Au Moyen Age, les jubés séparent les églises en deux : la nef pour les laïcs et le chœur pour les religieux. Seuls les religieux chantent, a capella, dans leur périmètre sacerdotal. Sous l’influence des princes et de leur goût pour une musique instrumentale et polyphonique, les orgues sont introduits dans les églises, côté chœur. Mais pour les réformateurs, la séparation chœur-nef est inadmissible. La musique, don de Dieu, est destinée à l’usage de tous. Le vrai chœur destiné à chanter la louange, est l’ensemble de ces prêtres que sont tous les fidèles, femmes comprises.
Chant a capella
Luther n’accepte les orgues à l’intérieur des temples luthériens que lorsqu’ils sont installés dans la nef (espace des croyants). Après avoir rejeté l’orgue, « le grand mugisseur », Luther, et les luthériens à sa suite, donneront peu à peu de plus en plus de place à cet instrument dans leur liturgie, tout en veillant à ce que la musique ne prenne pas la place des fidèles dans la louange. Les calvinistes, eux, rejettent les orgues, trop « papistes » et non bibliques. Ils ne chantent que des Psaumes, à une seule voix et a capella, car les fidèles ne peuvent déléguer le chant à des instruments, Dieu leur ayant donné la voix pour exprimer leurs prières. Pour que le chant soit correctement entonné et conduit, Calvin institue le ministère de chantre, installé à côté de la chaire ou dans une chaire plus basse que celle du pasteur.
Chant à l’harmonium
Les orgues reviennent chez les réformés au 19e siècle, avec le romantisme ambiant et le goût nouveau pour la musique instrumentale, favorisé par une situation économique meilleure.
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Or, les vents ou les cuivres (la Bible en parle !), qui accompagnaient les chants, n’étaient pas toujours d’un bon niveau. On chantait les psaumes de manière pesante et le répertoire était faible et de médiocre qualité. Les orgues se sont donc naturellement substitués aux chantres et aux cuivres, accompagnant le chant de l’assemblée, le début et la fin du culte et la fin de la prédication. À la fin du 19e siècle, les paroisses pauvres ont leur harmonium, qui disparaît rapidement au milieu du 20e siècle.
Chants entraînants
Au cours du 19e, les cantiques se renouvellent sous l’impulsion du Réveil : ils s’adaptent aux fêtes chrétiennes avec des mélodies autres que celles des Psaumes, plus entraînantes, plus touchantes, avec des harmonies plus contemporaines, « amicales pour les gens », pour convaincre des vérités évangéliques mieux que de simples mots…. Les protestants attendent que la musique éveille des « sentiments religieux », donne l’impression de la spiritualité et de la foi…Tout ce que les premiers réformés ne voulaient surtout pas ! Les cantiques du Réveil sont accompagnés par les orgues, constituant un domaine musical très typé pour ceux qui viennent de l’extérieur, une forme de culture et donc aussi de religion rejetée aujourd’hui par certains.
Chant spectacle
Actuellement, là où il y a un orgue, il peut s’alterner ou se compléter avec d’autres instruments. Dans certains bâtiments évangéliques, une scène, parfois très haute, est prévue pour les groupes de louange, avec guitare, batterie, ampli… On retrouve une séparation géographique entre le chœur des louanges et les fidèles. Et la musique religieuse retrouve une double dimension de prière et de spectacle qui n’a cessé d’interroger les réformateurs.
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– Bernard Reymond, Le protestantisme et la musique – musicalités de la Parole, Genève, Labor et Fides, 2002.
