Le ministère pastoral va-t-il mourir ?

La crise de vocation qui saisit notre Église nous oblige à réinterroger le ministère pastoral pour en vérifier l’intérêt et la pertinence aujourd’hui. Le ministère pastoral est-il encore attractif ? Les conditions de l’exercice du ministère pastoral sont-elles acceptables pour les jeunes générations ? Peut-on être pasteur(e) et heureux ?

Celui qui écrit ces lignes pourrait témoigner avec de nombreux collègues du bonheur d’être pasteur et de vivre ainsi sa foi en y consacrant toute sa vie professionnelle.
Pour autant, il ne méconnaît pas les difficultés de ce ministère particulier et il sent bien à quel point l’environnement sociétal et socioreligieux modifie peu à peu le contexte dans lequel se vit le ministère pastoral : la déchristianisation, l’émergence de nombreuses offres religieuses, l’irruption massive de l’hyper connexion numérique, la mondialisation des échanges et la dématérialisation des relations sociales, la succession des générations avec des modes de vie et aspirations spirituelles très différentes…

 

 

 

Des attentes exigeantes

 

Face à ces évolutions rapides, on peut se demander si le ministère pastoral pourra répondre encore aux attentes traditionnelles, visite, étude biblique, catéchèse, actes pastoraux, culte dominical et prédication, écoute et accompagnement, œcuménisme, relations interreligieuses, représentation extérieure, témoignage extérieur, animation jeunesse etc.

 

  

 

La question est d’autant plus légitime que non seulement on demande au pasteur de répondre à toutes ces attentes, mais on attend aussi de lui qu’il soit toujours multitâche au sein de l’Église locale (n’est-il pas son « permanent » ?), qu’il soit le pasteur de tous (ministère d’unité) et qu’il reste connecté, moderne et « synchro » avec toutes les évolutions de la société.
Ajoutons que dans un contexte de pénurie pastorale, le pasteur se trouve souvent soumis à des sollicitations de solidarité qui le contraignent à élargir l’espace de son ministère au prix de déplacements parfois longs et chronophages.
Enfin, ce constat s’inscrit dans un contexte où l’aspiration de nos contemporains à une séparation nette entre vie personnelle (familiale) et vie professionnelle apparaît de plus en plus appuyée.

 

Un ministère pastoral à recentrer

 

Non, le ministère pastoral ne va pas mourir ! Le pasteur qui écrit ces lignes l’affirme et le croit ! Mais il est probable qu’il évoluera sur le fond et sur la forme. Et nous devrons « faire avec » !
D’ores et déjà, nous devons recentrer le ministère pastoral sur ses compétences propres : la prédication, le travail théologique et biblique, l’écoute et l’accompagnement. Nous ne pouvons pousser les ministres dans des postures de « permanents d’institution » polyvalents et supposés compétents dans tous les domaines !
Nous devons exploiter au mieux les charismes propres de chaque ministre (jeunesse, diaconie, aumônerie, etc.) et renoncer à des ministres qui satisferaient toutes les attentes. Chaque Église locale, au moment où elle appelle un nouveau pasteur, doit faire des choix.
Nous devons accepter de nouveaux rythmes de travail, des manières de vivre la vocation pastorale, le sens du service et la disponibilité pour les membres de l’Église, différents des pasteurs d’autrefois.

 

Une vie privée légitime

 

Enfin, nous devons en finir avec le modèle de la « maison de verre » qui voulait que le pasteur et sa famille, installés au presbytère, soient au centre de la vie communautaire. Aujourd’hui, le pasteur et sa famille aspirent à une vie privée bien à l’écart de la vie de l’Église. Ce n’est pas encore toujours possible, compte-tenu des logements de fonction mais, que nous le voulions ou non, cette attente se renforcera.
Nous connaissons actuellement dans nos Églises la coexistence de quatre générations successives : chaque génération nourrit des attentes différentes à l’égard du ministère pastoral ! Chaque génération vit avec ses propres représentations de l’Église et de la place du ministre.
Accueillons les ministres que Dieu donnera à son Église dans la réalité de ce qu’ils sont, dans la confiance et l’enthousiasme de voir se dessiner, peut-être, des vies communautaires différentes et renouvelées.

 

 

 

 

 

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