Le devoir de sauver

Ces six dernières années, 17 000 personnes sont mortes ou portées disparues en tentant de traverser la Méditerranée. Or la droite populiste européenne a voté et gagné contre une résolution sur le devoir de sauver en mer ces migrants.
La politique sécuritaire en Europe ne fonctionne pas : les activités de l’agence Frontex pour la surveillance s’effectuent au détriment du sauvetage. Exiger des garde-côtes libyens, moyennant finance, le rapatriement des rescapés sur leur sol est dangereux. La Libye en guerre est incapable de contrôler les flux migratoires et l’inhumanité de ses camps est dénoncée depuis des mois.
Les flux d’arrivée aux frontières de l’Union européenne sont aujourd’hui en net recul par rapport à 2015, mais la crise migratoire n’est pas réglée en profondeur. Elle met au grand jour des divisions et tensions entre États de l’UE.


Arrêtons la politique de l’autruche

 

Pour savoir quel pays va ouvrir son port aux nouveaux arrivants, sans laisser reposer tout le poids sur les pays d’entrée, il faut arrêter de se renvoyer la balle.

 

 
Carola Rackete, 31 ans, capitaine du
Sea Watch 3 © Wikipedia

 

Le 23 septembre, 4 pays européens réunis à Malte (Allemagne, France, Malte et Italie) se sont entendus sur la répartition automatique des migrants. Le 8 octobre, à Bruxelles, d’autres pays les ont rejoints.
Une résolution a été soumise au vote du Parlement européen le 24 octobre. Lancée par l’élu français Raphaël Glucksmann, soutenue par les eurodéputés du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), elle a été rejetée en raison de l’opposition de divers groupes d’extrême droite.
Seules deux voix ont manqué pour qu’elle soit adoptée ! Curieusement, sur les 751 eurodéputés, 137 étaient absents, alors que ceux d’extrême droite et du centre droit étaient quasiment tous présents. Ses opposants s’en réjouissent… et assument fièrement de transformer la Méditerranée en charnier. Leurs cris de victoire et leurs mines réjouies à l’issue du vote en témoignent.

 

La résolution

 

Celle-ci devait se substituer à une directive européenne existante, ambiguë, concernant les sanctions « éventuellement » appliquées aux passeurs. Le nouveau texte ne demandait pas de mettre en place une politique commune d’asile à l’échelle européenne, à coup sûr il n’aurait pas été adopté. Le but était de commencer par sauver et répartir ceux que l’on sauve.
La résolution proposait un engagement clair des États :
– abolir le délit de solidarité. Les membres des ONG qui pallient les manquements des États pour sauver des vies devraient au contraire être honorés ;
– rendre obligatoire le devoir de sauver en changeant on « peut » par on « doit » ;
– porter secours aux migrants (corridors humanitaires, ouverture des ports aux ONG, etc.), et arrêter de soutenir les garde-côtes libyens.
Pour conclure, Raphaël Glucksmann a déclaré : « C’est dans cette tristesse, cette honte et cette colère qu’on va puiser l’énergie et la force pour mener les prochaines luttes. »

 


Le procès des associations

 

Les associations qui tentent de sauver les migrants en Méditerranée sont poursuivies par la justice de plusieurs États membres de l’UE : elles favoriseraient le travail des passeurs. Un exemple : l’épopée du Sea Watch 3 et de sa capitaine a secoué tout un continent, plaçant l’Europe face à ses responsabilités. En forçant le blocus imposé par l’Italie, Carola Rackete a fait accoster son navire avec à son bord 40 migrants en détresse (fin juin 2019). Arrêtée par la justice italienne et remise en liberté le 2 juillet par une juge italienne, elle a été libérée de toutes charges le 17 janvier 2020.

 

 

 

https://urlz.fr/bFIJ

 

 

 

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