Le temple de Lecelles ou l’histoire d’un temple à un autre en traversant une rue

Retour sur l'histoire du temple de Lecelles, de sa création en 1862 à sa future rénovation dès 2026.
Le temple de Lecelles ou l’histoire d’un temple à un autre en traversant une rue

Façade du temple © Hugo Vivier

De 1854 où il s’agit rue de Chorette d’agrandir le temple de la commune de Maulde, dans le sud du Nord, entre Valenciennes et Tournai, à sa démolition et reconstruction dans la même rue mais à Lecelles, il s’en est écrit des courriers, échangé des terrains, dépensé argent et énergie pour en arriver en 1862 au temple de Lecelles, promis à une restauration dès 2026, et pour lequel une souscription avec la Fondation du patrimoine est lancée.

 

Parler du temple de Lecelles c’est évoquer un premier temple. Celui construit, avec l’argent de protestants du lieu, dès 1811, à Maulde, rue de Chorette, face au temple actuel. En ce début de XIXe siècle, et après avoir trop longtemps vécu leur foi à l’abri des regards, les protestants ne risquent plus la mort ou l’envoi aux galères. À Lecelles, ils ont leur pasteur, Jean Devisme. Le ministre des Cultes de Napoléon compte sur lui pour recenser les protestants du Nord. De leur nombre, dépend la création d’un Consistoire auquel seront rattachées des sections. Napoléon en a, en 1804, accordé trois au Nord : Quiévy, Walincourt et Lille. Les protestants de Lecelles sont rattachés à celle de Lille. Il faut attendre 1833, sous Louis-Philippe, pour que soit créée la paroisse de Saint-Amand, 4ème section du Consistoire. Les protestants de Lecelles-Saint-Amand et Maulde ont obtenu satisfaction. Leur pasteur Casimir Devisme aussi. Il est le fils de Jean. Et joue pour Lecelles un rôle de premier plan d’autant plus qu’il préside le Consistoire de l’Église réformée de Lille. En 1854, l’occupe l’agrandissement du temple de Maulde, facilité le 21 février, par la donation au Consistoire par Judith Gorez, née Choteau d’une parcelle de 72 centiares, contigüe au temple. Mais le ministre de l’Instruction publique et des cultes, demande un rehaussement d’1 m 20 des murs latéraux à partir de la maçonnerie existante. « C’était nous obliger à un remaniement complet de la charpente et au renouvellement intégral de la toiture qui est en ardoises » se plaint Casimir Devisme au préfet. Le 2 avril 1858, le préfet Paul Vallon approuve les plans de l’architecte M. Lepers. Un devis est arrêté à 5 694,27 francs. L’État versera 4 000 francs. Casimir Devisme obtient 1094,27 francs des fidèles. Les cultivateurs locaux sont prêts à fournir les bois de charpente d’un coût estimé à 600 francs. Tout roule. Mais, en 1860, le chantier s’arrête. Le temple ne supportera pas le poids d’une maçonnerie neuve ! On le démolit avec l’idée de le reconstruire de l’autre côté de la rue de Chorette à Lecelles.

 

Intérieur du temple
© Hugo Vivier – Intérieur du temple

Le 2 juillet 1861, Jean-François Gorez cède, pour 8372,80 francs, au Consistoire, 4 ares 66 centiares de terre de labour sur Lecelles rue de Chorette. Il reçoit en retour l’emplacement de l’ancien temple de Maulde : 3 ares 22 centiares, pour 11386,40 francs.  

 

Le 22 juin 1862, heureux sont les protestants qui entrent dans le temple de Lecelles. Qui n’est pas fini d’être payé. L’estimation de 1862 fait état de 16 939 francs contre les 5 694,27 francs de départ ! Les municipalités de Maulde et de Lecelles, ne participent pas. Lecelles argue que l’édifice a été construit sans l’assentiment des communes et en dehors de toute action communale. Quand un ouragan, en 1876, touche la toiture et que l’architecte Jules Bernard produit un devis de 850 francs, l’argument ressort.

 

Photographie de Casimir Devisme à la fin des années 1860
© AP Saint-Amand-Valenciennes-St-Amand. Repro GB

Sur Lecelles, Casimir Devisme s’est expliqué. Ayant l’accord pour Maulde, celui pour Lecelles allait de soi. Il ne s’agissait de « transporter le temple qu’à une quarantaine de mètres » dit-il. L’architecte Lepers souffrait de paralysie. Devisme ne voulait pas en changer. Tout comme il voulait continuer à travailler avec l’entrepreneur, Napoléon Tirlemont. Le 16 juillet 1863, Napoléon III donne une légalité au temple. L’État et le Département aident à solder la facture. Quand il meurt, en 1887, Casimir Devisme peut se réjouir.  

 

Nombre de paroles de pasteurs depuis ont résonné le deuxième dimanche du mois au temple de Lecelles. Une a marqué ces dernières années. Celle de Frédéric Verspeeten, décédé en 2021. Il voulait voir le temple restauré. Alain Létard et d’autres, protestants ou pas mais tous attachés à ce lieu, ont formé l’association du Temple de Lecelles. Laquelle, avec la Fondation du patrimoine et les encouragements de la pasteur Valérie Mitrani, ont lancé un appel aux dons. L’histoire de ce temple s’écrit avec l’architecte François Bisman. Les travaux démarreront au printemps 2026 selon les fonds réunis. 

 

 

 

 

 

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