actions à mener. Elle organise des manifestations, des ventes d’objets burkinabé… pour financer les projets. Des membres de l’équipe de bénévoles partent en mission deux fois par an (en octobre et en février) pour dispenser des formations sur le terrain.

 

Le « 24 route d’Alès »

 

Le « 24 route d’Alès » a été créé pour sauvegarder le bâtiment. La réunion de plusieurs associations, qui profitent des capacités d’accueil, a permis de mutualiser des locaux et leur entretien, de rassembler en un même lieu des hommes et des femmes, professionnels compétents, assurant un développement du volume d’activités. Ainsi, le « 24 route d’Alès » tend à devenir un acteur important dans le domaine du social, de l’éducation et du handicap. En plus de l’association Paul Bouvier, ce sont quatre autres associations qui occupent les locaux : La Maison familiale et rurale, l’association éducative du Mas Cavaillac, le Lieu de vie et d’accueil Tentative et Vigan interaide.

 

Buste du pasteur Paul Bouvier © Nicolas Boutié

 

Un peu d’histoire

 

« Lorsqu’en 1856 s’ouvrait l’Institution mixte des sourds-muets et aveugles de France, les ambitions de ses fondateurs étaient doubles : accueillir tous les sourds-muets et tous les aveugles de toute la France protestante, les éduquer de manière à ce que les sourds-muets puissent parler et s’insérer dans la société, comme chrétiens et comme travailleurs. »

 

Le professeur Kilian est appelé de Suisse où il a déjà fondé un établissement pour sourds et muets, à Saint-Hippolyte-du-Fort. Il apporte sa méthode orale. Si l’enfant sourd n’entend pas, il doit lire sur les lèvres qui deviennent alors un véritable « clavier labial ». Ainsi, le sourd entend avec ses yeux et l’apprentissage consiste à ce qu’il se réapproprie sa propre voix.

 

150 ans plus tard, ces méthodes sont toujours appliquées. Bien sûr, l’évolution de notre société s’est accompagnée de l’évolution des méthodes d’apprentissage. Les différents témoignages d’enfants racontent leurs difficultés à s’intégrer dans leur environnement, mais tous sont reconnaissants pour les personnes qui les encadrent. Aujourd’hui, ils ne connaissent pas le Crop en tant que lieu, mais plutôt comme l’organisme qui les encadre dans leur apprentissage de la vie.

 

 

 

 

Pour aller plus loin

 

Roland Castanet, Parole et foi dans les Cévennes. Histoire de l’Institution mixte des sourds-muets et aveugles protestants de France de Saint-Hippolyte-du-Fort, Nîmes, Association Paul Bouvier, 2007, 183 p.

 

 

 

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