René Lapotre
© F. Marti
Liens Protestants : Bonjour monsieur Lapotre, vous êtes le président actuel du Conseil presbytéral de l’Église Protestante Unie de Calais.
R. Lapotre : En effet, depuis 2016.
LP : Cela fait 10 ans.
RL : Oui, cela va faire 10 ans, sachant que depuis lors nous avons eu pas mal de difficultés n’ayant plus de pasteur depuis 2016 également. Il a démissionné et j’ai dû prendre cette place, puis j’ai été réélu aux différentes assemblées générales, parce qu’il faut bien le dire : personne d’autre ne se présentait.
LP : Eh oui, hélas, c’est partout pareil !
RL : Et il faut bien dire aussi que la paroisse est surtout constituée de personnes d’un certain âge.
LP : Et donc, vous avez des prédicateurs laïcs et vous assumez les cultes vous-mêmes ?
RL : Le pasteur de Dunkerque vient faire le culte une fois par mois sinon, assurer les cultes ne nous pose pas de problème car nous avons la chance que des prédicateurs se proposent pour nous aider particulièrement pendant la période estivale. Nous avons pu ainsi faire le culte tous les dimanches.
LP : Le problème pour une paroisse en perte de vitesse, c’est d’arriver à rendre du dynamisme, une impulsion…
RL : Il se trouve que je suis assez ancien au Conseil puisque j’y suis entré en 1981. En fait, je ne suis pas protestant d’origine mais marié à une protestante pratiquante que j’accompagnais épisodiquement au Temple où ont été baptisés nos trois fils. Je me suis introduit dans l’Église « par effraction » si on peut dire. Le déclic a été le Synode national de 1979, qui était organisé à Calais cette année-là. L’hébergement avait lieu au VVF de Sangatte. Le pasteur de l’époque, Monsieur Raymond, avait lancé un appel pour aider à l’organisation et comme j’étais déjà élu à la mairie de Sangatte, j’ai proposé mon aide. À partir de là, avec une petite équipe, nous avons passé trois journées dans l’ambiance synodale, et ça m’a plu (le côté démocratique). Je me suis alors impliqué davantage dans la vie de l’Église et en 1981, Monsieur Raymond m’a proposé de rentrer au Conseil Presbytéral.
LP : Au journal Liens Protestants, nous avons bien connu à cette époque un calaisien très dynamique : Jacques Renneville ! Certains se souviennent encore qu’il élevait chez lui un jeune renard (!)…
RL : Oh là là oui : j’ai été au Conseil presbytéral avec lui. Un homme d’action et de conviction.
LP : Je suppose qu’à cette époque-là, l’Église était plus fournie ?
RL : Ah oui, nous étions une centaine. Avec M. Renneville, nous organisions des festivals où toutes les paroisses du consistoire envoyaient des groupes de jeunes pour produire des saynètes et des chants… Puis M. Mathieu, le président de l’époque m’a sollicité pour participer à faire des cultes et ainsi l’engrenage était lancé… En 2001, mon épouse, qui m’avait rejoint, et moi avons quitté le Conseil. Mais en 2012 le pasteur de l’époque, Jérémy Duval (qui n’est resté que quatre ans) nous a contactés pour nous demander de revenir au conseil. Nous sommes donc entrés dans un Conseil provisoire qui, à ce moment là, a dû fusionner avec celui de Boulogne qui avait également des problèmes (Jérémy était pasteur de Calais et de Boulogne).
LP : Et maintenant, ce n’est plus ainsi ?
RL : Non, parce que en 2020, le Conseil de Boulogne a préféré scinder à nouveau les deux Conseils. Depuis, nous travaillons comme ça avec les gens de bonne volonté.
LP : Mais vous faites partie du Consistoire Flandre-Artois-Littoral… Quelle réalité a pour vous cette appartenance ?
RL : Eh bien, nous avons depuis deux ans un pasteur référent qui est présent régulièrement (c’est le pasteur de Dunkerque). Pendant une période, c’était la pasteure de Fives, mais qui ne pouvait venir que le samedi pour faire les cultes. Malheureusement, le samedi ne convenait pas à beaucoup de monde et pendant un moment nous étions très peu nombreux. Mais depuis son remplacement par José, avec qui il y a une bonne entente et le fait de venir régulièrement un dimanche par mois a permis de retrouver un noyau de fidèles : nous sommes entre une quinzaine chaque dimanche. L’été, il arrive souvent qu’il y ait plus de monde avec les estivants ou des gens de passage. Cela crée une ambiance très familiale et sympathique.
LP : Mais on annonce apparemment beaucoup de mouvements de pasteurs dans le Consistoire, et cela va encore changer pour vous l’année prochaine…
RL : Oui, j’attends de rencontrer le Président du Conseil régional, M. Bertrand Marchand, au mois de mai, pour connaître les dispositions qui seront prises, sachant que nous avons déjà vécu diverses expériences plus ou moins positives de rapprochement avec d’autres conseils de la côte (Dunkerque et Boulogne).
