Bénin : Faut-il faire « pénitence verte ? »

  Développement durable et fin du monde : une tension féconde ? Basile Zouma revient sur les éléments culturels et théologiques échangés durant la session. Ou comment les pasteurs en sont arrivés à concevoir une écologie apaisée. 

Dans le cadre de la formation continue CPLR (Communion protestante luthérienne et réformée), un groupe de pasteurs des Eglise protestante unie et d’Alsace, a eu avec des collègues béninois, un temps de réflexion autour des questions de développement durable et de fin du monde. Le développement durable – il faut le préciser – c’est : «…s’efforcer de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux des générations futures. » 

 

Devant ces questions pertinentes de développement et de fin, le groupe a été soumis à la question de savoir comment tenir et maintenir une tension féconde en vue d’une Eglise qui assume dans une sérénité responsable – sans basculer dans l’angoisse culpabilisant d’un nouveau credo collectif – sa part d’écologie ?   

 

 

 

Un nouveau « péché originel » ? 

 

« Nous, humains, menons la terre à sa perte si nous ne faisons rien pour arrêter ce processus de destruction ». Nous entendons souvent ce type d’affirmation chez certains militants de la « préservation de la planète ». Si nous prêtons attention à ce discours véhiculant un fond culpabilisant, nous noterons une atmosphère de faute initiale induisant malédiction et sanction à moins de changer de comportement. C’est le « péché originel » où l’humain est d’emblée fautif s’il ne fait pas de tri sélectif, de consommation raisonnée, de covoiturage… de sorte à être le moins nuisible possible à la terre-mère. Le péché originel est la faute à laquelle nul n’échappe du fait même de sa condition humaine. La mécanique religieuse s’est sécularisée pour donner naissance à un nouveau type de croyant qui est invité, dans sa nouvelle piété, à faire « pénitence verte », s’acquitter « d’indulgences écologiques » pour gagner son paradis auprès du dieu-planète terre. 

 

Quelle surprise de trouver dans une société sécularisée les mêmes mécanismes que nous avons connus dans l’Eglise fixant la relation de certains croyants avec Dieu ! Dans le jargon contemporain, la fameuse empreinte carbone que laisse derrière lui chacun de nous, est en quelque sorte, l’équivalent gazeux du péché originel, de la souillure que nous infligeons à notre Mère terre par notre simple présence. Chacun reçoit l’injonction de réduire cette empreinte pour endiguer la faute. La créature humaine est montrée du doigt pour les dommages qu’elle inflige à son habitat.
Ce descriptif ne doit pas faire perdre de vue la légitimité du discours et de la critique écologique. Cette critique a le mérite de remettre en cause les finalités du progrès et de poser la question des limites. Elle a réveillé notre sensibilité à la nature, souligné les effets du dérèglement climatique, constaté l’épuisement des ressources fossiles. 

 

 

 

Un nouveau credo apocalyptique 

 

Ce qu’il faut questionner ici et remettre en cause, c’est la scénographie apocalyptique du credo collectif sur l’imminence de la fin. Devant ce credo, tout questionnement devient hérétique. Les nouveaux prophètes utilisent sans mesure le tambour bruyant de la panique, de la peur et de l’angoisse pour sommer d’expier sans tarder.

 

Devant cette réalité écologique portée par le credo collectif du discours ambiant, il est nécessaire de rappeler ce verset de 1 Thessaloniciens 5, 21 : « examinez tout, retenez ce qui est bien ». 

 

C’est dans la figure de l’apôtre Paul que chaque pasteur présent à cette formation, a pu puiser un modèle de posture à avoir devant un discours qui sonne juste dans le fond, mais pose problème dans la forme. Paul, dans 1 Thessaloniciens 5. 3, dit la chose suivante :

 

« Quand les gens diront : « Quelle paix, quelle sécurité ! », c’est alors que soudain la ruine fondra sur eux comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront y échapper. »

 

 

 

Quand le discours ambiant est « paix et sécurité », Paul rappelle le contraire. Non pas qu’il souhaite la catastrophe, mais il veut plutôt interpeller un monde orgueilleux, incarné dans la personne de César qui se prend pour Dieu. Un orgueil qui consiste à se croire détenteur du pouvoir de décréter la paix ou la guerre, la catastrophe ou le salut, le commencement ou la fin des choses. 

