Les jolies colonies de vacances…

Le 9 mai, la paroisse de Cosne-Sancerre, au cœur des vignobles du même nom, mettra à l’honneur le pasteur Robert Lorriaux. Son nom est moins connu que celui de son père, Théodore, initiateur des premières colonies de vacances en France. Retour sur cette famille…

Théodore Lorriaux, né en 1838 à Grenoble, est le fils d’un évangéliste puis pasteur dans le quartier des Batignolles. Après ses études à Genève, où il soutient une thèse sur Pascal, il effectue un séjour aux États-Unis avant de revenir en France, où il est consacré pasteur à Hargicourt (Nord). On le retrouve plus tard à la tête de la Société centrale d’évangélisation.

 

Il découvre alors le principe des colonies de vacances, qui vient d’être inventé par le pasteur Bion à Zurich en 1876, sur la montagne d’Appenzell. En 1881, trois filles des Batignolles sont accueillies dans une famille de Nanteuil-lès-Meaux (Seine-et-Marne) : c’est la première colonie de vacances de France. L’année suivante, quelque 70 enfants sont envoyés dans des familles paysannes dans le Vexin, notamment dans le village de Montjavoult, près de Gisors. L’œuvre des « Trois-semaines » est née.

 

Paris, départ d’une colonie de vacances depuis la gare de Lyon.
© Domaine public

L’objectif de cette nouvelle œuvre est le suivant : « Faciliter un séjour à la campagne ou à la mer aux enfants, garçons et filles, et aux mères de famille qui en ont besoin et qui ne peuvent y pourvoir. » Les débuts sont modestes : les enfants sont sélectionnés par les pasteurs parisiens, les diacres et les instituteurs protestants. Ils sont placés par groupes dans des familles. Pour des raisons de morale, on préfère ouvrir un centre spécialement pour les filles à Montjavoult, qui prend le nom de La Clef des champs.

 

Peu à peu, l’œuvre s’étoffe : en 1889 a lieu la première colonie à la mer, à Bernières-sur-Mer et à Beuzeval (Calvados), à destination des enfants dont la santé fragile nécessite une exposition à l’air iodé. Un sanatorium au joli nom de Brise de mer est acheté en 1894 à Ver-sur-Mer (Calvados) pour les jeunes filles atteintes de tuberculose.

 

Le pasteur Lorriaux et son épouse Simée font des émules : Élise de Pressensé, épouse du pasteur de l’Oratoire, crée la même année l’Œuvre des colonies de vacances, qui envoie des milliers d’enfants dans le Loiret. En 1883, la ville de Paris lance de son côté ses propres colonies. En 1893, le pasteur de Saint-Étienne, Louis Comte, fonde l’Œuvre des enfants de la montagne, qui permet aux enfants de mineurs de passer quelques semaines sur le plateau du Chambon-sur-Lignon. Le monde catholique, suivi plus tard par les comités d’entreprise, se saisit aussi de cette forme d’éducation populaire.

 

Aujourd’hui, la Clef des champs à Montjavoult est un foyer qui accueille en permanence des enfants placés là par l’Aide sociale à l’enfance de l’Oise. Au décès de Théodore Lorriaux en 1910 (2 084 enfants sont partis cette année-là dans ses colonies de vacances), c’est son épouse puis son fils Robert qui prennent la suite. Ce dernier, tout comme son frère Georges, est également pasteur.

 

© Émile Barbu

 

En poste à Sancerre pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe humblement et discrètement à la Résistance. Ancien combattant de 14-18, il est parmi les chefs de file du réseau Vengeance dans le Cher et participe à la libération de son département. L’œuvre de son père lui permet également de participer au sauvetage de plusieurs enfants juifs, cachés à Montjavoult.

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