Handicap psychique, maladies mentales

En deux siècles, la psychiatrie a produit beaucoup de concepts. Véhiculés d’abondance par les médias, sont-ils pour autant bien connus ?

On parlait d’idiots, d’imbéciles ou de fous au XIXe siècle, on évoque aujourd’hui pêle-mêle dans les conversations les bipolaires ou le handicap psychique. Derrière ces notions, des êtres humains vulnérables et des souffrances précises demandent une attention particulière, technique et humaine.

 

Le retard mental

 

À la petite enfance, un retard mental peut résulter de lésions cérébrales intervenues souvent in utero ou à la naissance. Le déficit intellectuel altère le raisonnement, le jugement, la faculté d’adaptation et met en échec l’autonomie et la responsabilité sociale. L’exemple de la trisomie 21 montre que des évolutions partielles sont possibles, au prix de mesures éducatives, rééducatives et médicales. Une assistance y compris financière et le recours à une institution sociale ou médico-sociale sont souvent indispensables, tout en visant à l’inclusion sociale dès que possible.

 

Parler de handicap psychique

 

Le concept récent et essentiellement français de « handicap psychique » regroupe, quant à lui, les personnes atteintes de maladies ou troubles mentaux s’accompagnant d’un handicap social. Cette définition juridique permet des soutiens et des compensations pour les familles. Mais c’est une source de confusion, car ce qui s’applique au handicap mental ne s’applique pas toujours au handicap psychique. Ainsi l’inclusion sociale actuellement prônée par les pouvoirs publics risque d’accentuer certaines souffrances psychiques.

 

Développement ou dégénérescence

 

Le progrès des neurosciences et de la génétique permet d’attribuer environ 40 % des cas de TSA (autismes) ou de psychoses à une origine génétique ou épigénétique responsable d’anomalies du développement des réseaux neuronaux.

 

Les troubles dégénératifs, beaucoup plus tardifs, altèrent progressivement les cellules d’un cerveau initialement sain. La maladie d’Alzheimer en est un exemple et l’on sait l’intérêt de maintenir autour de ces patients un cadre familier et stable aussi longtemps que possible.

 

Des causes neuro-hormonales ou d’environnement

 

D’autres troubles touchent la régulation de l’humeur. Dans le cas d’un trouble bipolaire, les phases de dépression ou d’excitation semblent relever d’un dysfonctionnement d’origine génétique probable des neuromédiateurs. L’évolution est souvent cyclique, émaillée de rechutes avec un risque de suicide lors d’épisodes mélancoliques ; c’est dire le besoin d’une proximité attentive. Ces troubles relèvent surtout de soins réguliers et certaines formes graves peuvent nécessiter un accueil au long cours dans une structure médico-sociale assorti d’un suivi psychiatrique.

 

Une autre grande famille de troubles touche la sphère psychoaffective. De type névrotique ou borderline, ces troubles peuvent découler d’éléments constitutionnels comme le tempérament ou une fragilité génétique, ou de facteurs psychosociaux tels que les dysfonctionnements familiaux, les carences éducatives ou des traumatismes précoces.

 

S’attacher au fonctionnement

 

Mais au-delà des causes, l’intérêt doit porter sur le mode de fonctionnement psychopathologique de la personne, sur un certain « style » mental repérable par la constance des réponses à trois questions : quelles relations le sujet a-t-il avec lui-même et comment se perçoit-il ? Quelles relations entretient-il avec les autres et quelle place leur donne-t-il ? Quelle est sa relation à la réalité que sont les objets, l’espace, les lois ou le temps ? La clinique psychiatrique dite « structurale » distingue trois grandes familles de cohérence. Si le fonctionnement d’une personne est certes structuré, des évolutions y sont toujours possibles.

 

La structure névrotique

 

Équipé d’une bonne estime de soi, le névrosé est souvent en conflit avec lui-même, pris entre ses pulsions et sa conscience morale. C’est la situation normale. L’autre est un partenaire avec lequel le conflit est fréquent, le rapport à la réalité et son appréciation sont bons, le temps peut inclure des projets et une espérance. On y distingue des pathologies phobiques, hystériques et obsessionnelles, selon les mécanismes de défense utilisés contre l’angoisse. La frontière entre le normal et le pathologique est ici indécise : c’est l’intensité et la permanence de l’angoisse qui décident d’un besoin ou non de traitement basé sur les médicaments et les psychothérapies.

 

Psychoses et schizophrénies

 

Le rapport à soi peut être marqué par une extrême fragilité de l’unité du corps et du psychisme. Ainsi, privée d’une image unifiée de son corps, la personne vit une angoisse permanente de vulnérabilité, de menace, de persécution. La vie psychique elle-même est fragile : beaucoup de schizophrènes ont ainsi le sentiment de ne pas pouvoir garder leurs pensées dans leur tête, d’être sous influence. L’autre est à la fois allié et ennemi, d’où le malaise dans la relation. Le rapport à la réalité est ici gravement compromis, le monde étant vécu comme menaçant et menacé. Des hallucinations ou idées délirantes perçues comme réelles restent inaccessibles à toute critique.

 

Les schizophrénies illustrent bien cette structure : pathologies mentales sévères et souvent invalidantes, elles nécessitent un environnement structuré pour limiter la vulnérabilité. C’est une indication de structures alliant le lieu de vie et le lieu de soin comme la Fondation John Bost. La plupart du temps, l’inclusion sociale est problématique, ainsi en est-il de patients TSA (Troubles du spectre autistique) qui connaissent des fonctionnements proches des psychotiques (70 %).

