Le défi interreligieux, un sujet d’actualité !

Cet article a été inspiré par l’actualité et l’ouvrage de Gérard Siegwalt, Le défi interreligieux.

Depuis une republication des caricatures du Prophète Mahomet par le journal Charlie Hebdo en septembre dernier, la violence des terroristes se déchaine sur des « symboles » vivants de l’occident : enseignant, lieu de culte chrétien, ambassade, capitales européennes.

 

Dans cette confrontation idéologique, le risque est celui de l’amalgame. C’est de confondre l’Islam et l’Islamisme. L’islamisme est une idéologie manipulant l’Islam en vue d’un projet politique. La réalité, c’est que des tensions et des luttes d’influence importantes traversent l’Islam.

 

Cette résurgence de violence inouïe montre qu’au XXIe siècle, le monde est toujours divisé sur les questions de séparation entre le temporel et le spirituel, sur les manières de comprendre le concept de « laïcité », sur la question de la liberté d’expression et de la presse, sur la notion de « blasphème », sans parler d’autres sujets comme la place de la femme.

 

Au moins quatre grands défis attendent notre société. Et dans ce moment de crise, les Protestants Réformés ont quelque chose à apporter.

 

 

Premièrement : reconnaitre l’importance de la vie spirituelle et intellectuelle au quotidien. Il y a un défi pour la laïcité de l’État français qui connait mal les religions. Cette méconnaissance empêche l’État de réaliser la véritable place des « cultes » dans la société, de discerner leurs façons de voir, leurs éthiques, leurs impacts. Les confinements successifs montrent un manque de reconnaissance de l’importance de la sphère spirituelle – au même titre que la vie intellectuelle. Les lieux de cultes et librairie devraient pourtant être reconnus « d’intérêt général », et même « d’utilité publique » dans la mesure où ils permettent un « service public » de la foi et de la spiritualité, ou de la culture et de l’intelligence. Ils luttent, l’un comme l’autre, contre l’isolement et l’ignorance ; causes de souffrances.

 

C’est une grave erreur et une incompréhension de ce qui fait l’identité des personnes : un français croyant est tout autant français que croyant (chrétien, juif, musulman, …). Croire qu’il doit juste obéir aux lois de la République et aller travailler, pour éviter sa propre faillite économique et celle de la France, est une réduction complète du sens de la vie et de ce qui se passe dans le cœur de nombreux citoyens.

 

 

Deuxième défi : revoir notre manière de comprendre la laïcité. La tentation du laïcisme – au sens du rejet du spirituel de la sphère publique – est une forme de dévoiement de la laïcité, une forme d’idéologie qui absolutise le temporel et nie la place des religions, en tant que bien commun. La distinction du temporel et du spirituel – connue, à travers l’histoire, comme doctrine des deux règnes – est une nécessité. Mais cette distinction ne signifie pas l’ignorance de l’un par l’autre. En méconnaissant plus ou moins les religions – réduites et compartimentées à la seule sphère privée – l’État court le risque de transformer la laïcité en laïcisme et d’en faire une nouvelle religion d’État.

 

La laïcité devrait permettre à notre société d’abriter toutes les cultures et les religions, leur permettre de se connaître, de se respecter, de débattre, de s’interpeller sur les questions de justice, les questions éthiques, sur les questions existentielles et de société.

 

 

Troisièmement : le défi de l’enseignement d’une « culture religieuse / interreligieuse » dans l’éducation nationale.

 

Aujourd’hui, de nombreux enfants sont écartelés entre la fidélité à leurs professeurs, grâce auxquels ils découvrent – à travers les enseignements d’histoire ou d’éducation civique – les belles valeurs de la République, à commencer par la citoyenneté, la liberté, l’égalité, etc. Et la fidélité envers leurs parents, leurs cultures, leurs religions, leurs traditions. Parfois, il y a une véritable dichotomie entre ces deux mondes. Dans ce contexte, l’école ne peut pas se taire au sujet des religions. Elle doit présenter leur histoire, leurs croyances, leurs représentations, etc. Il s’agit d’offrir des clés de compréhension. Bien souvent, dans la « laïcité du silence », les religions sont ce dont on ne parle pas ou peu, au nom de la neutralité. L’école laïque est bien souvent l’école de l’analphabétisme religieux et interreligieux.

 

Aujourd’hui, l’État doit aider l’école – lieu de culture – à surmonter son inculture religieuse.

 

 

Quatrième défi : favoriser le dialogue interreligieux, notamment avec l’Islam.

 

Il faut prendre en compte que – comme le Christianisme – l’Islam n’est pas uniforme, mais pluriel. Il n’y pas une seule interprétation du Coran, ni un Islam monolithique. D’un côté, par exemple, pour une branche fondamentaliste et intégriste, ce qu’on appelle « les versets violents » du Coran va permettre de fonder le djihadime, au sens d’une action violente et politique. Il en sera tout autrement, pour une branche plus éclairée de l’Islam qui va interpréter les textes dans un contexte nouveau, à partir d’un esprit du Coran, qui relativise le contexte initial ou la signification première de ces versets.

 

Autre exemple, la représentation du prophète Mohammed : elle a été pratiquée pendant des siècles et n’est considérée comme un blasphème que depuis cinq ou six siècles. Certains musulmans s’accommodent de ces caricatures et y perçoivent même une forme de critique de l’islam radical et fondamentaliste. D’autres – au contraire – ne supportent pas ces caricatures et se sentent profondément blessés par elles, au point d’en appeler à punir ou éliminer leurs auteurs.

 

Face à cet Islam pluriel, un État laïque peut toujours vouloir combattre l’Islamisme, pour son intolérance ou son obscurantisme. L’État, dans le cadre de la laïcité, doit aider à la formation des responsables religieux. Il s’agirait ainsi de contribuer à la formation théologique des prédicateurs, au niveau de la culture générale et à leur formation interreligieuse, car nous vivons dans un monde pluriel.

 

La situation actuelle nous oblige à nous engager dans le dialogue interreligieux.

 

Le théologien Hans Küng a écrit : il n’y aura « pas de paix entre les peuples, sans paix entre les religions ».

 

Aujourd’hui, la société et l’État ont besoin de toutes les religions pour renouer le dialogue, retrouver une forme de cohésion, de coopération dans le « vivre ensemble » et davantage de fraternité.

 

En tant que Protestants, nous avons donc beaucoup à apporter à notre monde. Le repli sur soi n’est pas une option. Le dialogue interreligieux nous attend. Soyons audacieux !

 

 

 

 

 

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