Quelle place pour l’orgue ?

Chaque siècle donne aux orgues une place, dans l’espace et dans la liturgie, en fonction d’une lecture de la Bible et d’une théologie variant elles-mêmes selon des modes musicales et des nécessités pratiques.

Au Moyen Âge, les jubés séparent les églises en deux : la nef pour les laïcs et le chœur pour les religieux. Seuls les religieux chantent, a capella, dans leur périmètre sacerdotal. Puis sous l’influence des princes et de leur goût pour une musique instrumentale et polyphonique, les orgues sont introduites dans les églises, côté chœur. Or pour les réformateurs, la séparation chœur-nef est inadmissible. La musique, don de Dieu, est destinée à l’usage de tous. Le vrai chœur pour louer Dieu est l’ensemble de tous ces prêtres que sont les fidèles.

 

Aujourd’hui, les orgues alternent avec d’autres instruments ou les complètent © pixabay

 

Adopté sous condition

 

Luther n’accepte les orgues à l’intérieur des temples luthériens que quand elles sont installées dans l’espace des croyants : la nef. Peu à peu, Luther, et les luthériens à sa suite, lui donneront de plus en plus de place dans leur liturgie, tout en veillant à ce que la musique ne prenne pas la place des fidèles dans la louange.

 

Les calvinistes, eux, rejettent les orgues, trop papistes et non bibliques. Ils ne chantent que des Psaumes, à une seule voix et a capella, car les fidèles ne peuvent déléguer le chant à des instruments, Dieu leur ayant donné la voix pour exprimer leurs prières. Pour que le chant soit correctement entonné et conduit, Calvin institue le ministère de chantre, installé à côté de la chaire ou dans une chaire plus basse que celle du pasteur.

 

Les orgues reviennent chez les réformés au XIXe siècle, avec le romantisme ambiant et le goût nouveau pour la musique instrumentale, favorisés par une situation économique meilleure. Or, les vents ou les cuivres (la Bible en parle !) qui accompagnaient leurs chants n’étaient pas toujours d’un bon niveau. On chantait les Psaumes de manière pesante. Le répertoire était faible et de médiocre qualité. Les orgues se sont alors substituées aux chantres et aux cuivres pour accompagner le chant de l’assemblée, le début et la fin du culte et de la prédication. Dans les paroisses pauvres, à la fin du XIXe siècle, toute paroisse devait avoir son harmonium. Il disparaît au milieu du XXe siècle.

 

 Marqueur d’une culture

 

Au cours du XIXe, les cantiques se renouvellent sous l’impulsion du Réveil : ils s’adaptent aux fêtes chrétiennes avec des mélodies autres que celles des Psaumes, plus entraînants, plus touchants, aux harmonies plus contemporaines, « amicales pour les gens » pour convaincre des vérités évangéliques. Les protestants attendent que la musique éveille des « sentiments religieux », donne l’impression de la spiritualité et de la foi… Tout ce que les premiers réformés ne voulaient surtout pas ! Les cantiques du Réveil sont alors accompagnés par les orgues, constituant un domaine musical très typé, une forme de culture et donc aussi de religion rejetée aujourd’hui par certains.

 

Actuellement, là où il y a un orgue, il peut alterner avec d’autres instruments ou les compléter. Dans certains bâtiments évangéliques, une scène, parfois très haute, est prévue pour les groupes de louange, avec guitare, batterie, ampli… On retrouve la séparation géographique entre le chœur des louanges et les fidèles qui n’a cessé d’interroger les réformateurs.

 

 

 

Pour en savoir plus : Bernard Reymond, Le protestantisme et la musique — musicalités de la Parole, Labor et Fides, 2002.

 

 

 

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