Un Evangile pour tous les temps

Peu avant Noël, deux choristes ont refusé de chanter Laisserons-nous à notre table un peu d'espace à l'étranger :

ce serait cautionner la politique d’accueil des migrants et manquer de respect envers les victimes des attentats terroristes dans notre pays, ont-ils dit. Face à ces arguments, d’autres ont évoqué la place que tient dans la Bible l’accueil des étrangers. Les choses en sont restées là, le chant a été retiré.

 

 

 

C’est là un vrai sujet de débat : peut-on éviter dans l’Église la confrontation entre les convictions que nous tirons de notre lecture de la Bible et les choix politiques qui sont faits en notre nom ? Peut-on ajuster notre proclamation de l’Évangile en fonction des circonstances et des difficultés à le vivre, en particulier sur la question de l’accueil ou du rejet de l’étranger ?

 

 

 

Le synode de notre région s’est déroulé au camp des Mille, camp de rétention où, au moment de l’entrée en guerre, ont été emprisonnés dans des conditions épouvantables des étrangers, dont des Allemands ayant fui le nazisme. Puis des familles juives qui ont été envoyées à Auschwitz. Ceux qui en ont fait un lieu de mémoire ne veulent pas enfermer les visiteurs dans ce passé terrible, mais les ouvrir vers l’avenir. Alors ils font passer ce message : pour éviter que le rejet de l’autre ne conduise à de telles extrémités, nous avons un outil, la parole. Si nous ne disons rien, quand nous sommes témoins de propos stigmatisants, nous devenons complices. En disant simplement pourquoi on n’est pas d’accord avec ces propos, on dresse un barrage à la haine. Cela donne du courage à ceux qui n’osent pas parler et éclaire ceux qui n’ont pas perçu le danger.

 

 

 

Alors oui, je me dis que, par la parole ou par le chant, nous devons sans cesse faire résonner l’Évangile ! Dire vers où il veut nous conduire, même si cela nous semble hors de notre portée. Car il agit dans les esprits et peut changer le cours des choses.

 

Hasard des circonstances : vous découvrirez dans ce premier numéro de 2018 quatre articles qui sont un cri d‘alerte et de douleur face à la situation des exilés ici et à nos frontières.

 

 

 

Doris ZIEGLER

 

 

 

 

 

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