LP : J’ai vu également que vous aviez été Maire…
RL : Oui, j’ai été Maire pendant dix-huit ans.
LP : Vous avez donc eu l’habitude de la gestion des personnes et des conflits possibles, inévitables dans les associations.
RL : Oui, oui, bien sûr, mais ça n’empêche que c’est difficile à résoudre.
LP : Mais quand même, en Église , est-ce que ça ne devrait pas se résoudre plus facilement ?
RL : Justement, je me demande si en Église, cela n’accentue pas encore plus les problèmes.
LP : Eh oui, comme en famille ! Mais après, ça se résout, les rangs se regarnissent avec du sang neuf…
RL : Eh non ! C’est bien le problème, il n’y pas beaucoup de sang neuf pour prendre la relève !
LP : Pourtant, il y a beaucoup de gens en recherche, qui frappent à la porte des Églises…
RL : Oui, mais on se rend compte que notre Église a gardé un caractère assez rigide et que pour l’évangélisation, on ne sait pas faire : le caractère austère du protestantisme reste ancré dans l’esprit des gens.
LP : Pourtant Calais est une ville universitaire, il y a des jeunes, non ?
RL : Oui, mais ils partent pour la plupart à Lille. Il n’y a plus de jeunes chez nous : à l’école du dimanche, il y a deux petits, c’est tout. Heureusement, une dame de la paroisse s’est impliquée pour faire l’école du dimanche, mais nous n’avons plus de catéchumènes.
LP : Vous avez des échanges avec les catholiques ?
RL : Oui, on a un bon groupe œcuménique. Il vient régulièrement pour des manifestations au Temple, par exemple pour la réunion de prières (des dames). Les célébrations pour la semaine de l’Unité se font à tour de rôle chez nous ou chez les catholiques. Et chaque année à Pâques, il y a le « Lever de soleil » sur la plage. C’est une tradition qui remonte au pasteur Gilbert Méar, qui était marié avec une dame d’origine américaine. C’était en 1983. On donnait rendez-vous à tout le monde pour faire un grand feu sur la plage, prier et chanter. Depuis quelques années, l’Association œcuménique du littoral a repris le flambeau, c’est elle maintenant qui l’organise. Donc on se réunit toujours à Wissant à 7 h, le dimanche de Pâques. Autrefois, il y avait même des membres de l’Église anglicane de Calais et de l’Église évangélique de Boulogne qui se joignaient à nous.
Mais maintenant, depuis que les usines textiles ont fermé à Calais, il n’y a plus beaucoup d’Anglais qui s’installent pour y vivre. Et malheureusement, depuis deux ans, nous n’avons plus le droit d’allumer du feu sur la plage, mais le symbole reste, autour d’une lanterne, et nous prions et chantons !
LP : On se demande quelle est la recette pour dynamiser un peu… des manifestations culturelles ? Du diaconat ?
RL : C’est difficile. Nous organisons bien des concerts avec l’ Association des amis de l’orgue. Au temple, nous avons un bel orgue et le temple de Calais est l’héritier de l’histoire locale ; en effet, au XIXe siècle, beaucoup d’Anglais sont venus s’installer (avec l’industrie de la dentelle) et ont fondé une église méthodiste. Après la guerre, ils se sont établis dans un autre lieu, puis en 1933 ils se sont installés dans le Temple actuel et en 1938 ont fusionné avec l’Église Réformée de France.
Notre paroisse a été fondée en 1906 et le Temple appartient à l’Église, ce qui n’est pas sans poser des problèmes car c’est un bel ensemble architectural, mais les bâtiments sont anciens et nécessiteraient des travaux pour lesquels nous n’avons pas les moyens… Et vous savez, j’en suis à me demander si notre Église existera encore dans deux ans, car nous avons déjà épuisé tous les renouvellements possibles en tant que conseillers presbytéraux… Il me semble que la seule solution pour avoir un avenir ici, ce serait de devenir un simple lieu de vie, que le pasteur soit un prédicateur itinérant, et qu’on se débarrasse du carcan de l’Église, des anciens bâtiments et des structures qui nous emprisonnent…
Mais ce problème de renouvellement va se poser dans de nombreuses petites paroisses. Je l’avais évoqué lors d’ un synode.
LP : Vous semblez parler des structures de l’Église comme d’une carapace qui vous empêche presque de respirer.
RL : Mais oui, de plus en plus on est enfermé dans les règlements ! Il n’y a qu’à voir le casse-tête que c’est pour les trésoriers, qui doivent presqu’être des pro de la comptabilité ! Sans parler de l’administratif, des statuts, de la communication et j’en passe… ! Cela finit par décourager les gens qui, on a tendance à l’oublier, ne sont que des bénévoles. Il serait urgent pour notre Église de se recentrer sur sa véritable mission : témoigner de l’Évangile et apporter la Bonne Nouvelle.
