Il est en effet revigorant de constater la volonté d’engagement des étudiants et leur envie de servir leur communauté – ce qui les amène d’ailleurs à regretter le manque de formation pratique. Mais le tableau n’est pas sans nuages, au premier rang desquels figurent leurs inquiétudes financières et la solitude qu’ils redoutent de subir dans l’exercice de leur ministère, dont ils évaluent bien la charge de travail. Ils la savent en effet très exigeante mais se déclarent prêts à l’assumer, et expriment une crainte, celle de manquer de soutien. Ils rejoignent en cela les enseignants, le personnel soignant, et d’autres catégories socio-professionnelles à la merci du même tenaillement : l’envie de servir, la peur d’en souffrir, dans les conditions de travail actuelles. Alors que le burn-out est devenu le mal du siècle, que l’isolement touche de plus en plus de gens dans des contextes aussi professionnels que personnels, et que l’intelligence artificielle va bouleverser irrémédiablement nos sociétés, l’Église a devant elle de nombreux contre-exemples à ne pas suivre pour éviter le mal-être des pasteurs, et peut-être susciter des vocations. Mais, parce qu’éviter le fossé est un préalable et non un but en soi, le principal défi, créatif et intellectuellement stimulant, consiste à leur donner les moyens de s’épanouir pleinement dans leur fonction.
L’Église y est-elle prête ?