 

Borderline ou limites

 

Le rapport à soi est marqué par une piètre estime de soi amenant ces personnes à se vivre tour à tour comme nulles ou, à l’inverse, grandioses. Elles balancent entre des temps de dépression, d’angoisse d’abandon et des projets irréalistes dont les échecs relancent la « nullité de soi ». Pour elles, le rapport à l’autre est catastrophique. Initialement idéalisé comme pourvoyeur de bienfaits illimités, l’autre est toujours décevant car incapable de combler une demande insatiable d’amour ou de considération. Même la perception du temps est faussée ; incapables de vrais projets, ils ne tolèrent pas l’attente, la frustration. Les risques de toxicomanie, de violence voire de suicide sont très présents et le pronostic globalement sombre.

 

Le spectre de l’autisme

 

On devrait parler des autismes. Depuis les formes les plus déficitaires jusqu’aux autismes de haut niveau illustrés par la série Good Doctor, les TSA présentent un panel très varié, défini par trois types de troubles. Les déficits de la communication altèrent le langage verbal et non verbal, la socialisation défectueuse entraîne l’isolement, l’enfermement dans la répétition limite intérêts et activités. Ces situations nécessitent des abords variés, éducatifs et thérapeutiques. Les évolutions sont diverses, allant d’une inclusion sociale correcte à la nécessité d’un accompagnement au long cours dans des institutions médico-sociales et sanitaires.

 

Dans ce champ complexe, il n’y a pas de solution simple. Toutes les perspectives doivent rester ouvertes : neurosciences et psychopathologie, mesures éducatives et pédagogiques, soins médicamenteux et psychothérapeutiques, assistance et inclusion sociales.

 

 

 

 

 

#Actualité #Dossiers #Handicap

Nos titres

Échanges
Ensemble
Le Cep
Le nouveau messager
N°446 - juin 2020
Le Protestant de l'Ouest
Le Ralliement
Liens protestants
Paroles protestantes Est-Montbéliard
Paroles protestantes Paris
Réveil


La revue RESSOURCES nourrit et soutient l’engagement de ceux qui servent dans l’ÉglisesAbonnement à la revue RESSOURCES

Pour aller plus loin

Parler politique sans se déchirer
Protestantisme et politique
Parler politique sans se déchirer
Faut-il parler politique en Église ? Et si oui, comment éviter de transformer le débat en champ de bataille ? À l’approche de 2027, deux régions de l’Église protestante unie de France mettent la politique au travail synodal. En région parisienne : « Oser témoigner de l’Évangile dans un monde fracturé ». En Centre-Alpes-Rhône : « Église et démocratie ». Nous avons interrogé Samuel Amédro et Robin Sautter, présidents des deux conseils régionaux.
Respiration démocratique en Ariège
Dossiers
Respiration démocratique en Ariège
Dans le cadre de la formation permanente des pasteurs, le philosophe Olivier Abel a été à l’initiative d’un stage intitulé « L’ethos protestant et l’esprit de la démocratie ». Du 27 mai au 3 juin derniers, en Ariège, dix ministres se sont ainsi penchés sur les apports de la pensée protestante à la pensée démocratique.
Résister, perséverer : Exilés… l’accueil d’abord !
Dossiers
Résister, perséverer : Exilés… l’accueil d’abord !
Extrait du témoignage de Michèle, bénévole de l’AsPEC, en solidarité avec les migrants, paru dans le magazine Liens protestants de mai 2026.
Redonner goût à la démocratie
Dossiers
Redonner goût à la démocratie
L’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine s’engage pour une démocratie vivante.
Joël Dahan : « notre église conteste depuis longtemps les thèses de l’extrême droite »
Protestantisme et politique
Joël Dahan : « notre église conteste depuis longtemps les thèses de l’extrême droite »
Comme d’autres pasteurs de l’EPUdF et de l’Uepal, Joël Dahan se reconnaît dans la devise d’Ovide, Principiis obsta (« Résiste dès le début »). Nous en parlons avec le pasteur de l’Église protestante unie du Pays d’Aix-en-Provence.
Discerner les exigences de la foi
Protestantisme et politique
Discerner les exigences de la foi
« Que l’Église s’exprime plus souvent sur l’actualité ! », « Que l’Église se taise sur les sujets sociaux et politiques ! » : les avis divergent. Qu’en penser ?
Protestantisme et engagement public
Protestantisme et politique
Protestantisme et engagement public
Le champ public est consubstantiel à l’histoire, sinon à la raison d’être du protestantisme. Comme la question théologique posée par Luther et ses successeurs induit la régulation politique du pluralisme religieux, protestantisme et engagement public voguent de conserve.
Un pas de côté
À la découverte du protestantisme dans nos régions
Un pas de côté
L’été est souvent propice aux pas de côté. Rythme différent, parfois déplacement vers d’autres lieux que celui de son quotidien, propositions de ressourcement, découverte de nouvelles personnes, autant d’occasions de regarder la vie autrement et de se reconnecter à l’essentiel.
À la découverte du protestantisme dans nos régions
À la découverte du protestantisme dans nos régions
À la découverte du protestantisme dans nos régions
Depuis cinquante ans, la presse régionale protestante, forte d’une dizaine de titres, est au service du témoignage et du lien entre les protestants de nos territoires.