François Pot, président du conseil presbytéral de l’Église Protestante Unie de Maubeuge
Bonjour François, vous êtes président du conseil presbytéral de l’Église Protestante Unie de Maubeuge, une Église sans pasteur depuis longtemps…
F. P. : Oh oui ! On a eu des pasteurs en alternance qui nous ont aidés. En ce moment, nous avons la pasteure de Thiérache, Corinne Nême-Peyron qui vient un week-end par mois, pour nous soutenir. Elle s’installe au presbytère. Ici, il n’y a plus d’école du dimanche, plus de catéchisme… Je m’occupais de la chorale, mais j’ai dû arrêter quelques mois car j’ai perdu mon père ; elle vient de reprendre. Corinne nous a apporté un soutien important au Conseil Presbytéral, car ça devenait difficile pour l’ancienne présidente, Annie Vey. Elle a souvent dû fonctionner sans pasteur et donc prendre ces dernières années beaucoup de choses en charge, ce qui n’est pas toujours évident et fatigant. J’étais vice-président, j’essayais de l’épauler comme je pouvais, mais c’était difficile pour moi, avec la chorale, mon métier de professeur de musique sur deux établissements et mes parents vieillissants. Après plusieurs années de discussions avec moi, Annie a vraiment dû s’arrêter et j’ai pris le relais. Heureusement, depuis deux ans Corinne vient nous aider !
Je crois me souvenir qu’il y avait eu des dégâts dans le presbytère ?
F. P. : Oui, en 2008, nous avons subi à Maubeuge une terrible tornade, qui a tout endommagé, le toit du presbytère s’est envolé. Nous avions à cette époque le pasteur Tomasz Pieczko… Toutes ses affaires ont été inondées, son épouse, qui ne comprenait pas le français, est retournée en Pologne : c’était très difficile ! Tomasz a fini par abandonner son poste…
Pour les réparations, nous avons reçu de l’argent des assurances et des autres paroisses. Ça nous a permis de remettre en état le presbytère et même de le transformer en créant un bureau et une salle d’activités en bas et un logement au-dessus. Ensuite, nous avons eu Sœur Christiane de la Communauté de Pomeyrol. Elle a passé quelques années ici et ça nous a beaucoup soutenus. Mais nous sommes une petite paroisse en perte de vitesse.
Mais, quand on lit Liens Protestants, on se dit : Ils sont toujours aussi dynamiques à Maubeuge ! Comment font-ils ?
F. P. : C’est ce que ça fait croire… Moi je dis toujours : nous ne sommes qu’à deux heures de train de Paris, l’Institut protestant de théologie de Paris n’est donc pas très loin. Un étudiant de l’IPT ne pourrait-il pas de temps en temps venir faire un culte et même passer un week-end ? Ça pourrait être compris dans sa formation. Mais ça ne bouge pas, c’est à dire que ça ne vient pas aux oreilles des gens à Paris. Heureusement, j’ai la foi donc je tiens le coup, mais parfois le moral est très bas, parce que franchement c’est rare qu’on voie quelqu’un.
C’est vrai que vous êtes isolés.
F. P. : Tout à fait, mais, puisqu’il n’y a pas de salaire pastoral à payer, on pourrait au moins nous aider à financer les voyages de ceux qui viennent faire un culte…
Ici nos jeunes partent à Lille ou à Valenciennes pour faire leurs études, nous perdons ainsi pas mal de jeunesse. Heureusement, depuis quelques années des gamins de Thiérache ou de Belgique, qui ont été louveteaux, éclaireurs puis aînés ont repris le flambeau en tant que chefs-scouts, ça c’est bien, mais de Maubeuge il y en a peu.
Ah oui, vous êtes connu pour votre engagement dans le scoutisme.
F. P. : Le scoutisme existe ici depuis mon grand-père : il faisait surtout des camps de jeunesse sur le bassin de la Sambre et il a drainé beaucoup de gens avec le pasteur Vernier et Jean Liénard qui était président de la FEUF. À l’époque, il y avait beaucoup d’industries et, quand tout a fermé, les gens sont partis de la paroisse. Autrefois, il y avait aussi une Frat, à Sous-le-Bois, mais elle a été vendue à la Mairie pour un franc symbolique et le Maire socialiste l’a transformée en Centre Social qui s’appelle toujours « La Frat ».