 

L’orgueil du discours catastrophiste de notre temps, est de se croire détenteur du pouvoir de détruire cet univers qu’il n’a pas créé. Le fait de se revêtir ainsi de ce pouvoir, accentue le poids d’une responsabilité impossible à porter et active les réseaux de la culpabilité et de l’angoisse devant une terre qui va bientôt se dérober sous nos pieds. Pour Paul, il faut replacer les choses et les hommes à leur place. L’angoisse n’allonge la durée ni de la vie ni des choses. « Qui de vous – dit Luc 12, 25 – peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ? »  

 

 

 

Être du monde sans être de ce monde 

 

Paul est l’homme de son temps, le contemporain dont parle le philosophe italien Giorgio Agamben : « Celui qui appartient véritablement à son temps, le vrai contemporain, est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec lui ni n’adhère à ses prétentions […] il est plus apte que les autres à percevoir et à saisir son temps. Cette non-coïncidence…ne signifie …pas que le contemporain vit dans un autre temps, ni qu’il soit un nostalgique… (C’) est une relation avec son propre temps, auquel on adhère en prenant ses distances…. Ceux qui coïncident trop pleinement avec l’époque, qui conviennent parfaitement avec elle sur tous les points, ne sont pas des contemporains parce que, pour ces raisons mêmes, ils n’arrivent pas à la voir. » 

 

En tant que croyant, il s’agit de se situer à la fois dans une dimension horizontale de responsabilité humaine sans perdre de vue la place verticale de l’imprévisible action divine dans l’univers qu’il a créé. A travers la figure de Paul, l’Eglise doit accueillir avec un questionnement critique le discours ambiant angoissé et angoissant sur la préservation de notre planète. Il ne s’agit pas de démolir ou de détruire ce discours sous prétexte qu’il crée une nouvelle religion. Il faut plutôt le démonter, le déconstruire pour retenir ce qui est bon. Nous sommes invités à participer au bien être écologique dans une sérénité responsable plutôt que dans une angoisse culpabilisante, dans une sobriété heureuse dirait quelqu’un.

 

 

 

Basile Zouma

 

 

 

 

 

#Actualité

Nos titres

Éditions Olivétan

Pour aller plus loin

Les accords de Reuilly : 25 ans d’unité
International
Les accords de Reuilly : 25 ans d’unité
En 2001, quatre Églises anglicanes de Grande-Bretagne et d’Irlande et quatre Églises réformées et luthériennes de France signaient la Déclaration de Reuilly. Une étape importante sur le chemin de l’unité.
Le Festival protestant du livre : cinquième édition !
Paris
Le Festival protestant du livre : cinquième édition !
La cinquième édition du Festival protestant du Livre s'est déroulée samedi 3 octobre 2026, à l’Institut Protestant de Théologie à Paris. Découvrez les lauréats des prix du Festival 2026.
« Rassasiés de jours » : une question laissée ouverte par la nouvelle loi
Actualité
« Rassasiés de jours » : une question laissée ouverte par la nouvelle loi
Depuis le 18 août 2026, la France reconnaît sous certaines conditions un droit à l’aide à mourir. Mais qu’en est-il des personnes très âgées qui, sans nécessairement relever des critères fixés par la loi, considèrent être arrivées au terme de leur existence ? Anne-Marie Balenbois invite à entendre celles et ceux qui se disent, selon l’expression biblique, « rassasiés de jours ».
Une retraite inclusive, de l’obscurité à la résurrection
Actualité
Une retraite inclusive, de l’obscurité à la résurrection
Il semblerait bien que ce soit une première : au sein de l’Église protestante unie de France, une retraite inclusive à destination des personnes queer et alliées a été organisée. Quatre jours pour se rencontrer, échanger, réfléchir, prier… et simplement partager.
Entendre la voix des enfants
Jeunes
Entendre la voix des enfants
Religion, droits de l’enfant et éducation chrétienne : retour sur la rencontre de la Conférence Européenne de l’Education chrétienne (ECCE).
Brigitte Debernardy, nouvelle présidente de la CRR
Portrait
Brigitte Debernardy, nouvelle présidente de la CRR
Une nouvelle présidente vient d’être nommée à la tête de Commission reconnaissance et réparation (CRR). Brigitte Debernardy a répondu aux questions de la presse régionale protestante.
Du bâtiment au parvis : une Église en mouvement
Actualité
Du bâtiment au parvis : une Église en mouvement
Du 21 au 25 octobre 2026, à Lyon, se tiendra le forum « Du bâtiment de l’Église vers le parvis ». Présentation des enjeux de cet événement international, en France comme à l’étranger.
Émissions protestantes de la Fédération protestante de France
Tv & radio
Émissions protestantes de la Fédération protestante de France
Programme des émissions protestantes de la Fédération protestante de France : "Solaé, le rendez-vous protestant" sur France Culture & "Présence protestante" sur France 2.
Protestantisme et extrême droite
Point de vue
Protestantisme et extrême droite
La foi et l’éthique protestantes sont incompatibles avec un vote en faveur de l’extrême droite. Il faut être extrêmement clair à ce sujet. Cela n’empêche que l’on peut comprendre le choix de protestants qui, par déception, par lassitude, par indignation, par souhait d’essayer autre chose, sont tentés de déposer dans l’urne un bulletin en faveur d’une figure de la droite radicale. Mais ils doivent savoir qu’en faisant ceci, ils nient les clivages insurmontables entre le programme que celle-ci présente et les valeurs fondamentales que portent les protestants depuis cinq siècles.