Nous bouclons ce numéro alors que s’ouvrent les jeux Olym- piques d’hiver de Milano- Cortina. Le tourisme représente aujourd’hui une manne dont ne peuvent plus se passer les pays qui ont abandonné leurs industries pour embrasser le commerce mondialisé. En ces temps de chômage massif, les défenseurs du lagopède passent immanquablement pour de tendres illuminés face aux défenseurs de l’emploi.
Et pourtant ! Ces jeux ont nécessité, entre autres, la création de retenues collinaires qui vont accentuer la pression sur les ressources en eau pour produire de la neige artificielle et l’abattage de centaines d’arbres centenaires, le saccage d’écosystèmes entiers.
On est loin de la communion paisible qu’exprime Élisée Reclus dans son Histoire d’une montagne : « Ce que j’appris, je le dois à la collaboration (…) de l’ insecte rampant, à celle du papillon et de l’oiseau chanteur. Si je n’avais passé de longues heures (…) à regarder ou à entendre ces petits êtres, mes frères, peut-être aurais-je moins compris combien est vivante aussi la grande terre qui porte sur son sein tous ces infiniment petits et les entraîne avec nous dans l’ insondable espace. »
On imagine mal Élisée se joignant à « la grande fête des jeux », faisant des selfies devant une montagne que ses défenseurs disent « éventrée » : à le lire, l’amour de la montagne, et plus généralement du vivant, advient dans le calme, l’attention et la paix d’un regard qui contemple sans vouloir posséder.
