De l’austérité à la grâce : l’heureuse surprise de Grabiela Guzmán, architecte du patrimoine

Saint-Martin est en France le plus vieux lieu de culte construit pour le protestantisme. Cette église – beaucoup disent « temple » – fut érigée en 1601 selon les plans de l’architecte wurtembergeois Heinrich Schickhardt pour la communauté luthérienne de Montbéliard. Elle a fait l’objet d’un programme de restauration intérieure qui a duré plusieurs années. L’inauguration et la célébration de dédicace auront lieu les 25 et 26 avril 2026

© Marc Fréderic Muller
Gabriela Guzmán

C’est en 2018 que Gabriela Guzmán a été embarquée dans l’aventure de la restauration de l’église luthérienne Saint-Martin à Montbéliard. Originaire du Mexique, où elle reçoit sa formation initiale en architecture, elle vient en France pour une spécialisation et, en 2007, devient « architecte du patrimoine », une qualification nécessaire pour qui veut entreprendre un chantier sur un monument officiellement classé. L’architecte Marc Rolinet, engagé par le conseil presbytéral de la paroisse de Montbéliard, fait appel à ses services. Il lui aura fallu presque huit années pour voir l’aboutissement de ce chantier. 

 

L’autorisation de travaux de rénovation à l’intérieur de Saint-Martin par la direction régionale des affaires culturelles (Drac) a été conditionnée par la restauration des décors muraux. Gabriela Guzmán n’a pas eu à suivre l’installation du chauffage en géothermie, les câblages électriques pour la sonorisation et l’éclairage. Elle s’est occupée des aspects patrimoniaux : les aménagements du chœur avec la chaire et ses stalles, le grand orgue, le plafond avec un médaillon peint et, le plus remarquable, les peintures murales.

 

Pour Gabriela Guzmán, « ce qui est passionnant sur un bâtiment d’une telle dimension, c’est le travail interdisciplinaire » : sa tâche consistait à dialoguer avec les agents de la Drac pour s’accorder sur les objectifs et à superviser les opérations délicates et méticuleuses des restaurateurs, qui ont le savoir-faire.  

 

Au départ, l’objectif était de restaurer la couche du XIXe siècle, époque à laquelle tout a été transformé dans l’église sous la conduite de Pierre Frédéric Morel Macler, entre 1825 et 1845 : déplacement de la chaire vers l’est, avec dans le chœur un autel de style napoléonien, reprise de l’orgue par Callinet, installation de bancs. Mais en grattant les peintures et les enduits, les restaurateurs ont mis en évidence l’existence de quatre générations. La plus récente était en blanc uni. Celle du XIXe siècle avait des arches au-dessus des fenêtres entre les pilastres. Une fois celle-ci enlevée, une couche du XVIIIe est apparue ; elle était elle-même une forme de restauration de la peinture originale du début du XVIIe siècle. Cette dernière a été en grande partie retrouvée parce que recouverte d’un enduit à la chaux. Il était dès lors possible de dégager la matière sans détruire les étonnants décors conçus par l’architecte Schickhardt.   

 

« Quelle surprise, se souvient Gabriela Guzmán, de découvrir ces décors qui remontent à la fondation de l’édifice. Ils sont d’un intérêt majeur car on ne connaît pas d’équivalent à cette représentation en miroir », à savoir des peintures murales intérieures qui reproduisent les ornementations des façades extérieures, les portiques avec des couleurs rosées pour le grès vosgien et des frontons aux teintes grisées pour la pierre jurassienne. « Je n’étais jamais entrée dans un lieu de culte protestant et j’en avais une idée plutôt froide et austère. C’est d’ailleurs l’impression que j’ai eu en entrant pour la première fois dans Saint-Martin. » Maintenant que sont apparus ces décors, l’apparence est tout autre. Il y a en ce lieu une esthétique sobre et élégante qui donne à penser les rapports entre intériorité et extériorité.

 

Saint-Martin côté sud © Marc Fréderic Muller

 

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