Quand parlent les arbres

Une histoire pour l'été où les arbres se font enseignants…

Pierre et Mathilde sont assis sur deux gros cailloux blancs, au milieu d’un pré d’herbes sèches. Ils s’amusent à souffler dans une longue tige creuse, pour envoyer de l’air frais le long des bras et des jambes. Tout à coup, Pierre demande : « Au fait, c’est quoi, la foi ? » Mathilde n’est pas étonnée de la question. Dimanche, aura lieu une grande journée au temple sur le témoignage de la foi. Alors chacun part dans ses tentatives de réponse. « Peut-être qu’il faut dire combien de fois Dieu est plus grand que nous » propose Mathilde qui est très forte en maths à l’école, mais pas en orthographe. Le regard de Pierre se perd dans le ciel tout bleu, comme s’il cherchait à y voir ce Dieu tellement de fois plus grand que lui. Bien trop grand pour lui qui se sent nul en tout, pas seulement en orthographe.

 

 

Soudain, un vent léger se lève et vient jouer dans leurs cheveux. Une voix les appelle : « Pierre, Mathilde, venez ici… ». Ils se lèvent, se dirigent vers la voix qui semble venir de derrière eux. Personne. Et pourtant la voix reprend : « Mathilde, Pierre, approchez, n’ayez pas peur ». Ils se regardent, étonnés. C’est évident, maintenant : un arbre les appelle. Un figuier dont les branches s’étendent et forment un large parasol. « Regardez, dit le figuier, si mes branches sont aussi belles, si je puis vous offrir mon ombre fraîche et mes fruits sucrés, c’est parce que mes racines sont profondes. Elles m’ancrent solidement au sol qui me nourrit. Je crois que la foi, c’est ça. C’est puiser son appétit de vivre dans l’amour de Dieu. Je sais qu’il m’aime tel que je suis et que son amour sera là, quoiqu’il arrive. Alors je peux vivre pleinement ma vie de figuier. Offrir mon ombre, mes fruits et mes branches pour que s’y posent les oiseaux. »

 

 

Mathilde et Pierre n’en croient pas leurs oreilles. Ils ne sont pas revenus de leur surprise qu’ils entendent un éclat de rire. « Tu es bien savant, cher figuier, mais la foi en Dieu, ça ne sert à rien si on reste là, les bras croisés ! ». C’est un olivier qui parle. « Approchez, les enfants et regardez mes fruits ». Pierre et Mathilde observent les olives vertes et dures dont l’olivier est couvert. « Allez-y, goûtez-les ! » Chacun croque dans une olive, fait la grimace et la recrache aussitôt. « Berk ! » L’olivier rit de plus belle. Puis il leur parle de l’huile fine que l’on peut tirer de ses olives. Une huile délicieuse qui peut servir aussi à s’éclairer et à prendre soin de son corps. Il leur raconte le temps qu’il faut pour les ramasser, les concasser, les presser. « Pour moi, dit l’olivier, avoir foi en Dieu, c’est avoir confiance en lui, mais c’est aussi savoir qu’il nous fait confiance. Et qu’il nous encourage à nous mettre au travail, à agir auprès de celles et ceux qui ont besoin de nourriture, de lumière ou de soins. À faire rejaillir sur eux toute cette confiance. »

 

 

Pierre et Mathilde se regardent, perplexes. Et voilà qu’une autre voix les appelle, à l’entrée du petit bois. Ils s’approchent et découvrent un châtaigné. « À l’automne, dit le châtaigné, je deviens magnifique, multicolore, jaune, roux, brun avec encore un peu vert. Et je donne mes fruits à qui veut bien les ramasser. Avec mes châtaignes on peut faire de la farine, une confiture incomparable, des marrons glacés délicieux… Il leur explique encore que son bois est utilisé pour faire des paniers ou de solides charpentes. Que de son tronc résistant et imputrescible on fabrique des ruches pour abriter les abeilles… “Tous ces dons, je les ai reçus de notre Créateur. Pour moi, la foi, c’est ça : savoir que ce qui nous nourrit et rend belle notre vie est un don de Dieu. Savoir contempler la beauté de la Création. Et en reconnaissance, partager avec les autres ce que l’on a reçu.

 

 

Le vent léger qui s’était levé tout à l’heure est retombé. Les arbres se taisent. Est-ce le vent qui avait porté leurs paroles ? Lentement, Mathilde et Pierre s’éloignent. Ils ne disent pas un mot. Chacun réfléchit profondément. Soudain, sans s’être regardés, ils s’arrêtent tous les deux. Ils plantent leurs jambes sur le sol et se dressent bien droit, les mains tendues vers le ciel. On dirait deux jeunes arbres en train de faire pousser leurs racines profondément dans la terre.

 

Je suis jeune et je ne sais pas ce que la vie me réserve, dit Mathilde, mais je n’ai pas peur, parce que je crois que Dieu sera toujours présent et que je peux compter sur lui et sur ceux qui l’aiment”.

 

J’ai peur de grandir, dit Pierre, j’ai peur de rater ma vie, mais je suis sûr que de toute façon, Dieu m’aimera… Et j’ai hâte de découvrir les dons qu’il a créés en moi et autour de moi !”

 

Depuis ce jour-là, dans le regard de Pierre et de Mathilde brille une lumière que personne ne pourra éteindre.

 

 

 

 

 

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