Les actrices et acteurs des Églises protestantes de France ont été conviés par la Fédération protestante de France à participer à une formation sur « Les violences sexuelles et spirituelles en protestantisme » qui a eu lieu du lundi 24 au mardi 25 novembre 2025 à la Maison du protestantisme à Paris. La session a été accompagnée par deux formatrices et un intervenant : Cosette Fébrissy, une psychologue, Valérie Duval-Poujol, une théologienne, et Jean-Daniel Roque, un spécialiste du droit et liberté religieuses.
La session consistait davantage en une sensibilisation aux questions de violences sexuelles et spirituelles plutôt qu’une formation complète, ce qui demande plus de temps. Le constat est qu’il y a une carence de formation sur le thème et une nécessité d’en proposer puisque le sujet traverse tous les temps et les milieux.
Formation à la FPF
Évolution de la recherche
D’après les statistiques, une femme sur quatre est victime de violence conjugale chez les chrétiens dans le monde. Dans la Bible, on trouve plusieurs cas de viols et violences. Ces récits ne devraient pas être perçus comme un éloge de la violence mais comme un écho aux souffrances des victimes et une réalité assumée car le premier danger, c’est le déni : croire que « ça ne se passe pas chez nous ».
L’évolution des recherches en psychologie fait que, aujourd’hui, on ne demande plus à la victime de se replonger dans le passé pour raconter son agression (approche freudienne) ni de la raconter dans les détails. On ne confronte plus la victime à son agresseur et on emploie le mot « agression » plutôt qu’« abus » sexuel pour ne pas minimiser l’acte. Il y a aussi une attention toute particulière sur les traumas, blessures physiques ou psychiques, qui causent des traumatismes, conséquences de ces blessures dans le cerveau des victimes.
Du secret professionnel
Les pasteurs et associés sont aussi soumis à la loi du secret professionnel, qu’il faut respecter sauf en cas de risque de récidive. Ils sont donc invités à encourager les agresseurs à se dénoncer eux-mêmes dans le cas où il s’agit de personnes majeures. Il est toujours possible de signaler des faits auprès du procureur de la république en sachant que, sans preuve, il y a des risques d’être poursuivi par l’accusé. Ces questions se posent moins lorsqu’il s’agit de mineurs car il faut toujours signaler, au risque d’être poursuivi pour manque de signalement.
Il y a plusieurs facteurs qui font que les violences sont plus fréquentes dans les milieux ecclésiaux : l’instrumentalisation de l’enseignement sur le pardon et la soumission de la femme, la réticence à chercher de l’aide en dehors des milieux chrétiens (la psychologie est « diabolisée »). Dans les milieux luthéro-réformés surtout, il y a une survalorisation de la vie privée et une tendance à la « neutralité bienveillante » qui pousse à ne jamais se mêler de la vie des autres.
Des moyens pour agir
Plusieurs leviers d’actions ont été mis en place pour agir contre les violences sexuelles et spirituelles en protestantisme. L’UEPAL a écrit une charte que les Églises peuvent mettre à la disposition des paroissiens, il y a une brochure sur l’accueil et l’accompagnement des victimes de violence ainsi que des réseaux tels que les Tentes Rouges pour les femmes. Un numéro d’urgence, le 3919, pour les signalements, est à afficher partout dans nos églises.
Une citation de Martin Luther King a conclu la formation : « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons. »
