Trois questions à Frédéric Lère

Frédéric Lère expose en ce moment au Musée du protestantisme de Ferrières. Il nous explique son parcours et sa démarche artistique.

Frédéric Lère au Musée de Ferrières le 23 mai dernier, expliquant les tableaux de l'exposition, dont Gutenberg à la New York Public Library, qui restera au Musée.

1) Qui êtes-vous ?
Je suis un peintre originaire de Tours. Je passe par Paris et y publie des bandes dessinées chez Futuropolis, avant de m’installer à Manhattan en 1984. De là, je participe à la réalisation de décors de théâtre et de muraux à New York, mais aussi à Aspen, Cologne, Londres, Los Angeles, Miami, Milan, Moscou, Paris, Saint-Pétersbourg, Tokyo, Vienne… Mon travail est régulièrement exposé en Europe et aux États-Unis.

 

2) Que représente pour vous la création ?
Une réaction à des conditions, des événements extérieurs. J’ai le sentiment qu’une société figée ne crée pas du neuf, et se répète continuellement dans de beaux artifacts: le ronronnement du bonheur.

Arrive une invasion, ou une invention, ou une découverte d’un monde nouveau et les fenêtres s’ouvrent. L’Europe est bien servie depuis ces cinq derniers siècles ! Entre l’invention de l’imprimerie et celle de l’internet, des guerres de religion du XVIe siècle aux massacres du XXe siècle, de la découverte des civilisations de l’Orient à la colonisation des civilisations africaines ou américaines, les artistes européens ne manquent pas de stimulants à leur créativité.

Je suis l’héritier de ce creuset, à la convergence de ces multiples mouvements de migrations, d’idées et d’expériences personnelles. C’est le privilège des baby-boomers: ils ont hérité d’un monde traumatisé par la Seconde Guerre mondiale et voyagé de par le monde avant que les frontières ne se ferment pour faits de nouvelles guerres ou de pandémies… Ma peinture reflète toutes ces influences, avec ses anachronismes, ses références avouées aux artistes muralistes américains. Tout se mélange dans le temps et dans l’espace, du XVIe siècle à aujourd’hui, entre Amérique et Europe, il y a tant à prendre et emporter.

 

3) Quelle est l’histoire de l’exposition « Les Amériques et la Réforme », qui est présentée au Musée de Ferrières jusqu’au 18 juin ?
Depuis 2016, partageant mon temps entre New York et la Vallée de la Loire, je m’intéresse aux explorations de la Renaissance, et à l’arrivée de Verrazzano dans la baie de New York en 1524. Dans le cadre du 500e anniversaire de la Nouvelle Angoulême, je m’embarque alors dans une réflexion sur ce que les Français d’alors pouvaient connaître des Amériques, aboutissant à un ensemble d’œuvres sur le XVIe siècle, époque définie en France à la fois par le fleurissement de l’humanisme grâce à la diffusion du livre et par la violence de guerres incessantes.

Ce projet pictural est exposé dès 2021 en Indre et Loire, puis dans plusieurs expositions annuelles au manoir de la Possonnière, maison natale de Ronsard. En 2025, une série de portraits dans la tradition du Studiolo de la Renaissance présentent des protestants, Jean de Léry, Bernard Palissy, Michel Servet…

En 2019, j’avais travaillé avec le Musée du Protestantisme de Ferrières dans le Tarn, réalisant la série d’aquarelles présentées dans leur publication De Salomon à Soliman. J’envisage alors de regrouper dans un ensemble cohérent un certain nombre de tableaux du projet global traitant de la Réforme, des guerres de religion, et des tentatives coloniales françaises en Amérique, et de proposer l’exposition Les Amériques et la Réforme au Musée.

Du 15 mars au 18 juin, l’exposition rappelle les persécutions ayant poussé de nombreux protestants à quitter la France et les raisons qui leur font choisir le long voyage périlleux vers les Amériques. Elle évoque les premières tentatives au Brésil et en Floride et les raisons de leur échec, puis les départs réussis des réfugiés vers les colonies britanniques. Le portrait figurant sur l’affiche est celui du huguenot Nicolas Martiau, dont le descendant le plus célèbre est George Washington : il préfigure l’impact de l’arrivée des huguenots aux États-Unis. Le tableau Gutenberg à la New York Public Library restera à Ferrières, ajoutant une pièce à la riche collection du Musée sur l’imprimerie.

Vous pouvez retrouver l’exposition « Les Amériques et la Réforme » au Musée de Ferrières jusqu’au 18 juin.
Pour en savoir plus sur le travail de Frédéric Lère:
Site web: fredericlere.com
Facebook: https://www.facebook.com/frederic.lere
Instagram: @frederic_lere

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