La dictature de l’accélération

La suractivité qui marque notre époque en vient à s’y prendre plutôt tard, pour ne pas dire à la dernière minute, pour effectuer le moindre achat. Mais, en agissant ainsi ne sommes-nous pas complices d’un mode de fonctionnement pervers qui tend à détruire celui qui est de l’autre côté de notre écran ?

Les plates-formes de distribution sont alors bien tentantes. Elles sont réactives et rapides. Elles évitent d’affronter la cohue des grands magasins en permettant de faire ses achats tranquillement depuis son ordinateur. Elles réagissent vite, très vite (de même que les livreurs de pizza ou les chauffeurs Uber, parmi tant d’autres).

 

S’interroger

 

Bien de ces services rapides font désormais partie de mon quotidien : grâce à Internet, j’apprécie par exemple de ne plus être tenu de faire la queue pour acheter un billet de train, de musée ou de théâtre. Par contre, je m’interroge fortement sur ce que j’entends dire de la souffrance au travail, physique et psychologique, celle qui se situe, réelle, mais invisible au bout de mon clic. Elle se conjugue avec accélération, rapidité, urgence.
En France, le degré de stress au travail augmente. Même si beaucoup de choses ont évolué grâce aux réflexions sur le burn-out, le suicide ou le harcèlement moral, il peine à être reconnu, masqué par cette arrière-pensée : Ne vous plaignez pas, vous n’êtes pas au chômage, vous avez du travail. Et pourtant, ses facteurs sont là : la charge de travail, le manque de reconnaissance, la transformation du monde du travail qui aboutit au sentiment de perte de contrôle et à l’absence d’autonomie. S’ajoutent à ces ingrédients la confusion entre vie professionnelle et vie privée ainsi que le changement perpétuel auquel il faut s’adapter. Un cocktail dangereux.
Le tableau est sombre, il touche les personnes qui travaillent à la chaîne, les banques, les plates-formes de distribution, les centres d’appel… Mais il concerne aussi tout un chacun, complice à un degré ou à un autre de cette accélération du temps qui vise le tout de suite, dénature l’attente et se soucie peu de l’humain. Qu’il en soit victime ou auteur, ou les deux à la fois.

 

Rechercher l’essentiel

 

Il m’est arrivé de découvrir l’histoire de personnes qui, un jour, n’en pouvant plus de leurs conditions de travail et surtout de ce qu’elles percevaient comme une absence de sens, avaient décidé de se lancer dans une seconde vie, moins trépidante, plus tournée vers les autres. Il s’agit de choix individuels. Je connais également des dirigeants d’entreprise qui ont le souci du développement et du bien-être de chacun et qui managent compétitivité, créativité, respect des rythmes de chacun. L’approche est collective. J’apprécie que mon Église parle d’elle et témoigne de Celui qui la fait vivre en employant des mots tels que coopération, communion, fraternité, qu’elle ouvre et offre chaque début de semaine un temps où se ressourcer, adorer et prier.
Et je garde l’espoir que les jeunes générations, face à ce monde doté de tant de facilités et en même temps si brutal, sauront imaginer et trouver à leur tour ces petites ou grandes avancées qui permettent l’émergence d’un monde autre, sans dictature du temps, sans esclavages masqués, sans cette accélération perpétuelle qui déconnecte du suivi. Qu’elles sauront trouver le temps de rechercher l’essentiel.

 

 

 

 

 

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