Pour le scoutisme, en fait, j’ai toujours essayé de maintenir l’activité : tous les 2 ans, nous embarquions les gamins en vacances d’hiver dans les Vosges parce que ce n’est pas très loin. Nous avons appris à skier à pas mal de gamins, ça c’était vraiment un plus dans l’activité. Nous rassemblions des enfants, donc ça a perduré, il en avait toujours qui revenaient. Après les camps d’été c’était pareil, les gamins campaient et revenaient. Actuellement, je suis le conseiller-groupe pour soutenir les différents projets de l’équipe des responsables : Pierre-Alexandre de Valenciennes, Tony et Sylvie qui s’occupent des louveteaux, Abel et Élisa de la Thiérache et Nathanaël s’occupent des éclaireurs.
La paroisse de la Thiérache est nombreuse ?
F. P. : À l’Assemblée générale, ils sont une cinquantaine, ici, nous ne sommes qu’une petite trentaine. Pour les cultes, ici, c’est souvent Annie ; sinon on essaie de s’arranger. Il y a Corinne Nême-Peyron et son mari ; David Mitrani, pasteur en retraite, mari de Valérie, pasteur à Valenciennes, s’est proposé pour le Vendredi Saint. Il y a aussi Brigitte de Bruxelles qui s’est proposée pour le dimanche de Pâques. Sinon, ce sont des paroissiens, ou moi. L’an prochain, David Mitrani se propose de venir de temps en temps faire un culte et d’animer l’étude biblique, c’est super ! Nous avons la chance aussi qu’un nouveau pasteur arrive sur le Cambrésis ! Avec l’aide du C. P., j’ai repris le suivi des dossiers qui sont toujours en attente comme le don d’un legs, des travaux de réaménagement de la cuisine collective du presbytère, et d’autres aussi !
Vous avez Solrinnes aussi ? C’est quoi le statut des bâtiments ? À qui appartiennent-ils ?
F. P. : Ils sont à la région, qui nous en confie la gestion et la jouissance par un bail de 9 ans à l’association 1901 « Rencontre et Loisirs » dont je suis président. L’échéance du bail tombe en septembre prochain, nous ne savons combien de temps ça va encore durer. Quand j’avais repris la présidence de la maison des jeunes de Solrinnes, je m’étais dit que ça pourrait devenir un pôle pour visiter l’Avesnois. Il pourrait y avoir aussi d’autres pôles dans la région. Un à Lille avec un endroit pour un accueil de groupes qui permettrait de découvrir des lieux importants de la vie protestante et puis un pôle à Dunkerque où des locaux existent déjà pour l’accueil de groupe. On pourrait imaginer de faire une même plaquette de pub. Cela permettrait de proposer des haltes dans toute la région : à Dunkerque pour la mer, à Lille pour la ville, et à Solrinnes pour visiter l’Avesnois. Ça pourrait aussi revivifier nos paroisses ; mais je n’ai pas l’ambition de rester président d’une maison qui ne sert pas beaucoup !
Notre paroisse a un projet : le 6 juillet on veut organiser comme l’année dernière une « Journée enchantée » à Solrinnes, et à cette occasion, le maire nous prête l’église. Il y aura la chorale de la Thiérache dirigée par Agnès et on voudrait inclure Valenciennes, où depuis cette année un atelier chants a repris. S’il y a des gens extérieurs qui aiment bien chanter, ils peuvent venir, c’est ouvert à tout le monde, il faut en profiter !
Ça serait un peu comme la fête des chants qui se faisait à Landouzy ?
F. P. : Hélas, ça n’existe plus depuis deux ans ; là chaque paroisse faisait sa prestation… Mais ici, vers la fin de l’après-midi, nous pourrions organiser un petit concert avec les chants des uns et des autres. Finalement, nous avons plein d’idées et c’est ça qui compte !
Quelle importance accordez-vous à la musique dans la religion ?
F. P. : S’il arrive quelque chose, comme la mort de mon père par exemple, chez moi avec ma guitare, je chante et à travers le chant je vibre et cette vibration pour moi c’est la foi. Il y a quelque chose qui se passe à chaque fois que les gens chantent ensemble, même si on n’est pas très nombreux à la chorale, c’est tellement fraternel, les gens interprètent mieux finalement parce qu’on sent qu’il y a la foi.
