Jésus est pour !

Qu’il est difficile de porter un regard favorable sur une personne différente de nous. Jésus a aussi rencontré cette difficulté, certains disaient de lui : « Mangeant et buvant, le fils de l’homme est venu, mais on dit : cet homme est un goinfre et un ivrogne, un ami des péagers et des pécheurs. » (Mat 11,19) Or, par sa vie, par ses paroles, il promeut l’accueil inconditionnel. Alors, pourquoi pas nous ?

En 1983, un slogan disait : « La France, c’est comme une mobylette : pour avancer, il faut du mélange ! » Et nous ? Comment accueillons-nous l’autre ? Avançons-nous au mélange ? Ou à la pureté discriminatoire ? Comment accueillir l’autre sans condition, comme Jésus ?

 

Pour parler de l’accueil inconditionnel, certains utilisent l’expression « accueil à bas seuil ». Les inventeurs de cette expression s’appuient sur une métaphore architecturale : plus le seuil de la porte est haut, plus il est difficile à franchir, et plus la frontière entre le dehors et le dedans est marquée. Le seuil bas me fait penser à l’idée d’une faiblesse assumée. Je n’y vois pas un abaissement volontaire, condescendant, comme dans un effort de bienfaisance. Au contraire, l’humain qui assume sa faiblesse, dans la foi du Christ, est par nature aussi bas que tout autre humain qu’il sert et accueille, si bien que leur bassesse devient le lieu d’une rencontre. Le Christ est né à leur niveau.

 

À maintes reprises, les évangélistes racontent que Jésus franchit les frontières entre la pureté et l’impureté, rendant celles-ci floues, poreuses, incertaines. Mais les Pharisiens et les scribes murmuraient à son égard : « Cet homme fait bon accueil aux impurs et mange avec eux ! » (Luc 15,2). Les gens disaient : « C’est chez un impur qu’il est allé loger ! » (Luc 19,7). C’est que la méfiance, la haine ou la violence se met en place, souvent, lorsque la raison du mal-être que nous vivons est attribuée à l’autre. Nous considérons alors ce dernier comme étant un impur qui menace de souiller notre bien-être. Nous installons une frontière extérieure entre notre soi-disant pureté et sa supposée impureté. Le message de l’accueil sans condition devient ainsi insupportable pour tous.

 

Les auteurs néotestamentaires racontent que Jésus est comparable à une porte sans cesse à franchir. Par sa mort sur la croix, le voile qui sépare le saint du moins saint est déchiré. Prostituée, collaborateur, croyant, fanatique, bon citoyen, voleur, brigand de droite ou brigand de gauche… tout le monde est invité au festin du grand Roi. Ses contemporains, qui pensaient pouvoir se sauver par eux-mêmes en établissant une frontière tangible entre leur pureté et l’impureté de l’autre, se sentaient menacés dans leur identité religieuse et/ou nationale, dans l’intégrité de leur existence et dans la sécurité de leur vie. Engluées dans leur raisonnement, ces personnes ont été alors amenées à rejeter Jésus et son message d’accueil inconditionnel.

 

Pourtant, ce message libère nos Églises et les appelle à ne pas s’enfermer dans des enclos, aussi sécurisants qu’ils soient, ni à les sacraliser au risque d’envoyer nos enfants au sacrifice pour les défendre. Au contraire, en s’appuyant sur la logique d’un tel accueil, liberté, égalité et fraternité pourront dès lors se vivre. Pour F. Chobeaux, « l’accueil – presque – inconditionnel est en fait construit sur les besoins directs de la personne tels qu’elle les ressent, et telle qu’elle est. Il n’exige aucune conformité comportementale, ni aucune contrainte de faire semblant d’adhérer à un dispositif, à un programme de mobilisation ou d’insertion (VST 2015/2 p65). »

 

 

 

 

 

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