Wittenberg et la Wartburg

Dans ce numéro, Éric Deheunynck nous fait découvrir deux lieux où Luther a vécu : Wittenberg et la Wartburg.

Wittenberg, un rayonnement inattendu

 

La petite cité des bords de l’Elbe est mentionnée pour la première fois au XIIe siècle, elle n’est alors qu’un simple carrefour commercial. Au XVIe siècle, la ville compte 3 000 habitants, un poids démographique modeste qui contraste avec son rayonnement politique et culturel. Depuis 1422, elle est la capitale de la Saxe électorale. La cour de l’électeur y attire de nombreux artistes, parmi lesquels Cranach. L’université fondée en 1502 par l’électeur Frédéric le Sage attire étudiants et professeurs, ce qui fait de Wittenberg un centre intellectuel. Au temps de Luther, la moitié de la population est estudiantine !
Luther arrive à Wittenberg en 1508 et loge en toute logique au monastère augustin, appelé aussi le cloître noir. C’est pourtant l’université qui l’amène ici, d’abord pour étudier puis pour enseigner. En 1522 le monastère est dissout, mais Luther continue à y vivre, installe sa femme puis sa famille.
  
L’ancien monastère augustion à Wittenberg qui deviendra la résidence de Luther
© Éric Deheunynck

 

 En 1532 il en devient propriétaire ! Luther vécut ici 35 ans et y écrivit ses œuvres majeures comme les 95 thèses ou les Propos de table. Précisons que c’est dans l’aile intérieure que le réformateur s’installa, l’aile en façade étant érigée plus tard. Les enfants du couple vendront la maison à l’université. Au XIXe siècle le lieu est restauré dans le style néoclassique. En 1883, la maison de Luther devient le musée de la Réforme, le plus grand dédié à la Réforme protestante. L’œuvre, le quotidien et l’époque de Luther deviennent ici perceptibles.

 

Portail de Catherine : il fut commandé par l’épouse
du réformateur d »où son nom
© Éric Deheunynck

 

    

Les œuvres du musée

 

Le musée expose plus de mille pièces, tableaux, écrits, objets de toutes sortes… voici une présentation très sélective de ces œuvres…
– L’habit monacal : Luther fut d’abord un moine augustin et porta longtemps l’habit monacal. C’est dans cette tenue qu’il se présenta en 1521 à Worms pour défendre ses positions devant les princes allemands. Mais ledit habit disparaît lors de la fuite à la Wartburg où Luther se cache sous l’identité d’un chevalier. En 1522, la ville de Wittenberg lui offre l’habit aujourd’hui exposé au musée. Il le porte pour ses prêches jusqu’en 1524. Il s’agit donc de son dernier habit monacal.
– Le coffre aux indulgences : la vente d’indulgences fut un commerce lucratif en Allemagne. Elle permit ainsi au cardinal Albrecht de Brandebourg de rembourser ses dettes, contractées pour acheter ses fonctions à Rome ! L’argent collecté était déposé dans ce coffre, doté de trois serrures. Les fidèles recevaient en échange de leur argent, une lettre d’indulgences en vue de la rémission de leurs péchés. Ce commerce révolta Luther…
– Le grand amphithéâtre : cet espace transformé au XIXe dans le style néogothique est devenu un auditorium. Mais c’est aussi le lieu d’exposition de toute une série de portraits dont les plus prestigieux sont ceux des princes électeurs de Saxe. L’œuvre la plus imposante reste la chaire des débats ou disputationskatheder, qui représente sous forme de médaillons les acteurs de la dispute universitaire qui opposa Luther et Eck reconnaissable à son bonnet rouge. Les autres médaillons renvoient à l’université de Wittenberg.

 

 

– Le cabinet boisé : mis à part le plafond et le poêle, le cabinet boisé date de l’époque de Luther. C’est ici que le réformateur tint ses célèbres propos de table. Ce cabinet nous rappelle aussi que la famille Luther vécut dans une certaine aisance. Les fenêtres à vitraux constituaient un luxe en ce début de XVIe siècle. En 1711, un dénommé Pierre, tsar de Russie, inscrivit son nom sur la porte !

 

La Wartburg, le refuge de Luther

 

La Warburg © Moritz Grenke
   Visible à des kilomètres à la ronde, l’imposante forteresse de la Wartburg domine la petite ville d’Eisenach. C’est ici que Luther, mis au ban de l’Empire, est installé en sécurité par l’électeur de Saxe… après un enlèvement aussi fictif qu’opportun. En cette année 1521, Luther devient le chevalier George, Junker Jörg et laisse pousser sa barbe pour passer inaperçu. Le « hors-la-loi » vit dix mois ici incognito.
Mais les troubles se multiplient dans les régions séduites par sa Réforme. À Wittenberg le prince-électeur et le conseil de la ville s’opposent, tandis que les prophètes de Zwickau initient une réforme plus radicale. Luther doit sortir de son refuge en mars pour apaiser les esprits. Par la même occasion, il s’affirme comme le chef spirituel du mouvement réformateur.

 

Le séjour à la Wartburg fut des plus féconds. Luther y déploie tous ses talents littéraires. Il achève son commentaire du Magnificat puis rédige toute une série d’écrits de controverses sur l’Église, la messe, les vœux monastiques… et surtout Luther traduit la Bible en allemand, du moins le Nouveau Testament et une partie de l’Ancien. Il pose ainsi les bases d’une langue écrite unifiée. Parue en septembre 1522, la Bible de Luther est tirée à trois mille exemplaires. Le séjour à la Wartburg n’est pourtant pas de tout repos. Luther est confronté à des problèmes de santé et à ses tourments spirituels, torturé par « mille diables ».

 

Un lieu de mémoire majeur

 

Le château érigé au XIe siècle est célèbre pour la vie de cour des comtes de Thuringe et en particulier pour les rencontres organisées entre trouvères allemands. Wagner placera en ce lieu l’opéra Tannhaüser. Laissée à l’abandon à partir du XVIIe siècle, la forteresse en ruine accueille en 1817 un groupe d’étudiants allemands favorables à l’unification de l’Allemagne. La visite du château classé par l’Unesco ne se limite donc pas à la figure de Luther. Outre les deux salles consacrées au réformateur, vous pourrez traverser la salle des ménestrels, la chapelle, l’appartement d’Élisabeth, la salle du bailli, le donjon…

 

 En cette année 2017 une exposition temporaire y est consacrée : Luther et les Allemands.
La salle de travail de Luther est des plus modestes, un vieux pupitre, une chaise en bois, un tableau de Luther, une vertèbre de baleine qui servait de repose-pied (à droite du siège). La légende raconte qu’un diablotin harcelait le réformateur. Exaspéré Luther jeta son encrier ; longtemps le mur porta une trace… à l’endroit où il est décrépi, à côté du poêle. On peut lire sur le mur : C’est ici que Martin Luther a traduit la Bible et où il a rédigé de nombreux écrits.

 

Vous pourrez terminer votre visite dans Eisenach, à « la maison de Luther » où le réformateur vécut pendant ses études dans la cité. Eisenach est aussi la ville natale de Bach.

 

 
Le bureau de Luther à la Wartburg © Éric Deheunynck

 

 

 

 

 

 

 

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