On les appelle communément les «?cinq solas?», qui se retrouvent d’une manière ou d’une autre dans toutes les dénominations du protestantisme depuis Martin Luther.
Cinq principes pour une relation spirituelle
Sola gratia, la grâce seule, est la conviction que le salut des humains relève de la seule grâce de Dieu, leurs mérites n’y sont pour rien. L’action sur terre ne relève donc pas de la recherche d’un salut, mais c’est la conséquence de la grâce?: j’agis parce que je suis aimé et que cet amour est important pour moi.
Sola fide, la foi seule. Car seule la foi témoigne à l’être humain de la grâce dont il bénéficie et lui permet de s’en rendre compte.
Sola scriptura, l’Écriture seule, indique que l’Écriture est la norme de compréhension de la parole divine et trace un chemin vers l’accomplissement de la vie chrétienne. Cela implique que nul ne peut signifier à quelqu’un la voie à suivre pour son existence sans le support biblique.
Solus christus, «?le Christ seul?». Cette conviction indique que la relation entre Dieu et l’homme est possible par le canal du Christ, ce qui élimine les recherches, messages et autres tentatives pour mettre Dieu à sa mesure ou se forger une quelconque idole.
Soli deo gloria. Dire «?à Dieu seul la gloire?» c’est, pour un chrétien, reconnaître la priorité qu’il a dans sa vie?; c’est également prendre conscience qu’une dimension de l’humain résiste à la rationalité et doit être prise en compte en tant qu’altérité.

au protetantisme naissant
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Tout n’est pas possible
Que le protestantisme se soit défini très tôt par ces affirmations est primordial, car toutes portent la mention d’un solus, c’est-à-dire une restriction. Il s’agissait bien sûr pour les premiers réformateurs de se démarquer d’une pensée catholique qui sacralisait l’Église en la positionnant entre Dieu et l’Homme. Mais dans leur souci de réaffirmer le cœur de la vie chrétienne, ils posaient aussi les jalons d’une délimitation. En matière de foi, de croyance, de vie communautaire, beaucoup d’interprétations sont possibles, mais tout n’est pas acceptable.
Les fondations de la théologie protestante ont donc été posées sur la conviction que ces cinq axes doivent être tenus ensemble pour éviter toute idolâtrie. À titre d’exemple, «?L’Ecriture seule?» en fait un guide, mais on ne peut considérer le texte comme sacré sans enfreindre le «?Solus christus?»?: l’Écriture ne peut être une voie de salut ou un moyen de se hisser vers Dieu.
Paroles en garde-fous
Ces limites, héritées des théologiens du xvie?siècle pourraient bien être libératrices pour l’Église de demain. En rappelant que la vie chrétienne a vocation à se guider sur des principes solides, en montrant combien ces principes relèvent d’un équilibre à rechercher, les fondateurs du protestantisme ont ouvert une voie étonnamment moderne qui privilégie la question sur la réponse, la recherche sur le savoir, la vie en communauté sur l’institution ecclésiale.
Si l’évolution naturelle de toute institution est le renforcement de sa cohérence, la recherche constante de dialogue entre les solas et la primauté donnée à des entités extérieures à l’Église (Dieu, la grâce, l’Écriture, le Christ) fonctionne comme des garde-fous à l’institutionnalisation. Les Églises protestantes sont ainsi appelées à vivre ces limites comme autant de promesses de vie.
