Réfugiés en crise d’asile

Plus de 1,2 million de demandes d’asile ont été déposées dans l’Union européenne en 2015, selon les statistiques publiées par Eurostat, début mars. Des demandes qui ont englué l’Europe dans une crise de l’asile sans précédent. Comment gérer l’afflux de réfugiés quand les opinions publiques se montrent hostiles à l’arrivée de « la misère du monde » ?

Précision lexicale d’abord : un demandeur d’asile est une personne qui dit être un(e) réfugié(e) mais dont la demande est en cours d’examen ; le réfugié, lui, est protégé par un statut juridique alors que le migrant n’en a aucun. Longtemps, notre pays a été considéré comme une «?terre d’asile?», à cause de la Constitution de 1793 : « Le peuple français (…) donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté.?» (Art. 118 et 120. Propos réaffirmé par l’article 53-1 de l’actuelle Constitution). Mais, quand on parle de réfugiés, le texte de référence reste la Convention de Genève (1951) : est réfugiée « toute personne qui (…), craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays?». Le réfugié ne peut être refoulé (art. 33) et peut bénéficier d’un titre de séjour de dix ans. En 2003, une protection supplémentaire a été mise en place. Elle concerne les personnes risquant dans leur pays la peine de mort, menacées de traitements inhumains ou dégradants, ou vivant dans une situation de violence généralisée. Cette protection accorde un titre de séjour d’un an, renouvelable. Des dispositions reprises par le Code de l’entrée du séjour des étrangers et du droit d’asile de 2005.
Un tout sécuritaire
La réponse sécuritaire européenne au problème des réfugiés ne date pas d’hier. « Depuis quinze ans, une approche exclusivement sécuritaire oriente les politiques migratoires européennes mêlant politique restrictive de délivrance des visas, construction de murs et de clôtures, contrôle militarisé des frontières terrestres et maritimes par l’agence Frontex et renvoi forcé dans les pays d’origine », dénonce l’observatoire des frontières, Migreurop. Si l’objectif fixé reste d’accueillir ceux qui sont parvenus sur le sol européen (Syriens, Kurdes, Érythréens ou Soudanais), que faire de ceux qui n’arrivent pas forcément de lieux de conflits armés comme l’Afrique subsaharienne, le Maghreb ou de l’est de l’Europe ? Ces migrants «?économiques?», qui ne sont protégés par aucun statut particulier ont malgré tout des droits : celui d’être secourus et traités dans leur dignité d’êtres humains.
Catégorisations troubles
Les discours politique et médiatique jouent du distinguo entre les demandeurs d’asile et les migrants économiques, des personnes pourtant doublement concernées par un danger de mort imminent et l’impossibilité de travailler dans leur pays d’origine. On ne peut pas non plus ignorer l’exploitation d’une main d’œuvre à bon marché qui travaille dans les conditions indignes, quand cette dernière n’est pas réduite en esclavage (pays du Golfe, Mauritanie, etc). Le plus dramatique reste ces discours qui dévoilent une vision du monde binaire et appuient cette politique de rejet : il y aurait d’un côté les bons réfugiés (de préférence chrétiens) qui méritent notre secours et les autres, soupçonnés de vouloir en profiter. Qui parle des décisions politiques à prendre pour que ces gens ne fuient plus leur pays, leurs terres ? Qui dénonce les conditions d’accueil de tous ces réfugiés sur notre sol, si ce ne sont les ONG et les bonnes volontés individuelles. 

 

 

 

 

 

#Actualité

À la découverte des protestants en région

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Serge Wüthrich distingué pour son engagement au service du dialogue judéo-chrétien
Fédération protestante de France
Serge Wüthrich distingué pour son engagement au service du dialogue judéo-chrétien
À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la Commission européenne luthérienne « Église et judaïsme », le prix décerné chaque année à une personnalité engagée en faveur du dialogue judéo-chrétien a été remis au pasteur Serge Wüthrich, président de la commission des relations avec le judaïsme de la Fédération protestante de France.
Trois questions à Frédéric Lère
Tarn
Trois questions à Frédéric Lère
Frédéric Lère expose en ce moment au Musée du protestantisme de Ferrières. Il nous explique son parcours et sa démarche artistique.
Retour du Synode national à Montbéliard 2026
Région Ouest
Retour du Synode national à Montbéliard 2026
Jean-Luc Cremer, président du Conseil régional de la région Ouest, revient sur le Synode national de l’Église protestante unie de France, qui s’est tenu à Montbéliard du jeudi 14 au dimanche 17 mai 2026 autour du thème : « Vivre l’Église universelle ».
Maintenir un lien
Sud-Ouest
Maintenir un lien
Dans les paroisses isolées, sans pasteur, des initiatives existent pour assurer des activités et l’entretien du lien entre paroissiens. Les études bibliques par téléphone dans le Comminges ou en visioconférence en région en donnent des exemples.
Mettre les Eglises en relation
Sud-Ouest
Mettre les Eglises en relation
Eglise et technologie
Et si un certain J.-C. avait utilisé les réseaux sociaux ?
Question d'actu
Et si un certain J.-C. avait utilisé les réseaux sociaux ?
Face aux like et aux haters, comment réagirait Jésus ? Comment transmettre et se faire comprendre par l’intermédiaire des réseaux sociaux ? Au final, une véritable rencontre n’est-elle pas l’essentiel ?
Dominique Imbert, présidente de la commission des ministères
Église protestante unie de France
Dominique Imbert, présidente de la commission des ministères
Dominique Imbert est présidente de la commission des ministères depuis juin 2025.
A Bellocq, une expérience qu’on voudrait partager
Béarn - Pays de l'adour
A Bellocq, une expérience qu’on voudrait partager
Cultes en visioconférence
Haters, « rageux » et autres justiciers du net
Actualité
Haters, « rageux » et autres justiciers du net
Qui a perdu deux ans d’espérance de vie (et parfois toute foi en l’humanité) en scrollant des soirées entières sur les réseaux sociaux le sait : tout propos un peu clivant ou simplement ironique mobilise instantanément une légion d’enragés prêts à courageusement insulter son auteur. Bienvenue dans la géhenne numérique !