Les jeunes et la religion : pas mal, mais peut mieux faire

L’association Coexister a réalisé une enquête sur les préjugés des jeunes envers les religions. Les résultats de ce travail se veulent plutôt rassurants, mais ils témoignent aussi de la persistance de certains clichés à l’égard du fait religieux.

Après les attentats de 2015, l’association est partie à la chasse aux préjugés sur les religions. Au cours d’ateliers de sensibilisation à la laïcité et au vivre-ensemble, il a été demandé à près de 2000 collégiens et lycéens de notifier les trois mots spontanément associés à chacune des grandes religions (christianisme, judaïsme, islam) et à l’athéisme (ou l’agnosticisme) et de signaler la conviction dont ils se sentaient les plus proches.

 

 

Un constat rassurant

 

Sans prétention scientifique, l’ensemble des données collectées de 2016 à 2017 témoigne néanmoins d’un échantillon représentatif de la société française en matière d’appartenance convictionnelle. Les résultats permettent également d’établir un état des lieux de la perception qu’ont les jeunes des religions. Ils seront intégrés au rapport annuel remis au président de la République par l’Observatoire de la laïcité.

 

Le premier constat de cette enquête se veut plutôt rassurant. Pour parler de sa religion et de celles des autres, les mots les plus souvent utilisés témoignent d’un non-jugement de valeur et sont davantage liés à des signes extérieurs objectifs. Les termes les plus utilisés par les jeunes pour décrire la religion qui n’est pas la leur sont kippa pour le judaïsme, église pour le christianisme, mosquée pour l’islam et sans Dieu pour l’athéisme. Parmi les dix termes les plus souvent associés à chaque conviction, « il n’y a aucun mot violent, agressif ou raciste », se satisfait ainsi Samuel Grzybowski, fondateur du mouvement Coexister. Ces résultats font écho au rapport de 2016 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNDH), qui montrait le recul des comportements hostiles à l’égard des différentes minorités.

 

 

Mais des préjugés tenaces

 

Toutefois la religion de l’autre (ou des autres) reste associée à un certain nombre de préjugés dont il ne faut pas sous-estimer l’importance. « 3 % d’élèves qui associent le judaïsme au mot “radin” c’est déjà trop », affirme Samuel Grzybowski. De même, l’association remarque l’apparition dans une moindre mesure, mais toutefois significative des mots couscous et terroristes (respectivement en 16e et 17e positions) pour parler de l’islam, croisades et coincés (20e et 32e positions) pour le christianisme. L’athéisme est régulièrement associé au vide ou au rien et à l’ignorance » (5e et 11e positions).

 

Ces résultats réactivent ainsi l’idée d’un nécessaire approfondissement de l’enseignement du fait religieux à l’école. Au cœur du plaidoyer de l’association Coexister, cette volonté a été réaffirmée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer lors de la réunion des responsables religieux à l’Élysée, le 21 décembre dernier. Selon lui, les « esprits sont mûrs » pour converger vers le renforcement d’une approche objectivante des religions au sein des programmes scolaires. La position de Blanquer semble ainsi renouer avec le rapport Debray, qui déjà en 2002 en appelait au « passage d’une laïcité d’incompétence (le religieux, par construction, ne nous regarde pas) à une laïcité d’intelligence (il est de notre devoir de le comprendre). »

 

 

 

 

 

 

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