Jean-Luc Gadreau
Quel a été votre parcours avant de produire l’émission Solae ?
Un parcours atypique, avec une formation post-bac dans le journalisme et l’animation (radio, TV) : nous sommes alors dans les années 80. Ce type de communication me passionne, mais la foi chrétienne aussi — je suis fils de pasteur — ainsi que la culture, la musique. Avec sans doute une forme d’hyperactivité que je ne renie pas, j’ai navigué entre ces différents courants, distincts certes, mais souvent convergents. J’ai été pasteur dans trois Églises de la Fédération baptiste pendant plus de vingt ans, avant de rejoindre le siège national de cette union comme directeur du développement et de la formation. Puis la FPF est venue me chercher, en 2020, pour rejoindre France Culture. Une nouvelle aventure commençait alors, mais elle s’inscrivait dans la continuité de mes engagements : en parallèle, je n’ai jamais cessé de participer à des projets artistiques et culturels (rédaction en chef de magazine, radio, musique, cinéma, etc.). Aujourd’hui, j’aime définir mon ministère comme une passerelle entre la culture et l’Église.
Vous êtes passionné de cinéma mais aussi de musique, et d’art en général. Comment vous sont venues ces passions ?
Je crois que tout a commencé avec la musique, très jeune : clarinette, saxophone, puis, en touche-à-tout, j’ai appris à jouer de nombreux instruments. Je ne suis pas un virtuose, mais un pratiquant curieux et passionné. À l’adolescence, j’ai été propulsé dans l’aventure d’un groupe de rock chrétien (Image/Nouvelle Adresse), puis j’ai fondé le groupe Label 7 : tournées internationales, festivals, La Cigale… et puis j’ai continué avec notamment deux albums, et un spectacle, autour du slam. Mon travail journalistique a encore élargi mes horizons artistiques. Le cinéma est passé du statut de simple divertissement à celui d’engagement intellectuel et spirituel, notamment grâce aux jurys œcuméniques auxquels je participe depuis 2012 – je coordonne aujourd’hui celui du festival de Cannes du côté protestant – puis à travers la critique (pour Regards Protestants et Réforme).
Je suis sans aucun doute « artiste dans l’âme », mais je suis encore plus admiratif de l’acte créatif lui-même, de ce qui jaillit et fait naître en nous des émotions infinies. Et c’est ainsi que j’aime rencontrer, écouter, voir, des concerts, expositions, spectacles, etc.
Quel regard portez-vous sur le milieu culturel actuel ?
Si l’on parle de culture au sens large, je dirais qu’il y a du très bon, du bon et du moins bon, comme cela a toujours été. Ce qui m’inquiète davantage, c’est l’industrie qui gravite autour et l’évolution de nos sociétés, qui semble parfois tout fracasser sur son passage. Il faudrait des heures pour en parler : la technologie, bien sûr, les réseaux sociaux, l’IA, etc. On peut nourrir certaines inquiétudes pour l’avenir des artistes et leur capacité à vivre de leur art. Et en France aussi, des ombres, notamment politiques, planent et laissent craindre le pire, pour la culture entre autres.
Comment vous ressourcez-vous ?
J’aime dire que j’ai trois lieux privilégiés de déconnexion, qui me permettent à la fois de me ressourcer et de me reconnecter à Dieu : la cuisine, la pêche et la musique. On pourrait y ajouter les promenades dans la nature, un bon roman lu dans mon hamac, ou des moments partagés en famille ou entre amis. Tout cela est essentiel pour tenir dans la durée.
