L’événement aurait dû avoir lieu l’été dernier, mais il a été repoussé à cause de la situation sanitaire. J’y ai participé dans le cadre du scoutisme car, même si les scouts étaient invités les années précédentes, ce Grand Kiff était le premier à être co-organisé par l’Église protestante unie de France et par le mouvement des Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France.
Une organisation en « villages »
À notre arrivée, nous avons été conduits à notre « village ». Car oui, l’une des conséquences de la crise sanitaire, outre le fait que le Grand Kiff ait été décalé et que nous ne soyons que 546 jeunes à y participer contre les 1500 attendus, était le respect de restrictions sanitaires très strictes. Tout d’abord, les organisateurs avaient créé des « villages » regroupant les participants d’une même région. J’étais dans le village « Métal » de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le port du masque n’était pas obligatoire à l’intérieur, mais l’était à l’extérieur. Il était interdit de sortir des villages sans une raison valable, comme aller à la douche, aux toilettes ou à la veillée, sorties qui se faisaient sur des chemins p e n s é s p ou r respec ter les distanciations physiques. Autant vous dire que ces contraintes sanitaires nous ont au départ pas mal refroidis, mes amis et moi ! Heureusement, la veillée d’ouverture qui mélangeait concert de musique, sketch et présentation du thème a vraiment lancé comme il le faut ce festival ! Nils Fourcaud-Trocmé Cultes et thématiques Le thème de ce Grand Kiff était « La Terre en partage », phrase tirée des Béatitudes. Il a structuré chaque journée et chaque culte. Le « folklore » était le suivant : Mamré, l’arbre qui fait le lien entre la terre et les messagers de Dieu, arrête tout d’un coup de transmettre des images et des nouvelles à cause de l’égoïsme des humains qui entraîne le réchauffement climatique et la déforestation. Pour remonter le moral de Mamré, les messagers de Dieu décident de se rendre eux-mêmes sur terre et de créer, en coopération avec les humains, une écharpe qu’ils vont ensuite offrir à Mamré en signe de solidarité et d’amitié. Chaque matin, un culte facultatif se déroulait de 9h à 10h30. Chacun portait sur une thématique. Le premier était sur le thème du « Je suis ». Nous avons réfléchi à qui nous étions, qui nous sommes et qui nous serons. Nous avons utilisé l’image du Handspinner, un objet à trois branches qui se confondent et ne forment plus qu’un quand le Handspinner tourne. Le deuxième était sur le thème « Avec les autres » et donc sur nos rapports avec l’autre, avec l’étranger et comment nous pouvions arriver à cohabiter. Le troisième culte traitait du thème « Sur la Terre ». Martin Kopp, un théologien écologiste nous y a présenté son métier et ce qui a déclenché en lui cette prise de conscience écologique. Enfin, le dernier culte, le culte d’envoi, synthétisait toutes les réf lexions que nous avions eues et nous incitait à les partager. Ensuite, nous participions à une animation biblique jusqu’au déjeuner. Cela pouvait être un débat partant d’un passage de la Bible en lien avec l’actualité ou les enjeux de société actuels. Cela pouvait être aussi la production d’une chanson ou d’autres activités.
Partenaires et jeux
L’après-midi, il y avait un espace village où les partenaires comme l ’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), la fondation John Bost, le Défap, la Cimade et bien d ’autres venaient pour se présenter à travers des jeux (lotos, escapes games, quizz…). Puis, un grand jeu était organisé. Le premier nous a sensibilisés au gaspillage. Le deuxième nous a permis d’appréhender la situation de personnes en situation de ha ndicap, car nous devions, par équipe, nous plonger dans la vie d’une personne lourdement handicapée, essayer de communiquer avec les autres et chercher du travail. Pour mon équipe, la personne à laquelle nous devions nous identifier était « une jeune femme atteinte d’un trouble autistique associé à des difficultés d’apprentissage (dyslexie et dysorthographie). Elle a du mal à être comprise par les gens autour d’elle et à tisser des liens avec les personnes de son âge. Elle vit assez isolée avec ses parents qui lui donnent tout leur amour, © DR mais qui peinent parfois à prendre pleinement soin d’elle car ils ne comprennent pas ses difficultés et désirs ». Ce jeu nous a tout d’abord permis de réaliser à quel point être en situation de handicap pouvait être contraignant dans la relation aux autres et dans la recherche d’un potentiel travail : certains ne vous embauchent pas à cause de votre handicap ou certains emplois ne sont tout simplement pas adaptés. Ce jeu nous a aussi fait découvrir que le gouvernement mène des actions au quotidien pour faciliter la compréhension des informations gouvernementales auprès des handicapés. Les animateurs nous ont montré des attestations de sorties (celles que nous avons connues lors des différents confinements) destinées à ces personnes. Ce qui nous a vraiment surpris c’est que, contrairement aux attestations « traditionnelles », elles possédaient des dessins avec des petites phrases courtes à côté dans le but d’occasionner une moindre fatigue de lecture. Bien sûr, même si nous nous sommes « plongés » dans la peau de ces personnes handicapées, nous ne pourrons jamais dire que nous avons totalement compris toutes les contraintes que ces dernières vivent au quotidien. Mais ce jeu nous a quand même beaucoup marqués et nous a fait découvrir beaucoup de choses que nous ne soupçonnions pas. Tous ces jeux nous permettaient aussi de récupérer des ficelles pour faire l’écharpe de Mamré.
Le soir, nous participions à des veillées. Elles étaient formidables : nous étions tous ensemble et les spectacles étaient vraiment extraordinaires : marionnettes, concerts, « êtres de lumière »… Une après-veillée était organisée par les partenaires… et il y avait une buvette !
Contacts, souvenirs, remerciements…
Je ressors ravi de ce Grand Kiff et j’ai hâte d’être au prochain. Même les inconvénients du protocole sanitaire se sont au final révélés positifs. En effet, si la création de « villages » ne nous a pas permis de rencontrer des jeunes d’autres régions, grâce à ça, les ami.e.s que je me suis fait habitent tous à moins d’une heure en train de chez moi, ce qui va me permettre de garder plus facilement contact avec eux. Pour tous ces souvenirs, je tiens vraiment à remercier les organisateurs et organisatrices du Grand Kiff qui ont réussi à nous faire rêver et à nous faire réfléchir sur nous-mêmes et sur notre rapport aux autres et au monde. Si j’avais un conseil à donner aux jeunes protestants ou scouts âgés de 15 à 20 ans, c’est de foncer, vous ne le regretterez pas ! Et pour les plus âgés, vous pouvez toujours devenir animateur ou participer à l’organisation !
