Services funèbres, une chance pour nos Églises !

Dans beaucoup d’Églises locales, les assemblées sont bien plus nombreuses à l’occasion des services funèbres qu’à l’occasion des cultes dominicaux et le nombre de services funèbres est à peu près le même que le nombre de cultes dominicaux.

C’est particulièrement vrai dans les secteurs géographiques du protestantisme historique qui se dépeuplent aujourd’hui, mais dans lesquels la sociologie protestante est encore très forte. Le nombre de baptêmes et de mariages diminue inlassablement, le nombre de foyers protestants connus aussi, en revanche le nombre de services funèbres se porte bien ! Alors, la mort, une chance pour nos Églises ?

 

Une occasion d’accueil

 

Il y a quelques temps, j’échangeais avec un collègue pasteur à l’occasion du départ de son poste. Et il me disait à quel point il avait apprécié ce dernier poste, dans lequel il avait passé l’essentiel de son temps à accompagner des familles en deuil. Tu comprends, me disait-il, ici pour chaque service funèbre j’ai 150 à 200 personnes au culte ! Le dimanche, dans les grands jours, nous sommes 20 au maximum ! Et le même collègue me donnait le nombre de services funèbres célébrés ces dernières années : une quarantaine par an, presque autant que les cultes dominicaux.  
© Élisabeth Renaud

 

Pour lui, la mort était une chance ! Une occasion donnée à son Église locale d’accueillir des personnes de tout horizon et d’annoncer l’Évangile. Nous y reviendrons !
Les statistiques de la région Ouest font apparaître pour l’année 2016 : 96 baptêmes d’enfants, 24 baptêmes d’adultes, 76 mariages, 398 services funèbres. Pas de discussion possible, les services funèbres tiennent la corde et de loin ! Les prévisionnistes liront ces chiffres en annonçant la mort programmée de nos Églises protestantes. Les historiens y verront les signes d’un protestantisme historique qui, même en déclin, a de beaux restes. Les trésoriers s’inquièteront de voir disparaître de bons contributeurs. Et les pasteurs soupireront d’avoir une balance baptêmes/décès largement déséquilibrée en faveur des services funèbres… Et pourtant, les services funèbres sont des occasions inespérées d’annoncer l’Évangile. Il se pourrait même qu’ils soient les meilleures chances d’évangélisation pour nos Églises…
La mort est une chance inespérée pour annoncer l’Évangile ! Oui une chance… d’abord, parce que s’il y a bien une circonstance de la vie dans laquelle l’Évangile prend tout son sens, c’est la perte d’un proche. Vieillesse, maladie, accident, suicide, drame ou circonstance naturelle, la mort reste définitivement le point culminant de la finitude sur lequel tout être humain vient se heurter. Et le message de l’Évangile articulé à l’espérance de la résurrection garde aujourd’hui toute sa pertinence, même s’il faut redoubler d’attention pour trouver le bon langage afin de le rendre accessible à tous. La vie plus forte que la mort, la possibilité de vivre malgré la mort d’un proche, la « résurrection des vivants » (se relever de la mort pour surmonter le manque), uni au Christ vivant pour la vie et pour la mort, la promesse que la mort n’aura jamais le dernier mot sur la vie etc., les Écritures bibliques nous offrent de multiples ressources pour faire entendre la Parole de consolation de la part de Dieu. Et cette Parole peut prendre un relief très particulier ici parce qu’il s’agit d’accompagner le passage de la mort vers la vie !

 

Une écoute exceptionnelle

 

Une chance aussi, parce que le service d’action de grâce (comme les mariages d’ailleurs) nous place en situation de témoin de la foi chrétienne au contact d’une multitude de personnes aux convictions très variées et dont une franche majorité est en général très éloignée de l’Église et très indifférente à priori à la foi chrétienne. 

 

© Élisabeth Renaud
  Nous voici donc en vraie situation d’évangélisation sans avoir à nous déplacer ou imaginer diverses stratégies pour attirer ou rejoindre nos contemporains. Ils sont là ! Avec leurs questions, leurs doutes, leur incroyance, leur méfiance, leur curiosité, leur hésitation, leur inculture religieuse… Ils viennent à nous pour que nous cheminions un moment avec eux. C’est inespéré ! Voilà une opportunité formidable de faire résonner quelque chose de l’Évangile. Le risque serait de nous enfermer dans du rite et/ou du langage incompréhensible. Voilà une belle occasion d’expliquer nos gestes, de renouveler notre langage, de faire connaître au grand public notre théologie et notre foi dans un temps éphémère où la multitude se tient devant Dieu avec la question du sens de la vie.

 

Une chance encore, parce que l’écoute qui nous est spontanément accordée à l’occasion des services funèbres est exceptionnellement bonne. Même dans les cultes dominicaux « ordinaires » les assemblées n’offrent pas une telle attention à la Parole. Et que dire des autres actes pastoraux (baptêmes, mariages, confirmations) qui sont parfois les pires cauchemars des officiants, tant l’assistance semble détachée du fond. Ce n’est pas le cas des services funèbres. Au temple, dans les salles des centres funéraires, dans les cimetières, les membres des assemblées réunies sont suspendus aux paroles partagées. En ce sens, c’est sans doute l’occasion la plus facile et la meilleure pour démarrer un ministère de prédicateur laïc !  
Chaque mot, chaque silence, chaque verset biblique, chaque temps musical, chaque geste, sont perçus avec une attention inégalable dans les autres temps de témoignage de l’Église.

 

Un défi pour tous !

 

Une chance enfin, parce que l’accompagnement d’une famille en deuil est une occasion de rencontres approfondies extraordinaires. Certes le temps est court. 

 

Certes les circonstances sont tristes. Mais notre accueil, notre écoute et notre accompagnement peuvent donner aux familles que nous accompagnons un témoignage au nom du Christ déterminant et déclencher l’envie de se remettre en chemin dans la vie d’une Église locale. À cet égard, lorsque cela est possible, il est très opportun de proposer une visite à la famille du défunt quelques semaines après le service pour signifier une présence fraternelle et inscrire l’accompagnement dans le temps. Certaines Églises locales proposent un culte chaque année pour rassembler toutes les familles qui ont été accueillies à l’occasion d’un deuil : c’est une belle idée qui renforce la dimension communautaire de la fraternité.  
© JLPC/Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0

 

Le service funèbre est une grande chance pour l’évangélisation. Mais nous vivons un paradoxe : en bien des lieux, des prédicateurs laïcs très engagés actifs et compétents considèrent encore que seuls les pasteurs sont « habilités » ou « préparés » pour présider des cultes d’action de grâce ou accompagner une famille au cimetière. Pourtant nous gagnerions beaucoup pour le rayonnement de notre Église à étendre le réseau des intervenants pour accompagner les familles en deuil. Accompagner des personnes et des familles en deuil pour les aider à « passer de la mort à la vie », n’est-ce pas le plus beau défi de la foi ? Et relever ce défi, n’est-ce pas la plus belle manière de retrouver pour soi et pour les autres la puissance de la bonne nouvelle du Christ ?

 

 

 

 

 

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