De même, ne pas connaître Françoise en appartenant au milieu ecclésiastique, dans l’acception la plus large du terme, implique qu’on refuse d’ouvrir les yeux. Françoise est née dans cette maison de Sainte-Marie, mais elle a vécu à Paris et à Strasbourg : femme de pasteur (avec toutes les tâches que cela implique), collaboratrice parlementaire, attachée au directeur des programmes d’Arte, Françoise n’a jamais rompu les liens avec son village natal, mais elle ne s’y est installée qu’à l’âge de la retraite. Dès son retour au pays s’enclenche un processus qu’elle a expérimenté sa vie durant : elle reçoit un appel qui s’apparente bien plutôt à un ordre impératif et elle y répond sans trop se poser de question, se mettant immédiatement à la tâche. « Il faut y aller ». Toute jeune, son pasteur de confirmation ne lui avait-il mis à cœur de devenir cheftaine pour conduire la meute des louveteaux de la paroisse ? De même lui avait-il confié la charge d’organiste des cultes de l’École du Dimanche, avec une formation obligatoire à la clef ? Sur cette lancée, elle a tout naturellement assumé le secrétariat de son mari, assuré les déplacements des enfants du catéchisme en région parisienne et joué un rôle essentiel dans la mise en place de la Mission Intérieure Luthérienne. Dans de nombreux domaines, elle a appris sur le tas, selon l’expression consacrée certes un peu triviale, mais tellement parlante. « Je n’ai jamais rien demandé, on est venu me chercher », relève malicieusement Françoise qui ajoute : « d’ailleurs, la plupart du temps, on s’est adressé à moi par défaut : il manquait un luthérien ou il n’y avait pas de solution de rechange… ».
Françoise en rit de bon cœur ; il n’en reste pas moins que les appels n’ont pas cessé à son retour dans le Pays de Montbéliard. Elle rejoint le groupe des dames visiteuses (nommé groupe de diaconie), entre au Conseil presbytéral, qu’elle préside un temps, accepte d’être élue au Conseil de la Région Est-Montbéliard, à la création de l’Église Protestante Unie de France et elle s’investit dans les travaux de nombreuses commissions, sans oublier sa participation au comité de rédaction de Paroles Protestantes.
Le côté humain de ses multiples engagements lui procure beaucoup de satisfactions, aussi multiplie-t-elle les visites aux personnes empêchées de se rendre au culte ; prédicatrice laïque, elle prend beaucoup de soin à rédiger ses textes en travaillant des notes bibliques et en s’inspirant de sermons existants pour les transcrire en ses propres mots.
Pour autant les tâches ménagères ne la rebutent pas : avec un groupe d’amies (sans oublier les Amis des temples), elle veille à la bonne tenue des sanctuaires lors des diverses cérémonies. Elle ne manque d’ailleurs pas d’apporter de jolis mouchoirs en dentelle pour éponger le front des baptisés (mouchoirs qui disparaissent régulièrement) ainsi que des gâteaux pour les enfants du catéchisme. Au contact de Françoise Molbert, on éprouve donc cette affection aussi légère à porter que forte à éprouver (pour reprendre les termes de Camus), car, pour tout appel, il nous semble réentendre la simple réponse de Marie, en français cette fois, « qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1. 38) – ce fiat (que cela soit) de Marie et de la croyante après elle permet le redémarrage d’une histoire humaine d’une qualité vraiment nouvelle.
Françoise Molbert
