Agriculture : Le regard d’une exploitante de l’Ain

Jeune retraitée d’une exploitation agricole familiale près de Bellegarde-sur-Valserine, Maryse Ramel se montre intarissable sur ce monde paysan qui traverse une crise profonde qui couvait depuis longtemps. Ses enfants ont repris la production de lait avec la même passion. Mais ses inquiétudes restent fortes.

« Les agriculteurs sont des gens qui supportent beaucoup. C’est un tout qui a fait exploser les choses. » Cette femme, engagée dans son Église locale, nous partage ses sentiments : « On a beaucoup travaillé sur nos pratiques, beaucoup évolué, mais insuffisamment communiqué, concède-t-elle. Les gens ont une image de l’agriculture d’il y a cinquante ans ». De fait, beaucoup aujourd’hui ont perdu le rapport à la terre puisque… c’est le supermarché qui les nourrit ! Alors que le grand public rêve de fermes à vingt vaches entourées de poules, Maryse s’exclame : « Cela ne va pas nourrir les agriculteurs ! Notre exploitation de 400 hectares et 430 animaux peut paraître grande, mais il faut d’abord rapporter cela aux unités de travail. » Cette grande superficie leur permet aussi de nourrir intégralement les animaux en fourrage et céréales. Seuls quelques compléments protéiniques sans OGM sont achetés.

 

Maryse Ramel auprès de ses bêtes

 

© Maryse Ramel

 

 

 

Une réalité agricole extrêmement diverse

 

Des vingt-cinq producteurs installés dans les années 80 sur ces contreforts du Jura, ils sont désormais les seuls. En raison de la difficulté à trouver un repreneur. Aussi parce la terre se vend bien dans cette région riche de sa proximité avec la Suisse. Ce contexte leur est aujourd’hui favorable car il offre un bassin de vie au pouvoir d’achat solide. Par la vente directe, la fourniture aux restaurateurs et petits commerçants, ils écoulent toute leur production de viande et de lait à un bon prix. Leur autre point fort est indéniablement la filière Comté AOP. Contraignante par son cahier des charges, elle leur assure un prix et un volume, qu’envient les producteurs étranglés du sud-ouest. « Le monde agricole est extrêmement divers », rappelle-t-elle.

 

Tous, pourtant, veulent pouvoir vivre de leur production et pas simplement des compensations de la PAC. « L’Europe : on ne peut pas faire sans, mais il faudrait avoir les mêmes normes dans chaque pays. Oui, la réglementation devient aussi parfois aberrante, les contrôles sont nombreux ! »  Et notre retraitée de regretter presque que l’on ne porte pas la même attention aux aînés en Ehpad… « On s’attache à produire de la qualité, ajoute-t-elle, mais je suis parfois stupéfaite des produits importés et ultra-transformés vendus en grande surface. L’agroalimentaire fait du profit sur le dos des paysans et des consommateurs, détruisant le capital santé de la population. »

 

© Maryse Ramel

 

 

Discuter ensemble : le nouveau remembrement nécessaire

 

Quid de l’enjeu écologique ? L’ex-exploitante semble à l’aise : « Depuis des années, nous sommes en agriculture raisonnée, cherchant le moment opportun pour traiter ! Le paysan qui travaille avec le vivant connait bien ces enjeux ! Il a depuis longtemps pris conscience qu’il faut produire plus vertueux, que le changement climatique arrive à grands pas. » Mais, il y a certains écologistes avec qui il est impossible de discuter ! « Ils incarnent une forme d’intégrisme, qui n’a rien à voir avec la réalité. »

 

« Une épée de Damoclès continue de peser sur le monde agricole », conclut Maryse Ramel. Toutefois, rien ne déconnectera cette femme de foi du vivant, de la Création : « Celle-ci doit être dans nos préoccupations. Nous en sommes dépositaires. » Chaque année au moment de la moisson, des larmes lui viennent devant le cycle de la végétation qui s’achève, avant de repartir : « C’est un accomplissement ! »

 

 

 

 

 

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