Noël Colombier, dans les années 1970, a écrit une chanson sur Abraham. Le refrain commence ainsi : « on dit que « partir c’est mourir un peu », mais s’en aller pour chercher Dieu, c’est trouver la vie… ». Les images télévisuelles de ces derniers mois m’ont fait penser à ce chant. Toutes ces femmes, tous ces hommes et tous ces enfants, entassés comme les grains de sable qu’ils sont sur des bateaux bien trop petits pour les contenir, avec pour seul bagage une valise ou des sacs percés, prêts à tout et même à se noyer pour ne pas mourir, ont quitté leur pays, leurs racines, leurs traditions, leur culture, leurs biens pour chercher non pas Dieu mais l’Europe. Pour eux, vraiment, partir fut une déchirure. Pour eux, vraiment, « partir, c’était mourir un peu ». Car ces personnes ne sont pas des migrants, contrairement à ce que veulent nous faire croire les médias et les politiques. Ils ne quittent pas leur pays pour des raisons économiques. Ils ne rêvent pas de faire fortune en Europe. Leur seul souci est de vivre. De survivre à la barbarie ! Celle d’un dictateur prêt à éliminer la moitié de son peuple pour se maintenir au pouvoir. Ce sont des exilés ! Et ils n’ont pas choisi de prendre le chemin de l’exil. Exactement comme autrefois le peuple d’Israël ! A des millénaires de distance, qu’est-ce que ce rapprochement a à nous dire ? Comment la Bible peut-elle interroger l’attitude que nous adoptons face aux exilés d’aujourd’hui ? Comment la figure de Ruth, par exemple, peut-elle nous enseigner ? Qu’est-ce que l’Exil à Babylone à apporter aux Juifs d’hier ? Qu’est-ce que l’exil de Jésus sur notre terre nous apprend de notre vie ? Comment vivre aujourd’hui la conviction de l’auteur de 1 Pierre, née de la persécution et de l’exil, selon laquelle « nous sommes des étrangers et des voyageurs sur cette terre » ? Laissons-nous interpeller par toutes ces questions qui constituent le dossier de ce mois. Bonne lecture et bonne rentrée.
