Les intelligences artificielles

Olivier Colliot, directeur de recherche au CNRS, nous permet de découvrir les applications des intelligences artificielles et leurs limites.

Quelle est l’histoire de l’intelligence artificielle ?

 

En tant que programme de recherche, les intelligences artificielles (IA) apparaissent dans les années 1940, en même temps que l’ordinateur.

 

Le mathématicien britannique Alan Turing (qui a déchiffré les codes des nazis) se donne pour objectif de doter l’ordinateur de capacités proches de l’intelligence humaine. Or, certaines tâches sont faciles pour l’ordinateur et difficiles pour l’Homme, comme calculer. D’autres sont difficiles pour un ordinateur et faciles pour l’Homme : reconnaître un animal. « L’idée première de l’IA, c’est de rendre l’ordinateur capable de réaliser certaines tâches : par exemple reconnaître des objets ou des animaux en développant un système de vision. Pour cela, on transforme en calcul ces tâches pour lesquelles l’ordinateur n’est a priori pas performant. »

 

 

 

Est-ce que la machine devient « intelligente » ?

 

Dès les années 1950, une machine, le perceptron, est capable de reconnaître les chiffres écrits à la main. Pour ce faire, deux capacités avaient été développées : la vision et la reconnaissance d’écriture.

 

Cela avait déclenché espoirs et angoisses ; certains redoutaient déjà une machine capable de penser. Depuis dix ans, la capacité à reconnaître des objets est bien au point. Les progrès techniques ont été énormes, mais cela ne nous rapproche pas pour autant d’une machine apte à penser !

 

Les progrès de l’IA sont rapides, sans pour autant que la machine devienne intelligente. Car on ne lui fait faire que des tâches isolées : reconnaître des images ou la parole, traduire des textes… Chaque tâche est bien réalisée, mais la machine n’arrive pas à les combiner et à prendre en compte le contexte.

 

Actuellement, les progrès de l’IA sont rapides, sans pour autant que la machine devienne« intelligente ». Les IA s’inscrivent tout à fait dans le processus d’automatisation de certaines

tâches, mais cela requiert toujours une intervention humaine. (© Shutterstock)

 

 

En médecine, l’IA est très utilisée, quelles sont les plus grandes avancées ?

 

Dans le domaine de la médecine, les IA permettent de gros progrès en radiologie, dans la détection d’une tumeur à un stade très peu développé. Sa précision et sa rapidité dépasseront bientôt l’œil du radiologue. Mais le radiologue demeure indispensable, car lui seul peut voir une autre anomalie. La machine n’arrive pas à signaler des maladies autres que celle pour laquelle elle est programmée.

 

Au niveau médical, l’analyse des IRM avec les IA se heurte aussi à la diversité des images produites par les différents scanners, dont les paramètres ne sont pas identiques.

 

L’espoir se situe dans la détection très précoce de maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson…) avant que les symptômes n’apparaissent, afin de mener des essais cliniques de médicaments empêchant l’apparition de la maladie.

 

 

 

Peut-on penser que notre liberté est compromise ?

 

Les IA peuvent aussi jouer un rôle d’influenceur sur les réseaux sociaux. Elles aident à choisir quelle publicité vous montrer, vous proposent des lectures, des personnes à suivre ou des objets qui correspondent à votre profil. Il y a un véritable risque d’enfermement dans un seul type d’information, sans diversité d’opinion. Mais ce problème vient plus des réseaux sociaux que des IA, car ils concentrent des informations similaires. En outre, les algorithmes utilisés sont grossiers et ne sont pas vraiment des IA.

 

 

Les IA entraînent-elles une perte de liberté et d’autonomie ?

 

Je dirais que cela dépend des domaines. Les IA s’inscrivent dans le processus d’automatisation de certaines tâches, mais cela requiert toujours une intervention humaine. Elles utilisent beaucoup les régularités statistiques dans des ensembles d’exemples et détectent facilement des ressemblances, des corrélations, mais contrairement aux humains, elles ne sont pas douées pour la déduction. Or le raisonnement est une dimension de l’intelligence humaine. Vous comprenez donc que l’on est assez loin des IA autonomes qui menaceraient les humains. De plus, il est très facile de tromper les algorithmes d’IA, avec ce que l’on appelle les attaques antagonistes. On construit un programme qui modifie de manière imperceptible à l’œil une image, et la machine se trompe. Les algorithmes sont fragiles. Si on doit être inquiet au sujet des IA, c’est en raison de leur fragilité. L’enjeu, c’est de sécuriser les programmes pour éviter les attaques et les erreurs.

#Dossiers #Intelligence artificielle #Intelligence artificielle, quelles frontières ?

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